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Le retour de la frontière : exclusion ou protection ?

Par Morvan Burel  |  4 septembre 2016     →    Version imprimable de cet article Imprimer

En une année, la frontière est revenue au centre du débat public. Impensable, alors même que le mouvement enclenché depuis le début des années 1990 avait placé cette notion totalement en marge.

La mondialisation avait en effet ringardisé ce qui apparaissait comme quelque chose d’un autre âge, celui des Etats, des contrôles, des barrières. Le rideau de fer était brisé, le mur de Berlin était renversé. L’Europe s’unifiait. Parallèlement, les idéologies politiques disparaissaient, pour laisser place à la domination, qui paraissait ne jamais devoir connaître de fin, du capitalisme mondialisé, et de son corollaire, le libre-échange.

Face à la disparition des régimes et de l’utopie communistes, la gauche plaçait au centre de ses valeurs l’ouverture au monde, les échanges, faisait de la construction européenne un objectif politique en soi.

Les droits de douane disparaissaient, au gré de la signature des accords de libre-échange, sous l’impulsion de l’OMC et grâce à l’investissement très actif de l’Union européenne (UE) dans ce domaine. Au sein de l’UE, justement, le marché unique a fait disparaître tout droit de douane et même toute formalité douanière avec l’aboutissement du marché unique. Les frontières physiques elles-mêmes étaient rangées au rayon des antiquités sur le continent au 1er janvier 1993.

Développement des technologies de l’information, instantanéité de la communication : la frontière, définitivement, n’appartenait plus au 21e siècle et seuls quelques nostalgiques, forcément nationalistes, pouvaient le regretter.

Et pourtant. Aujourd’hui, la frontière est dans tous les discours, toutes les prises de positions politiques, à la faveur d’une triple crise : crise des migrations, crise sécuritaire et crise du libre-échange. L’UE, qui a fait de la disparition des frontières son identité, est au centre de ces trois crises.

Malheureusement, la frontière revient de la pire des façons, dans les discours les plus nauséabonds, par la seule droite la plus dure. Ce sont les mouvements de population qui sont interrogés, et non pas les mouvements de marchandises et de capitaux incontrôlés.

Pétrifiée par ces débats, toujours sans idéologie de rechange, la gauche reste en retrait, incapable de dessiner un discours sur la frontière qui protège, à rebours du discours libéral-sécuritaire de la droite et du PS.

La frontière qui exclut, réponse libérale aux désordres de la mondialisation

L’état d’urgence installé en France à la suite des attentats de 2015 a conduit la France à suspendre la la circulation sans contrôle à ses frontières à l’intérieur de l’UE dans le but de lutter contre les mouvements de terroristes et de marchandises dangereuses.

Surtout, les énormes mouvements de migrants suscités par la guerre en Syrie ont conduit nombre d’Etats européens à rétablir leurs contrôles aux frontières. La Grèce, premier pays européen d’entrée des migrants fuyant les horreurs de la guerre, est ainsi confrontée à d’immenses difficultés, subissant en plus de ses difficultés économiques de nouvelles pressions de l’UE, les autres Etats se désolidarisant de la gestion de la crise tout en lui faisant subir, après les mesures d’austérité économiques, de nouvelles pressions vexatoires [1].

Les Etats frontaliers, la Hongrie, l’Autriche ferment leurs frontières pour couper l’accès de leurs territoires aux migrants. Ce dernier pays va jusqu’à ériger une nouvelle frontière physique de protection fortifiée, à l’intérieur de l’espace Schengen, avec l’Italie, en anticipant un éventuel détournement des routes migratoires après la fermeture de la « route des Balkans » [2].

Les discours autour d’une « Europe forteresse » ont ainsi émergé, abondés par les déclarations tonitruantes d’une droite qui s’engouffre dans la thématique, exploitant les peurs et les inquiétudes d’une population déboussolée. En France, Marine Le Pen (Front national) a ainsi pu déclarer que « l’absence de frontières nationales représente une folie criminelle  », Nicolas Dupont Aignan, (Debout la France) renchérissant en prônant le rétablissement des frontières nationales « pour éviter les infiltrations de djihadistes » [3].

Ce renforcement de la frontière forteresse pour contenir les mouvements de populations fuyant la pauvreté ou la guerre, ou pour prétendre lutter contre la menace terroriste, n’est pas l’apanage de l’Europe. En Amérique du Nord, la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique se transforme en muraille infranchissable pour contenir les entrées de migrants en provenance du sud du continent. Cette frontière est devenue une véritable zone militaire, au coût financier gigantesque. Caméras thermiques, capteurs, forces d’intervention rapides, mur de cinq mètres de haut, 1800 tours de surveillance,… L’entretien de cette frontière muraille mobilise de gigantesques fonds publics [4].

