« Pour nos combats de demain, pour un monde plus libre, plus juste, plus égalitaire, plus fraternel et solidaire, nous devons maintenir vivante la mémoire de nos luttes »

Gunter Holzmann

La paix et la guerre dans les médias en Colombie

Conférence de Maurice Lemoine et Yezid Arteta, le 7 décembre à Paris
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Les trois âges du bolivarisme

Par Paul Estrade  |  26 juillet 2010     →    Version imprimable de cet article Imprimer

Ce n’est pas jouer au provocateur que de dire que le bolivarisme n’est pas né avec le Libertador, mais avec ses héritiers ; qu’il n’est pas né en juillet 1826 - au congrès de Panama -, mais, en juin 1856, du combat politique et des idées unionistes de Bilbao, Torres Caicedo et autres Latino-Américains qui en appelèrent à Bolívar pour résister, au nom de l’Amérique Latine, à l’expansionnisme agressif des Etats-Unis d’Amérique. Grâce à eux, le dessein d’un général d’épopée est devenu peu à peu jusqu’à nous, tout au long des générations, le projet collectif d’un nombre croissant de ses compatriotes.

Il n’y a rien d’original à consigner cet état de fait. Sans continuateurs de Marx, il n’y aurait pas de marxisme ; sans continuateurs de Charles de Gaulle, il n’y aurait pas de gaullisme ; sans continuateurs de Perón, il n’y aurait pas de péronisme ; sans continuateurs de Bolívar, il n’y a pas de bolivarisme. Cependant, c’est bien de Simón Bolívar et des libertadores qui ont partagé ses vues qu’il faut partir pour examiner les étapes du cheminement lent et chaotique du bolivarisme dans les esprits et dans les programmes de lutte en Amérique latine. Quelque huit générations se sont succédé depuis ces années fondatrices. Nous ne croyons pas à la théorie des générations comme explication de l’évolution des sociétés, mais ce moyen aide à mesurer le temps écoulé dans une perspective déterminée.

A cette aune, et dans l’approche retenue ici, nous avons distingué huit époques générationnelles successives. Par commodité, nous les avons personnalisées. Nous parlerons donc, par exemple, de l’époque de Bolívar, de l’époque de José Martí, de l’époque de Fidel Castro, de l’époque de Hugo Chávez. Ce faisant, nous n’ignorons pas qu’une telle personnalisation traduit mal un processus chaque jour plus collectif et plus anonyme, en même temps qu’elle entraîne l’élimination injuste d’autres figures illustres du Panthéon bolivarien.

L’ouvrage de l’abbé de Pradt – Les Trois Âges des colonies [1] -, qui servit de référence à Bolívar dans sa vision prophétique de l’avenir de l’Amérique, va nous servir à tracer le cadre dans lequel s’inscrit notre proposition de périodisation des trois âges du bolivarisme. En vérité, nous n’étudierons, et fort sommairement, que les deux premiers, c’est-à-dire son enfance et son adolescence, puisque son troisième âge, sa maturité, commence tout juste à poindre aujourd’hui avec l’Alliance bolivarienne des peuples de notre Amérique (ALBA).

Dit autrement, le premier âge serait celui où le bolivarisme a été porté par des individus ; le deuxième, celui où il a été porté par des individus et soutenu par des mouvements ; et le troisième, celui où il serait porté par des individus, soutenu par des mouvements et mu par des États.

 

I. – L’âge des individus précurseurs

Cet âge couvre approximativement les années 1815-1925, et il peut être scindé en quatre époques. Le bolivarisme est alors avant tout un phénomène de personnes, même s’il reçoit à l’occasion l’appui de quelques franges de la société créole. Dans sa grande masse, le peuple métissé l’ignore. Le bolivarisme surgit alors en des temps et des lieux isolés les uns des autres. Il n’y a pas de véritable continuité dans son expression. Il ne se condense pas en un corps doctrinal. Il ne prend pas de forme organisée. Il consiste en une succession d’appels urgents à une conscience latino-américaine naissante de la part d’hommes politiques et d’intellectuels inquiets des dangers qui planent sur l’indépendance mal assurée de leurs pays.

1. – L’époque de Bolívar et des Libertadores 

Cette époque a pour noms emblématiques ceux de Simón Bolívar, Bernardo Monteagudo et José Cecilio del Valle. On peut prolonger cette phase initiale jusqu’au milieu des années 1840 pour y inclure Juan Bautista Alberdi.

