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Les Etats-Unis contre tout le monde

Par Immanuel Wallerstein  |  22 décembre 2011     →    Version imprimable de cet article Imprimer

Il fut un temps où les Etats-Unis avaient beaucoup d’amis, ou du moins beaucoup d’alliés obéissants. De nos jours, ce pays semble ne connaître que des adversaires, et de toutes les couleurs politiques. Qui plus est, il ne semble pas vraiment sortir à son avantage des affrontements qu’il a avec eux.

Revenons sur ce qui s’est passé en novembre 2011 et dans la première quinzaine de décembre. Les Etats-Unis ont eu des confrontations avec la Chine, le Pakistan, l’Arabie saoudite, Israël, l’Iran, l’Allemagne et l’Amérique latine. On ne peut pas dire qu’ils aient tiré le meilleur parti d’aucune de ces disputes.

Le monde a interprété la présence et les annonces de Barack Obama en Australie comme un défi visant ouvertement la Chine. Il a assuré le Parlement australien de la détermination des Etats-Unis à « allouer les ressources qui sont nécessaires au maintien de [leur] forte présence militaire dans la région ». A cette fin, les Etats-Unis vont déployer 250 marines sur la base aérienne de Darwin (et peut-être augmenter à l’avenir ce contingent à 2500 soldats).

Ce n’est là qu’un exemple parmi beaucoup d’autres dans la région de démonstration de la puissance militaire étasunienne. Tandis que les Américains se retirent (de leur propre chef ou contraint et forcé) du Moyen-Orient pour des raisons à la fois politiques et budgétaires, ils montrent leurs muscles dans la zone Asie-Pacifique. Est-ce bien crédible quand on connaît les réticences grandissantes de l’opinion publique américaine quant à des engagements extérieurs et ses demandes pressantes de réduction des dépenses publiques, y compris militaires ? A ce jour, la « réponse » de la Chine a été pour ainsi dire une non-réponse, comme pour dire que le temps était de son côté, même lorsqu’il s’agit de ses relations avec les Etats-Unis, ou peut-être plus exactement surtout lorsqu’il s’agit de ses relations avec les Etats-Unis.

Ensuite, le Pakistan. Les Etats-Unis lui ont lancé un défi. Le pays doit cesser d’être aux petits soins avec ses mouvements islamistes. Il doit cesser son travail de sape du gouvernement Karzaï en Afghanistan et arrêter de menacer l’Inde d’une action militaire au Cachemire. Sinon quoi ? C’est bien là le problème. Il semblerait, à en croire des documents confidentiels, que les Etats-Unis réfléchissaient à mettre en action le dernier ami qu’il leur reste au Pakistan, l’actuel président Asif Ali Zardari, pour qu’il limoge le chef de l’armée, le général Ashfaq Parvez Kayani. En guise de réponse, ce dernier s’est débrouillé pour que le président Zardari aille subir des examens médicaux à Dubaï. Le coup d’Etat que préparaient les Etats-Unis en sous-main a tourné court. Et si les Etats-Unis s’avisaient de répliquer en coupant les vivres de l’aide financière, la Chine serait toujours là pour prendre leur place.

Au Moyen-Orient, le président Obama veut, par-dessus tout, que rien de dramatique ne se produise entre Israël et les Palestiniens d’ici sa réélection, au minimum. Cela ne remplit pas vraiment les attentes de l’Arabie saoudite ou du premier ministre israélien Benyamin Netanyahou. D’où le fait que chacun d’entre eux agit d’une façon qui continue, du point de vue des Etats-Unis, d’envenimer la situation. Il en découle que les Etats-Unis se sont retrouvés contraints de devoir plaider avec eux, et non de les commander ou de les contrôler.

Ensuite, l’Iran, soi-disant la principale préoccupation immédiate des Etats-Unis (comme de l’Arabie saoudite et d’Israël). L’Amérique a utilisé ses drones les plus secrets pour espionner l’Iran. Rien de très surprenant à cela, sauf qu’il semblerait qu’un de ces engins ait dû atterrir sur le sol iranien. Je dis « atterrir » car la vraie question est de savoir pourquoi et comment il a pu atterrir. La CIA, à qui ce drone appartient, a cherché à expliquer, de manière fort peu convaincante, que l’origine du problème était mécanique. Les Iraniens ont laissé entendre qu’ils avaient ramené cet engin au sol par des moyens de défense électronique. Pour les Etats-Unis, c’est « impossible », mais pour Debka, la voix sur internet des faucons israéliens, c’est la vérité. Pour ma part, je pense que c’est probable. Désormais que les Iraniens possèdent le drone, ils cherchent à lui faire dire tous ses secrets techniques. Qui sait s’ils ne les publieront pas à la face du monde ? En quoi ces drones ultrasecrets auront-ils alors encore quelque chose de secret ?

Et, ah oui, l’Allemagne. Comme chacun sait, il y a une « crise » dans la zone euro. Et la chancelière Merkel a mis toute son énergie pour que les pays de la zone puissent adopter une « solution » qui la satisfasse et qui fonctionne sur le plan politique en Allemagne et économique en Europe. Elle a jeté tout son poids pour obtenir un nouveau traité européen imposant des sanctions automatiques aux pays de l’euro qui en violeraient les dispositions. Les Etats-Unis estimaient pendant ce temps que ce n’était pas la bonne façon de faire. Pour eux, il s’agissait d’un plan de moyen terme qui ne prenait pas en compte la situation de très court terme. Barack Obama a ainsi dépêché en Europe son secrétaire au Trésor Timothy Geithner pour faire valoir ses propositions alternatives. Peu importent les détails ou qui est le plus raisonnable dans cette histoire. Le fait important à relever est que Geithner a été totalement ignoré et que les Allemands sont arrivés à leurs fins.

Et pour finir, les pays d’Amérique latine et de la Caraïbe se sont rencontrés au Venezuela pour fonder une nouvelle organisation, la Communauté des Etats latino-américains et caribéens (CELAC). Tous les pays d’Amérique ont signé, sauf les deux qui n’étaient pas invités, les Etats-Unis et le Canada. La CELAC a vocation à remplacer l’Organisation des Etats américains (OEA), laquelle inclut les Etats-Unis et le Canada et a suspendu Cuba. Un certain temps pourrait s’écouler avant que l’OEA disparaisse et que seule subsiste la CELAC. Il n’en reste pas moins que Washington n’est pas tout à fait d’humeur à fêter cette évolution.

 

 

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Ces commentaires, bimensuels, sont des réflexions consacrées à l’analyse de la scène mondiale contemporaine vue dans une perspective de long terme et non de court terme.





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