La gestion militarisée de leur frontière avec le Mexique par les Etats-Unis est une incarnation parfaite de l’apparent paradoxe qui existe autour de la frontière : alors même que les autorités la transforment en forteresse assiégée, l’accord de libre-échange nord américain (Alena, qui lie le Canada, les Etats-Unis et le Mexique, entré en vigueur le 1er janvier 1994), lui, n’a jamais été remis en cause. Ce qui signifie donc en réalité que la frontière n’est plus un espace de régulation des échanges de marchandises et de capitaux entre les deux pays.

Les effets de ce traité de libre-échange sont pourtant désastreux pour les populations, des Etats-Unis comme du Mexique. L’effet dumping social a joué à plein pour les emplois aux Etats-Unis : perte nette de 700 000 emplois entre 1994 et 2010 et paupérisation générale des travailleurs. En effet, au-delà des emplois détruits, le dumping social créé une pression sur les salaires et les conditions de travail. Les deux tiers des salariés ayant subi un licenciement économique en 2012 et qui ont retrouvé un emploi ont dû accepter de percevoir un salaire moins élevé que le précédent. En effet, les secteurs de service (hôtellerie, restauration) qui embauchent le font dans des conditions très dégradées par rapport à l’industrie.

Parallèlement, la population mexicaine n’a pas bénéficié elle non plus des effets de l’Alena : les emplois qui se sont délocalisés sur son sol sont évidemment des emplois où le salaire est tiré au maximum vers le bas et les conditions de travail très dégradées (dans les fameuses maquiladoras, usines de production sous-traitantes des firmes des Etats-Unis). L’agriculture, elle, souffre de la concurrence de l’agro-business des Etats-Unis. Résultat, plus de 50 % des Mexicains vivent sous le seuil de pauvreté, le prix des denrées alimentaires de base a explosé et les populations ont été condamnées à un exode rural massif.

Evidemment, dans ces conditions, les candidats à l’immigration pour les Etats-Unis ont augmenté : 770 000 Mexicains ont rejoint les Etats-Unis en 2000, contre 370 000 en 1993, 1,9 million de personnes entre 2003 et 2007 [5].

L’apparent paradoxe selon lequel le libre-échange créé la « frontière-muraille », une militarisation de celle-ci, s’explique donc ainsi aisément. Le libre-échange, promu et appliqué pour le seul profit des firmes multinationales, quelle que soit leur nationalité, crée des désordres massifs sur l’ensemble de la planète : délocalisations, pollution, concurrence des populations et des territoires, course sans fin à l’attractivité, dumpings de toutes sortes … qui conduisent à d’importants mouvements de populations.

Alors qu’ils sont eux-mêmes les plus fervents soutiens du libre-échange, les gouvernements se doivent aussi de rassurer leur population, à des fins électorales. Déboussolées par leur situation économique dégradée, par la compétitivité à laquelle ils doivent souscrire avec les populations des autres espaces géographiques, les populations des pays du Nord réclament l’illusion de la protection face aux populations les plus pauvres qui se déplacent vers leurs territoires, identifiées comme une menace.

En multipliant les mesures et les déclarations visant à renforcer les frontières comme outil de refoulement des populations les plus pauvres, les gouvernements se retrouvent dans une position de pompiers pyromanes, puisqu’ils doivent juguler les désordres qu’ils ont eux mêmes créés, en supprimant à la frontière son rôle de régulateur commercial. Cette posture devient même d’un cynisme absolu lorsque ces dirigeants politiques entretiennent auprès des populations cette peur devant les afflux de migrants. Car ils savent très bien que la militarisation des frontières est une réponse vouée à être inefficace à long terme, ne provoquant que des drames humains, comme toutes ces tragiques noyades en Méditerranée. Tant que la situation sera aussi insupportable à vivre en Syrie, en Irak ou ailleurs, les hommes et les femmes prendront toujours le risque de fuir vers l’impossible plutôt que de rester se condamner à une mort certaine.

Que les gouvernements nient cette évidence humaine est un crime politique.

Ce régime libéral-sécuritaire est le pire régime politique possible et il peut se résumer dans la gestion qu’il effectue de la frontière : destruction de la frontière comme outil de régulation souverain des flux commerciaux au plus grand profit du capitalisme le plus dur et utilisation de la frontière comme outil militaire de refoulement pour entretenir l’illusion que sont contenus les désordres créés par le libre-échange.