Les précurseurs du latino-américanisme politique ont pour préoccupation essentielle la conquête, puis la sauvegarde à tout prix de l’indépendance des jeunes États hispano-américains. Une indépendance fragile, menacée de l’intérieur par les discordes, et surtout de l’extérieur par la puissance coloniale espagnole et ses alliés européens (Sainte Alliance). Il leur faut instaurer un système de défense commune, pensent-ils. La réunion d’un Congrès général des nouvelles républiques est leur espoir et devient leur obsession.

Ils apprécient positivement la portée de la Doctrine de Monroe et de la Déclaration de Canning. Mais ils savent aussi que, avec la même énergie, les États-Unis et la Grande-Bretagne s’opposeront aussi bien à l’indépendance des Antilles qu’au regroupement des républiques de l’Amérique qui fut espagnole. Ils ne veulent pas que cette Amérique-là prenne place, comme satellite, dans une coalition atlantique tournée contre les monarchies absolues européennes.

Deux projets simultanés, distincts mais convergents, de réunion d’un Congrès furent rendus publics en 1822 au lendemain des succès indépendantistes. Leur simple existence prouve la persistance de l’esprit unitaire qui avait marqué plusieurs campagnes militaires décisives (au cours desquelles s’étaient échangés et unis les soldats insurgés) ; la patrie reste l’Amérique ; ce bolivarisme avant la lettre n’est pas l’apanage d’un homme : il répond à une nécessité et à une aspiration partagées.

Le député hondurien José Cecilio del Valle propose que se tienne en Amérique centrale, dans la province de Costa Rica ou dans celle de León, ce Congrès américain qui doit déboucher sur la constitution d’une formidable Fédération. Il précise que l’Amérique à laquelle il songe c’est uniquement l’Amérique espagnole [2].

Au début de 1825, de Lima, un Argentin au service du Pérou, Bernardo Monteagudo, reprend et relie les projets de Valle et de Bolívar. Le 7 décembre 1824, en effet, deux jours avant la bataille d’Ayacucho, le Libertador, confirmant son invitation de 1822, avait convié les États libérés à se réunir en Congrès en Colombie, dans l’isthme de Panama. L’objectif : s’entendre sur les moyens d’achever et de garantir l’indépendance, et sur l’opportunité de mettre en place la Confédération destinée à « nous servir de conseil dans les conflits majeurs, de point de contact dans les dangers communs, de fidèle interprète dans nos travaux en cas de difficultés, et de conciliateur, finalement, de nos différences » [3].De cette invitation sort le Congrès de Panamá. Un échec, mais un premier pas mémorable. Presque vingt ans plus tard, Juan Bautista Alberdi en tirera les leçons : une ligue militaire n’est plus indispensable, alors qu’un Congrès général des « républiques américaines d’origine espagnole serait le bienvenu pour assurer la paix et la prospérité de ces républiques » [4].

Ainsi, à l’époque de Bolívar, le premier bolivarisme envisage la nécessité d’un Congrès pour bâtir, sous une forme ou sous une autre (ligue, confédération, fédération), l’union nécessaire des nouvelles républiques américaines. Il en exclut aussi bien l’empire du Brésil que les Etats-Unis et la république noire d’Haïti. Cette Amérique qu’il cherche à unir, voire à unifier, n’a pas encore de nom, bien qu’il regarde vers l’avenir. Pour Monteagudo, elle demeure “l’Amérique qui, par malheur, s’appela auparavant espagnole”. La périphrase en dit long sur le poids du passé. Bolivar hésite entre Amérique et Amérique Méridionale. Alberdi jongle dans son Mémoire : Amérique, Amérique Méridionale, Amérique du Sud, Amérique espagnole émancipée. Aucun d’eux ne se réfère à la latinité de leur Amérique.

2. – L’époque de Bilbao et des débuts du latino-américanisme politique

A peine l’encre du Mémoire d’Alberdi avait-elle séché que les Etats-Unis s’emparaient du Texas, puis de la Californie et d’autres États de la République mexicaine. Quelques années plus tard, en 1856, un fort contingent de mercenaires, armés aux États-Unis et conduits par William Walker, débarquait au Nicaragua et installait son chef à la tête de l’État conquis. Derrière l’aventure militaire, c’était la mise en œuvre en Amérique centrale, après le Mexique, du « Destin manifeste » prédit par le président James Knox Polk (1795-1849). 

