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« Le gouvernement et les services secrets des États-Unis d’Amérique ont tenté de faire de moi un exemple »

Par Edward Snowden  |  18 juillet 2013     →    Version imprimable de cet article Imprimer

Bonjour. Je m’appelle Ed Snowden. Il y a un peu plus d’un mois, j’avais une famille, une maison au paradis, et je vivais très confortablement. Je pouvais aussi, sans aucun mandat, rechercher, saisir et lire toutes vos communications. Les communications de n’importe qui, n’importe quand. C’est-à-dire le pouvoir de changer le destin des gens.

Mais il s’agit d’une violation grave de la loi. Les 4ème et 5ème amendements de la Constitution de mon pays, l’article 12 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, ainsi que de nombreux traités et lois, interdisent de tels systèmes de surveillance massive et intrusive. Alors que la Constitution des Etats-Unis considère que de tels programmes sont illégaux, le gouvernement de mon pays soutient que des décisions secrètes de justice - que le reste du monde n’est pas autorisé à voir - légitiment en quelque sorte cette illégalité. Ces décisions dégradent et mettent en péril le socle même de la justice, à savoir qu’elle doit être publique pour être exercée. L’immoral ne peut pas devenir moral par le biais de lois secrètes.

Je crois fermement au principe proclamé à Nuremberg en 1945 : « Les individus ont des devoirs internationaux qui se situent au-dessus des obligations nationales d’obéissance. En conséquence, les citoyens ont le devoir de violer des lois nationales pour empêcher que soient commis des crimes contre la paix et contre l’humanité ».

C’est pourquoi j’ai fait ce que je croyais juste, et j’ai lancé une campagne pour corriger ces méfaits. Je n’ai pas cherché à m’enrichir. Je n’ai pas cherché à vendre des secrets américains. Je n’ai passé aucun accord avec quelque gouvernement étranger que ce soit pour assurer ma sécurité. Au lieu de cela, j’ai rendu public ce que je savais, afin que ce qui affecte chacun de nous puisse être discuté par chacun de nous à la lumière du jour, et j’ai demandé justice au monde.

Cette décision morale d’informer le public au sujet de l’espionnage qui nous affecte tous a eu un prix élevé, mais il fallait la prendre et je n’éprouve aucun regret.

Depuis, le gouvernement et les services secrets des États-Unis d’Amérique ont tenté de faire de moi un exemple, un avertissement à tous ceux qui pourraient parler librement comme je l’ai fait. J’ai été rendu apatride et je suis traqué pour mon acte d’expression politique. Le gouvernement des États-Unis m’a placé sur les listes des interdits de vol. Il a exigé que Hong Kong me livre à lui hors de tout cadre légal, en violation directe du principe de non-refoulement – la Loi des Nations. Il a menacé de sanctions les pays qui défendraient mes droits et le système des Nations Unies en matière d’asile. Il a même pris l’initiative sans précédent d’ordonner à ses alliés militaires de faire atterrir l’avion d’un président latino-américain, à la recherche d’un réfugié politique. Ces escalades dangereuses constituent une menace non seulement pour la dignité de l’Amérique latine, mais également pour les droits fondamentaux de chaque personne, et de chaque nation, de ne pas être persécuté, de solliciter l’asile politique et d’en bénéficier.

Pourtant, même confrontés à cette agression historiquement disproportionnée, des pays du monde entier m’ont offert soutien et asile. A ces pays, dont la Russie, le Venezuela, la Bolivie, le Nicaragua et l’Equateur, j’exprime toute ma gratitude et mon respect pour avoir été les premiers à résister aux violations des droits humains perpétrées par les puissants plutôt que par les impuissants. En refusant de renoncer à leurs principes face à l’intimidation, ils ont gagné le respect du monde. J’ai l’intention de visiter chacun de ces pays pour exprimer personnellement ma gratitude à leurs peuples et à leurs dirigeants.

Aujourd’hui, j’annonce mon accord formel d’accepter toutes les offres de soutien ou d’asile que j’ai reçues jusqu’à présent, et toutes celles susceptibles de m’être offertes à l’avenir. Avec, par exemple, l’octroi de l’asile par le président Maduro du Venezuela, mon statut de demandeur d’asile est maintenant officiel. Aucun Etat n’a de fondement légal pour limiter ce droit d’asile ou s’en mêler. Cependant, comme nous l’avons vu, certains gouvernements d’Europe occidentale et d’Amérique du Nord ont montré qu’ils étaient disposés à agir hors de tout cadre légal, et ce comportement persiste aujourd’hui. En raison de cette menace illégale, il m’est impossible de me rendre en Amérique latine pour bénéficier de l’asile qui m’a été accordé au nom des droits que nous avons en commun.

Cette volonté d’Etats puissants pour agir de manière extra-légale représente une menace pour nous tous, et elle doit être mise en échec. Je fais donc appel à vous pour que vous souteniez ma demande de sauf-conduit auprès des nations concernées afin de pouvoir me rendre en Amérique latine en toute sécurité, ainsi que ma demande d’asile en Russie jusqu’à ce que ces Etats retrouvent le chemin de la légalité et que je sois autorisé à voyager légalement. Je soumettrai ma demande à la Russie dès aujourd’hui, et j’espère qu’elle sera acceptée.

Si vous avez des questions, je ferai de mon mieux pour y répondre.

Avec tous mes remerciements.


Traduction : Nadira Akbaraly
Édition : Mémoire des luttes





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