Paradoxalement, c’est toujours des Etats-Unis qu’est venue la rupture la plus franche. Pour mobiliser l’électorat populaire, Donald Trump, représentant caricatural des intérêts capitalistes, prône une rupture avec le libre-échange que les Etats-Unis se sont pourtant évertués à répandre à travers le monde, notamment sous le mandat du normalement progressiste Barack Obama. Le milliardaire new-yorkais a ainsi forcé Hillary Clinton, pourtant défenseure du libre-échange durant ses mandats politiques précédents, à modifier sa position sur ce point.

En France, malheureusement, la récupération de cette thématique de la frontière comme outil de régulation commerciale par une personnalité que les médias « mainstream » se plaisent à détester, dessert encore une fois la réflexion sur les effets du libre-échange et de l’utilisation de la frontière en réponse à ceux-ci, pour contrer le dumping planétaire. Et ce, malgré le fait que Bernie Sanders, le candidat « socialiste » de la primaire démocrate, qui a soulevé un enthousiasme populaire inédit, ait lui aussi pris des positions très explicites contre le libre-échange. Les médias français ont même utilisé les outrances de Donald Trump à propos du renforcement de la « frontière-muraille » avec le Mexique, pour mettre en parallèle la remise en cause du libre-échange de Trump et de Sanders, pour dénoncer implicitement les positions de ce dernier [6].

Le même amalgame sur la fonction de la frontière a été entretenu à propos du « Brexit ». La presse française a présenté cet événement comme un repli national, relayant essentiellement le débat autour de l’immigration. Évidemment, comme dans le cas des déclarations de Donald Trump, les argumentaires développés par UKIP (United Kingdom Independence Party), parti très à droite, le permettaient, puisqu’ils se sont focalisés contre l’immigration [7].

L’abandon de la frontière comme outil de régulation commerciale : le libre-échange, machine à créer du dumping social

Pourtant, une analyse approfondie du résultat du référendum britannique démontre que le « Leave » - quitter - recouvre essentiellement les régions les plus défavorisées, touchées par la désindustrialisation et gagnées par la paupérisation. Le Pays de Galles, terre de gauche, a ainsi massivement voté pour le « Leave » : c’est un territoire emblématique de la fermeture des aciéries et des mines, qui a causé un chômage massif, un creusement des inégalités et au final le sentiment d’abandon pour toute une population, privée de perspective d’avenir [8].

Et c’est bien le libre-échange qui a créé la disparition des emplois dans cette région. Avec la fin des protections commerciales à la frontière, ces productions industrielles ne peuvent évidemment pas soutenir la concurrence avec les marchandises en provenance de pays où le coût du travail est beaucoup plus faible.

Évidemment, le libre-échange qui a détruit les emplois britanniques est essentiellement une décision britannique. C’est le gouvernement britannique qui a été un des promoteurs les plus acharnés du libre-échange. Mais dans le cadre des institutions communautaires. Car une des caractéristiques du marché unique, c’est que la compétence commerciale et douanière (donc le pouvoir de régulation des flux de marchandises et de capitaux aux frontières) est une compétence exclusive de l’UE.

Le rejet de l’UE par les populations, premières victimes des délocalisations, n’est donc pas qu’un mouvement d’humeur irrationnel de xénophobes nostalgiques de la grandeur de l’Empire britannique dans le cas du Brexit, quand bien même le rejet de l’immigration constitue une réalité. Réalité dont la responsabilité incombe en premier lieu aux gouvernements, eux qui, en soutenant inlassablement le démantèlement des frontières commerciales, ont consciemment placé en concurrence les travailleurs de leurs Etats avec ceux des autres Etats du monde, pour le seul profit des multinationales.

Malheureusement pour les travailleurs britanniques, aucune des décisions prises depuis leur vote ne permet de penser que le libre-échange va être remis en question. Bien au contraire, les déclarations de ceux qui ont défendu le « Leave » indiquent qu’il ne saurait être question de remettre en cause le marché unique [9]. Pour le Royaume-Uni, il s’agit déjà de demeurer dans un espace de libre-échange avec l’UE, c’est-à-dire sans frontière qui régisse les échanges commerciaux. Alors même que, s’agissant de contrôles des migrations au sein de l’UE, le Royaume-Uni n’a jamais fait partie de l’espace Schengen…

Au-delà du Royaume-Uni, le rejet de l’UE au sein des autres Etats n’a pas du tout suscité de remise en cause s’agissant de l’absence de frontière commerciale au sein de cet espace. Au contraire même, toutes les déclarations ont insisté sur le socle de l’UE, son marché unique, les inflexions portant sur une éventualité d’une Europe à plusieurs vitesses, sur des formes de coopération plus poussées au-delà cet acquis de libre-échange. Ainsi, Paul Magnette, ministre président socialiste de la région Wallonie (Belgique), a indiqué, au cours de la campagne britannique : « Il faut mettre en place une grande Europe, un espace de libre-échange et des droits de l’homme et une plus petite Europe intégrée économiquement autour de l’euro  ». Autrement dit, à côté de « l’Europe espace », se construirait une « Europe projet » [10].