L’Angleterre ne permit pas la réussite d’une entreprise qui affectait ses intérêts, et le gouvernement de Washington finit par la condamner. Mais ce qu’il y eut de neuf, de notable, de décisif également, c’est, d’un côté, la résistance unie qu’opposèrent les autorités centraméricaines et, de l’autre, le début d’une réaction de solidarité à l’échelle du continent. Cet épisode est fondamental dans la définition de cette deuxième phase du bolivarisme. Celui-ci, désormais, se définit comme l’expression de la volonté de l’Amérique latine de défendre sa souveraineté face aux menaces expansionnistes et aux diktats hégémoniques des États-Unis. Le concept d’Amérique latine, concept politique, naît dans ce contexte : il est élaboré par des Latino-Américains conscients du danger, entre autres le Chilien Francisco Bilbao et le Colombien José María Torres Caicedo, tous deux réfugiés à Paris.

Bilbao proclame solennellement : « Walker c’est l’invasion, Walker c’est la conquête, Walker c’est les Etats-Unis. […] Le moment historique de l’unité de l’Amérique du Sud est arrivé ; maintenant s’ouvre la seconde campagne qui, à l’indépendance que nous avons conquise, ajoutera l’association de nos peuples » [5].

Torres Caicedo s’exprime au même moment – juin 1856 – dans le même sens : « Jamais on n’a ressenti plus impérieusement le besoin de mener à son terme la grande pensée de Bolívar : la confédération des nations de l’Amérique espagnole » [6].

Sur le continent, des voix leur font écho. Ainsi, celle du député colombien Justo Arosemena : « Ce que la Confédération du Nord a fait par calcul, le temps, l’expérience et le péril doivent le faire pour la Confédération du Sud. […] De Panama au Cap Horn nous formerons une seule famille avec un seul nom, un seul gouvernement animé d’un seul dessein » [7].

Dans les années 1860, les interventions postérieures des armées et des flottes française et espagnole au Mexique, en République Dominicaine, au Chili et au Pérou, vont redonner sens à ce latino-américanisme unitaire et militant. Cependant, les Congrès convoqués à cet effet (Santiago du Chili, 1857 ; Lima, 1864) vont échouer au bout du compte, faute de lucidité et de volonté politique des États. Toutefois, la guerre d’indépendance de Cuba, commencée en octobre 1868, permet des manifestations de solidarité en provenance de quelques États (Mexique, Pérou, Guatemala), tandis que des volontaires (Dominicains, Colombiens) accourent pour prêter main forte aux insurgés mambis.

Cette époque du bolivarisme est complexe et confuse. Une diversité de critères persiste au sujet de la manière de résister à l’Espagne, à la France et aux Etats-Unis – ou de s’en accommoder – et, déjà, au sujet du nom à donner à cette Amérique qui est attaquée et qui résiste. Les élites ne regardent pas toutes dans la même direction. Elles n’identifient pas toutes le même ennemi principal en un moment donné. 

L’État national, qui se constitue alors péniblement sous l’égide des latifundistes et des commerçants créoles, s’allie volontiers aux intérêts britanniques prépondérants. Il se réalise presque partout au détriment des idées unionistes bolivariennes. Les guerres du Paraguay et du Pacifique en sont deux illustrations. Dans la région du Río de la Plata, le nom de Bolívar reste maudit, malgré l’œuvre d’Alberdi et de Calvo. Le Brésil reste exclu de tout projet continental tant qu’y prévaudra un régime impérial.

Cela dit, aux heures les plus graves, des voix fortes s’élèvent, porteuses du message bolivarien. A celles, pionnières, de Bilbao, Torres Caicedo et Arosemena, il convient d’ajouter ensuite celles de Montalvo, Lastarria et Samper, descendues des Andes, et celles de Luperón, Hostos et Betances, montées des Antilles. Ce sont eux qui enracinent le concept d’Amérique Latine.

3.– L’époque de Martí et de la prise de conscience latino-américaine

Le déroulement et le dénouement des guerres d’indépendance de Cuba (1868-1898) marquent la troisième époque du bolivarisme. La guerre, au lieu de consacrer l’aboutissement du projet d’émancipation des Antilles, fournit le prétexte des premières occupations militaires réalisées sous le pavillon des Etats-Unis.

La voix claire et prémonitoire du Cubain José Martí domine cette période. Deux Portoricains, tout aussi clairvoyants et combattifs, lui font écho : Eugenio María de Hostos et Ramón Emeterio Betances. Depuis l’exil où le colonialisme espagnol les a confinés, ces hommes luttent non seulement pour la libération et l’union de la patrie antillaise, mais aussi pour la souveraineté et l’unité latino-américaines. Ce n’est sûrement pas un hasard si tous trois ont fait escale à Caracas, ni si c’est à Caracas que l’exemple et l’esprit du Libertador ont imprégné à jamais leur engagement.

La Ligue que préconise Hostos, la solidarité qu’appelle Betances pour faire pression sur le gouvernement espagnol ou pour imposer la paix dans les conflits frontaliers interaméricains, ne parviennent pas à se concrétiser. Les deux tentatives de réunion d’un Congrès hispano-américain échouent (Pérou, 1873 ; Colombie, 1881). Aussi Martí pense-t-il que les Congrès, les constructions diplomatiques, les « alliances spectaculaires » seront de faible effet tant que l’aspiration à l’unité n’aura pas gagné la masse populaire. Il s’emploie à développer l’unité spirituelle et morale de « Notre Amérique », concept ouvert et novateur qu’il forge pour la démarquer de l’autre Amérique. Il ne s’ingénie pas à suggérer la tenue d’un contre-Congrès lors de la première conférence panaméricaine de Washington (1889-1890). Il appelle à la résistance, au sein de la conférence et à l’extérieur, dans la presse, afin d’éclairer l’opinion sur les intentions réelles du voisin aux dents longues : « Il est urgent de dire, parce que c’est la vérité, qu’a sonné pour l’Amérique espagnole l’heure de déclarer sa seconde indépendance » [8]. La ligne qui rattache Martí à Bolívar, via Bilbao, est on ne peut plus explicite.

Dans l’enceinte de la conférence, le délégué argentin Roque Sáenz Peña se montre à la hauteur des circonstances, en opposant à l’ambiguë devise monroïste de « L’Amérique pour les Américains » la noble devise de « L’Amérique pour l’Humanité »

Ces prises de position individuelles n’empêchent pas les marines de débarquer à Cuba et à Porto Rico durant l’été 1898, pas plus qu’elles n’avaient été suffisantes pour contraindre l’Espagne à reconnaître le droit à l’indépendance des peuples asservis. Peu nombreux furent les États latino-américains à soutenir la cause de Cuba et à comprendre le sens du combat de Martí, Hostos et Betances [9]. Les uns, inhibés par la montée en puissance des Etats-Unis, les autres, persuadés que la Grande République assurerait leur progrès.

Bien que limité dans ses manifestations et ses résultats, le bolivarisme du dernier tiers du XIXe siècle élargit son champ d’intervention. Il est actif dans les Antilles. Il y contribue au rejet de toutes les formes d’annexion formelle. Haïti est enfin considéré comme une partie indissociable de l’Amérique latine. Le Brésil entre enfin dans la famille. Le bolivarisme descend de la tribune politique jusque dans les ateliers et les champs. Ses avocats se font éducateurs (les Maestros Hostos, Martí, Rodó). Son message pénètre, c’est nouveau, dans des associations, telles la Unión Latino-Americana et la Sociedad Bolívar de Paris (Torres Caicedo, Betances), telle aussi la Sociedad Literaria Hispano-Americana de New York (Martí). Le bolivarisme cesse d’être un rêve utopique, périodiquement ressuscité, ou un sursaut d’honneur au cœur de crises existentielles. Il devient recherche permanente et affirmation patiente d’une identité revendiquée.

4. – L’époque d’Ugarte et des campagnes contre l’intervention étrangère

La défaite de l’Empire espagnol en Amérique inaugure une période inédite pour ceux, peu nombreux en vérité, qui menaient alors la lutte contre l’Espagne et contre les États-Unis et se reconnaissaient à la fin du XIXe siècle dans cette maxime martinienne : « Changer de maître, ce n’est pas être libre » [10].

À l’époque de Bolívar, le danger que fait courir le monroïsme à l’Amérique naguère espagnole commence à être entrevu par le Libertador lui-même et par Lucas Alaman par exemple, mais la Doctrine de Monroe ne pouvait être et ne fut pas repoussée.

À l’époque de Bilbao, naît la résistance frontale et idéologique d’une Amérique latine balbutiante, confrontée brutalement sur son flanc nord à l’expansionnisme étasunien.

À l’époque de Martí, face à l’offensive politique, économique, culturelle des Etats-Unis sur tous les fronts, une résistance éthique et mentale affleure, et l’annexionnisme est battu en brèche.