Or, justement, c’est cette dissension qui existe déjà entre l’espace et le contenu politique qui explique en grande partie la crise de légitimité que subit l’UE auprès des populations. En tant qu’espace de libre-échange, sans contrôle aux frontières, l’UE a choisi de permettre que la concurrence entre les travailleurs, les législations, le droit social, la fiscalité, etc. s’exerce à plein. L’UE est un espace où les marchandises et les capitaux circulent sans régulation, laissant la possibilité aux entreprises de délocaliser leurs productions sur le territoire où le moins disant leur offre les conditions de rentabilité maximales.

Ainsi, en matière d’imposition sur les sociétés, les taux oscillent en 2013 entre 33,3 % en France, 16 % en Roumanie, 12,5 % en Irlande. Pour cette même année, le niveau du salaire minimum est de 1430 € mensuels bruts en France, 753 € en Espagne, 179 € en Roumanie [11].

Rien d’étonnant donc à ce que les délocalisations les plus massives, notamment dans l’industrie automobile, s’effectuent majoritairement au sein de l’UE [12]. Or, après le résultat du référendum au Royaume-Uni et les rumeurs prêtant à ce pays l’intention de jouer à plein la carte de la compétition agressive, notamment en matière fiscale, le ministre des finances allemand Wolfgang Schaüble à pu déclarer qu’il n’était pas « opposé à la concurrence fiscale », la Commission se contentant de rappeler que pour partager un espace de libre-échange, elle s’en tenait à « une exigence minimum du respect des standards fiscaux au sein de l’OCDE » [13].

Réguler le commerce pour combattre le dumping : la nécessité d’une frontière qui protège

En continuant de faire du marché unique le socle indépassable de l’UE, en proposant de juxtaposer un espace d’économie sans frontière régulatrice à ceux de plusieurs espaces de droit, les dirigeants de l’UE commettent une lourde erreur. Et cette erreur s’explique par l’incapacité d’envisager l’UE, et plus globalement l’ensemble des relations économiques, hors du libre-échange.

La frontière, ce n’est pas forcément cet espace militarisé qui refoule les migrants jugés indésirables. C’est d’abord et avant tout la limite qui fixe l’espace sur lequel s’exerce la souveraineté d’un peuple, c’est-à-dire sa capacité à décider de son propre destin, à se fixer ses règles d’organisation.

La frontière ne sert qu’à délimiter l’endroit où s’arrête la souveraineté d’un peuple et où commence celle d’un autre. C’est un point qui permet de s’assurer que les marchandises et les capitaux qui pénètrent sur un territoire souverain respectent les normes que se sont fixées les peuples sur leur espace.

L’enjeu ne repose évidemment pas sur les produits eux-mêmes. L’enjeu tient au fait que les produits sont fabriqués et commercialisés par des entreprises, dans des conditions de respect de l’environnement fixées par la réglementation. Ces mêmes entreprises versent un salaire à leurs employés, respectent le droit du travail, versent des cotisations sociales et payent l’impôt. Les employés, grâce à leurs salaires, contribuent eux aussi aux recettes fiscales et sociales. En contrepartie, ils bénéficient de la protection sociale et l’État peut organiser des services publics. Emploi, salaire, environnement, fiscalité, protection sociale, services publics : derrière la production, s’organise tout l’équilibre d’une société.

Des produits en provenance d’espaces tiers peuvent avoir été obtenus dans un cadre juridique (social, fiscal, environnemental, etc.) moins exigeant, et donc disposer ainsi d’un avantage prix. Lors de leur passage à la frontière des droits de douanes, des prohibitions, doivent alors apporter des correctifs, pour ne pas exposer à une concurrence défavorable les produits obtenus dans l’espace souverain. Les mesures douanières appliquées aux entrées de produits à la frontière sont, de ce fait, indispensables à la préservation de l’équilibre social, décidé souverainement par le peuple.

Il ne peut pas y avoir d’alternative. Refuser la frontière comme outil de régulation commerciale ne peut que conduire à se lancer dans la course sans fin à « l’attractivité », pour que la production nationale demeure compétitive face aux entrées de produits tiers.