À l’époque d’Ugarte la dénonciation véhémente des interventions systématiques des États-Unis, puissance mondiale conquérante, n’est plus différée, et le monroïsme est rejeté.

L’Argentin Manuel Ugarte est sûrement l’homme qui, de 1900 à 1925, s’est le plus démené pour que s’expriment partout les exigences bolivariennes du moment : souveraineté et unité de l’Amérique latine. Il a été plus prolixe et plus incisif que ses prédécesseurs sur ce terrain : Torres Caicedo et Hostos. Les titres de ses écrits sont éloquents [11] ; son patriotisme, un drapeau : « Les meilleurs patriotes seront ceux qui sauront faire passer leur patriotisme local après le patriotisme continental » [12].

Malgré l’existence, à partir de 1914, du pacte ABC (Argentine, Brésil, Chili) dont l’objet est de modérer l’ardeur belliqueuse des Etats-Unis à l’encontre du Mexique révolutionnaire, le nationalisme le plus ardent jaillit d’intellectuels radicaux, indépendants des pouvoirs oligarchiques, et du fond de la masse paysanne piétinée par les troupes d’occupation.

Ugarte, Vargas Vila, Lugones, Blanco Fombona, entre autres, proches du socialisme ou de l’anarchisme, s’engagent dans le combat de la solidarité latino-américaine, se dressant en même temps contre leurs propres dirigeants accusés de complicité avec l’impérialisme, et qu’ils désignent ainsi. Simultanément, dans les Caraïbes occupées, entre 1917 et 1921, on voit résister jusqu’à la mort les cacos haïtiens et les gavilleros dominicains. Il serait erroné de tenir Charlemagne Péralte et Vicente Evangelista pour des hérauts du bolivarisme – comme d’ailleurs il serait exagéré de tenir pour bolivariens les diplomates de l’ABC -, mais il est indéniable que le sacrifice des premiers n’a pas manqué de nourrir plus tard l’imaginaire des guérilleros de l’époque de Che Guevara.

La solidarité qui a entouré la Révolution mexicaine en butte à l’hostilité nord-américaine a revêtu un franc caractère latino-américaniste. Dans ce contexte, la Doctrine de Monroe a été énergiquement réfutée à la veille de son centenaire : « Ce dont nous avons besoin d’urgence, déclarera le Mexicain Isidro Fabela, c’est d’une Doctrine Monroe contre les Etats-Unis » [13].

Le philosophe argentin José Ingenieros est tout aussi catégorique : « Nous croyons que nos nations affrontent un dilemme implacable. Ou bien se livrer et se soumettre, en la louant, à l’Union Panaméricaine (L’Amérique pour les Nord-Américains), ou bien se préparer ensemble à défendre leur indépendance en jetant les bases d’une Union latino-américaine (L’Amérique latine pour les Latino-Américains) » [14].

Au début des années 1920, sous l’influence des révolutions mexicaine et soviétique, un large secteur de l’opinion latino-américaine condamne non seulement les interventions militaires répétées des Etats-Unis, mais également leur domination économique. Il fait siens l’analyse et le langage marxistes. L’anti-impérialisme et le bolivarisme se donnent le bras.

 

II. – L’âge des mouvements révolutionnaires

Les associations anti-impérialistes propres du bolivarisme militant postérieur à 1925 ont été précédées de premiers organismes transaméricains, comme l’Union latino-américaine de Paris (1879) ou l’Union latino-américaine de Buenos Aires (1914). Ce deuxième âge du bolivarisme se caractérise par l’entrée en scène du peuple, partie prenante désormais des luttes de solidarité continentale livrées en faveur des États directement agressés par l’impérialisme nord-américain. Toutefois, en 1982, lors de la guerre des Malouines, si l’Argentine n’avait pas été sous la férule militaire, c’est contre l’impérialisme britannique que le bolivarisme se serait retourné.

La Révolution mexicaine, l’épopée sandiniste, la Révolution guatémaltèque, la Révolution cubaine et d’autres expériences progressistes (Chili, Nicaragua, Grenade) qui, en elles-mêmes, ont été des réactions de dignité nationale objectivement anti-impérialistes, ont suscité dans toute l’Amérique latine – il n’y a plus de pays vraiment à l’écart – l’émergence de fronts unitaires spécifiques par-delà les institutions interaméricaines contrôlées par Washington. De 1925 à 2000 environ, il semble que l’on peut distinguer trois époques.

1.– L’époque de Mella et des alliances populaires anti-impérialistes

Je laisse ouverte la question de savoir quel leader politique symboliserait le mieux cette période, qui va de 1925 à 1934. Mella ? Mariategui ? Palacios ? Haya de la Torre ? Ou bien le général Augusto César Sandino, auteur du « Plan de realización del Supremo Sueño de Bolívar” (20 mars 1929) ? Si j’ai tranché aujourd’hui pour le Cubain Julio Antonio Mella, c’est qu’il a combattu l’ingérence nord-américaine à Cuba et au Mexique, qu’il a animé la campagne « Manos fuera de Nicaragua », qu’il a été l’âme de la Ligue Anti-impérialiste des Amériques et qu’il l’a représentée au Congrès mondial de Bruxelles (février 1927).

La nouveauté et la force du bolivarisme de cette époque reposent, premièrement, sur l’enrichissement du projet bolivarien, délivré d’illusions incantatoires et délesté de ses relents conservateurs (religion, race, hispanité) ; deuxièmement, sur le passage de la protestation et de l’initiative individuelles à des mouvements collectifs structurés afin d’agir à l’échelle continentale et de durer. Trois organisations voient le jour autour de 1925.

En décembre 1924, sous les auspices de la Révolution mexicaine et à partir de l’expérience péruvienne, naît à Mexico l’Alliance populaire révolutionnaire américaine (APRA), dirigée par Victor Raul Haya de la Torre. Détachons les deux premiers points de son programme minimum : 1° Action contre l’impérialisme yankee - 2° Pour l’unité politique de l’Amérique latine [15]. L’APRA se veut un « mouvement autonome latino-américain, sans aucune intervention ni influence étrangères ».

En mars 1925 est fondée à Buenos Aires l’Union latino-américaine (ULA). Elle se proclame également indépendante des gouvernements et des Internationales. En réalité, ses fondateurs - Ugarte, Ingenieros et surtout Alfredo Palacios, son principal animateur, membres du Parti socialiste argentin - se meuvent dans les eaux de la Deuxième Internationale. L’ULA s’adresse en premier lieu aux enseignants, écrivains et intellectuels. L’Association des étudiants latino-américains de Paris agit de conserve avec elle (Carlos Quijano, Miguel-Angel Asturias). Ses objectifs sont la solidarité politique des peuples latino-américains et leur action commune ; la répudiation du panaméricanisme officiel ; l’instauration « d’une Confédération qui garantisse l’indépendance et la liberté de l’Amérique latine contre l’impérialisme des États capitalistes étrangers » [16].

Inutile de préciser l’orientation de la Ligue anti-impérialiste des Amériques, constituée elle aussi à Mexico en 1925. Ses dirigeants (le Cubain Julio Antonio Mella, le Vénézuélien Gustavo Machado, l’Argentin Victor Codovilla) travaillent dans le sillage de la Troisième Internationale. Ce sont des responsables de premier plan, souvent pourchassés, des jeunes Partis communistes qui font alors irruption dans le paysage politique.

Chacune de ces trois organisations parallèles compte bientôt plusieurs sections nationales. Leurs actions de solidarité à l’égard de la Révolution mexicaine (au début), des combattants sandinistes, de la nation haïtienne humiliée, etc., ainsi que leurs campagnes contre l’exploitation économique impérialiste et contre les dictatures complaisantes, ont donné au bolivarisme de cette décennie-là un de ses traits définitifs. Même si, après avoir convergé, les trois organisations continentales ont divorcé puis se sont éteintes.

Le bolivarisme militant a entraîné de nouvelles couches sociales. Il a le visage de la diversité. Il connaît ses premiers martyrs : Mella, Sandino, Farabundo Martí, assassinés. Mais, derrière chaque leader, il y a une organisation : une réalité impensable une génération plus tôt.

2. – L’époque de l’expectative et de la confusion

Cette époque s’étend de 1933-34 à 1958-59. Aucun nom ne saurait l’incarner. Non qu’aucune personnalité n’ait maintenu, contre vents et marées, les idéaux de l’union latino-américaine dans un sens bolivarien progressiste. Mais, comparée aux deux époques qui l’encadrent, celle-ci manque de relief et d’unité. On ne peut pas prétendre qu’elle ait été l’époque de Lazaro Cardenas, de Jacobo Arbenz ou de Pedro Albizu Campos, car leur bolivarisme n’occupe qu’une place secondaire dans leur trajectoire politique. Elle ne peut être non plus l’époque de José Figueres, Rómulo Betancourt ou Haya de la Torre car c’est alors qu’ils ont renoncé, dans les faits - le plus souvent par anticommunisme - au bolivarisme professé dans leur jeunesse. Cette désorientation s’explique jusqu’en 1945 par le contexte de la politique rooseveltienne dite du « bon voisinage » et, après la fin du conflit mondial, par le contexte de la guerre froide.