La fameuse loi dite El Khomri, qui sape les fondements du droit travail en France, s’inscrit parfaitement dans cette logique. Elle entérine que, dans un espace de libre-échange non remis en cause, les réglementations françaises nuisent à la compétitivité des productions nationales (ce qui est exact), et qu’il convient donc de les rapprocher d’un standard minimal. Dans cette même logique, les gouvernements ont imposé le pacte de compétitivité, qui réduit au profit des entreprises leurs contributions fiscales et sociales, fragilisant ainsi les capacités budgétaires de l’Etat et du système de sécurité sociale.

Pour la gauche, mettre en place un programme de sortie de crise économique, qui mette en son coeur la justice, l’égalité et le progrès, doit donc s’accompagner de la volonté de faire de nouveau de la frontière un espace de contrôle et de régulation marchand. C’est une condition incontournable pour retrouver une pleine souveraineté économique. La souveraineté que le peuple est en mesure d’exercer, c’est la définition même de la démocratie. De ce point de vue, il n’est donc pas exagéré d’affirmer que rétablir une frontière protectrice, c’est redonner à la démocratie toute sa substance, ne pas se contenter d’en faire un vague principe d’autant plus invoqué qu’il est devenu vide de sens.

La gauche ne doit donc pas avoir peur de revendiquer le rétablissement de frontières commerciales protectrices, à l’image de ce qu’a revendiqué Bernie Sanders aux Etats-Unis. Elle ne doit pas avoir peur de se faire piéger par l’amalgame avec « la frontière-muraille » que défend la droite. Elle doit au contraire expliquer que la frontière commerciale est l’outil nécessaire pour contourner les déséquilibres sociaux créés par le libre-échange sans limites et donc in fine, pour éviter que ne se dressent partout des frontières militarisées.

Elle doit aussi indiquer que l’espace européen, vide de toute frontière commerciale, ne peut constituer en lui même un espace cohérent qui permette de retrouver la souveraineté économique. Les législations ne sont communes sur aucun aspect essentiel. Et toutes les décisions prises par l’UE continuent d’accentuer ces disparités. La gauche doit donc indiquer que la rupture avec le marché unique est incontournable et que des frontières commerciales doivent être rétablies au sein même de l’Europe. Elle doit enfin rappeler avec force que la vocation de la gauche est d’accueillir sur son territoire les populations qui cherchent à gagner notre espace pour sauver leur vie.

 

Illustration : Gregor Smith

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Notes

[1] Ainsi, le chancelier autrichien a assimilé la Grèce à une « agence de voyages ». Voir par exemple Libération, 7 mars 2016, « l’UE doit exiger que ses décisions soient respectées et appliquées ».

[2] « Rome dénonce une barrière à sa frontière avec l’Autriche », Les Echos, 13 avril 2016.

[3] Citations extraites de « Haro sur Schengen », Benoît Breville, Le Monde diplomatique, janvier 2016.

[4] Selon les sources, une frontière de ce type coûte environ 2 à 3 millions de dollars par kilomètre. Pour leurs 3140 kilomètres de frontière avec le Mexique, les Etats-Unis mobilisent 18 milliards de dollars par an. Voir Stéphane Rosière « Contrôle aux frontières, la mobilité au pied des murs », Libération, 1er octobre 2015, et Benoît Breville, article cité.

[5] Données statistiques sur l’Alena issues de l’article de Lori M. Wallach, « Mirages du libre-échange », Le Monde diplomatique, juin 2015.

[6] « Donald Trump et Bernie Sanders, les deux candidats anti-libre-échange », Rfi.fr, 28 mars 2016, et « L’opposition au libre-échange, clé du succès de Donald Trump et Bernie Sanders ? », L’express.fr, 10 mars 2016.

[7] Un des slogans de campagne de l’UKIP était : « Nous devons nous libérer de l’Europe et reprendre le contrôle de nos frontières », voir Libération, « L’immigration, idée fixe des pro-Brexit », 18-19 juin 2016.

[8] Voir par exemple « Au Pays de Galles, un sentiment d’abandon », Libération, 23 juin 2016.

[9] Voir par exemple les propos de Boris Johnson rapportés dans Libération du 28 juin 2016, « Londres, parti pour rester ? ».

[10] « Le petit jeu de la Grande Bretagne avec L’Europe », Libération, 20-21 février 2016.

[11] « Attractivité fiscale, la France perd du terrain », Le Monde, 17 octobre 2013 et « Salaire minimum : le grand écart européen », Le Monde, 23 novembre 2013.

[12] « L’Europe, destination privilégiée pour les délocalisations », Libération, 12 juin 2013.

[13] « L’UE ne veut pas d’un grand paradis fiscal à ses portes », Libération, 7 juillet 2016.





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