Le retrait des marines du Nicaragua et d’Haïti, l’abandon, en 1934, de l’amendement Platt de 1901, la réaction modérée à l’expropriation des compagnies étrangères au Mexique, etc., ont réduit les points de friction entre les deux Amériques. Lors de la conférence panaméricaine de Lima (1938), la délégation de Washington obtient des délégations latino-américaines qu’elles fassent leur la Doctrine Monroe, au nom de la démocratie américaine menacée par la montée des fascismes européen et asiatique. La vigueur du sentiment anti-impérialiste en pâtit. Le néo-monroïsme, sous l’aspect flatteur de l’inter-américanisme, évince le panaméricanisme, odieux et usé, mais, du même coup, il relègue le bolivarisme au rang de chimère archaïque et exotique.

Si l’impérialisme a changé d’image et est devenu fréquentable, son immixtion dans les affaires latino-américaines, loin de s’atténuer, se renforce, de manière plus discrète mais non moins efficace. Toute une génération de lutteurs rebelles affronte cependant les monopoles étasuniens (United Fruit, Copper Mining Company), et les dictateurs à leur solde (Nicaragua, Guatemala, République Dominicaine). Ces luttes se déroulent presque toujours dans un cadre national. Le nationalisme étroit et les prétentions hégémoniques de quelques États freinent toute velléité de renaissance d’un projet populaire et unificateur. Le péronisme et même, au Brésil, le gétulisme (du nom de Getulio Vargas) n’ont qu’un très lointain rapport avec le bolivarisme.

Le véritable bolivarisme - hérité du Cubain José Martí, de l’Uruguayen José Enrique Rodó, du Nicaraguayen Ruben Darío - trouve refuge dans la littérature. Dans l’essai (Juan José Arévalo, Pedro Henríquez Ureña) ; dans le roman (Carlos Luis Fallas, Miguel-Ángel Asturias) ; dans la poésie (Nicolás Guillén, Pablo Neruda). La Fábula del tiburón y las sardinas, Mamita Yunaí, le Canto General, Week-end en Guatemala, des oeuvres échelonnées entre 1948 et 1956,l’expriment de façon anthologique.

A l’offensive, les Etats-Unis, forts de leur puissance écrasante, détournent à leur profit le sentiment unitaire toujours latent en Amérique latine. Ils créent, avec siège à Washington, l’Organisation des États américains (OEA) en 1948, et l’accompagnent de toutes sortes d’institutions à leur dévotion (militaires, financières, culturelles). Le bolivarisme est dévoyé.

En 1954, le renversement du régime démocratique guatémaltèque de Jacobo Arbenz, ourdi par la CIA et couvert par l’OEA, entraîne çà et là de violentes manifestations de réprobation. Toutefois, aucun mouvement d’ensemble ne voit le jour. Aucun organisme latino-américain de prestige ne propose d’alternative. Pire, en cette même année de 1954, durant la conférence de Caracas, un livre est primé : son auteur attribue à Bolivar la paternité du panaméricanisme ! [17]

3. – L’époque de Fidel et du Che : celle d’une effective solidarité latino-américaine

En peu d’années néanmoins, le panorama change en Amérique latine. Y contribuent notamment : l’essor des mouvements de libération nationale en Asie et en Afrique et l’appui qu’ils reçoivent de l’URSS et de la Chine ; la chute de quelques dictatures ; le développement des luttes revendicatives, et même le discrédit qui frappe les Etats-Unis (tournée chahutée de Nixon en 1958). Les libertadors sont de retour dans la Sierra Maestra à la fin de 1956.

La Révolution cubaine, qui triomphe le 1er janvier 1959, s’inspire de la pensée et de l’action de Martí et de Mella, dont l’ardent bolivarisme trouve un prolongement passionné chez Fidel Castro et chez Ernesto Guevara. Ceux-ci ont fait déjà leurs preuves en matière de solidarité latino-américaine. Pour la première fois dans l’histoire, le flambeau de cette solidarité est porté par un gouvernement qui l’érige en principe intangible de son programme de libération. Jusqu’alors, il avait été aux mains d’individus isolés, puis d’associations ad hoc et, enfin, à l’étiage de son expression publique continentale, il avait été recueilli par des écrivains, des institutions culturelles (Cuadernos Americanos de Mexico, par exemple) et des partis politiques (communistes en majorité).

Inutile de citer, tant ils sont abondants et réitérés, les textes par lesquels les plus hauts responsables de Cuba ont exalté et encouragé tous les élans de solidarité en Amérique Latine : de la fondation de la Casa de las Américas à l’asile offert aux victimes des régimes militaires ; de l’envoi de missions humanitaires, médicales et éducatives au soutien des guérillas. Les principes de cette politique sont exposés dans les deux Déclarations de La Havane de 1960 et 1962.

Les peuples d’Amérique latine ont répondu, comme jamais dans leur histoire, au défi lancé par la Révolution cubaine qu’ils ont défendue contre leurs propres gouvernements le plus souvent. En 1964, il ne restait qu’un pays à ne pas avoir rompu ses relations avec Cuba : le Mexique. Le 31 mai 2009, il n’y en avait plus qu’un à ne pas avoir renoué : le Salvador. Le 1er juin 2009, tout juste élu, le nouveau président salvadorien Mauricio Funes les a rétablies.

Avec la Révolution cubaine et autour d’elle, le bolivarisme de cette époque a redécouvert le chemin de la coopération militaire au temps des guérillas. Il a retrouvé le chemin des rencontres et des pactes, jalonné en 1966-67 par les conférences de solidarité tenues à La Havane : Organisation de solidarité des peuples afro-asiatiques et de l’Amérique latine (OSPAAL), Organisation latino-américaine de solidarité (OLAS) .

Mais tout n’est pas parti de Cuba, et tout n’y a pas ramené. D’autres pays ont été la cible des Etats-Unis qui sont intervenus, directement ou en coulisses, pour interrompre le cours démocratique suivi en République Dominicaine (1965), au Chili (1973), à Grenade (1983). L’esprit de solidarité a alors soufflé un peu partout, rappelant l’actualité d’une riposte globale.

Dans la mesure où tout étiquetage, en soi pernicieux, permet néanmoins une meilleure compréhension des spécificités de chaque époque, on pourrait envisager de qualifier de guévarisme le bolivarisme de l’époque du Che et de Fidel. Encore que, vu d’aujourd’hui, c’est-à-dire depuis l’apparition de ce que certains ont suggéré de nommer le chavo-bolivarisme, on devrait plutôt, par analogie, qualifier l’époque antérieure de castro-bolivarisme, tout au moins après 1968.

 

III. – L’époque de Hugo Chávez : le seuil du troisième âge ?

 

On manque, de toute évidence, du recul nécessaire pour dire si le bolivarisme vient d’entrer dans une nouvelle époque de son deuxième âge, la quatrième, selon notre esquisse de périodisation ; ou bien si on assiste au début de son troisième âge, à la première époque de son troisième âge, l’âge de sa maturité.

La logique voudrait que l’on fît partir cette nouvelle époque de la date d’adoption, par le peuple vénézuélien, de la Constitution bolivarienne, soit du 15 décembre 1999. Pour la première fois, en effet, et à une majorité sans appel (86 %), un peuple d’Amérique latine a ratifié un projet bolivarien explicite. Ce jour-là a pris fin le mythe du divorce, tant de fois souligné, entre le Libertador aristocratique et son peuple ballotté. Ce jour-là, avec un niveau de conscience difficile à apprécier, mais avec enthousiasme, la masse des exclus a adhéré aux idéaux d’indépendance nationale et d’union continentale, inséparables dans la pensée de Simón Bolívar.

Ce processus constituant n’a été pourtant qu’un moment de la Révolution bolivarienne. Et celle-ci n’est que l’aboutissement du processus d’intervention du peuple vénézuélien dans son destin national. Un processus entrepris de façon explosive en 1989, une année qui ne se résume pas à la seule démolition d’un mur de béton. En dépit des obstacles, la Révolution bolivarienne a accompli démocratiquement en dix ans des transformations inégalées dans les domaines de l’éducation et de la santé, dans le développement des communautés indigènes et dans le contrôle et la redistribution des richesses du pays.

En décembre 2001 le président Hugo Chávez a proposé aux voisins du Venezuela un nouveau type de relations, en dehors des cadres institutionnels existants et des liens étouffants du néolibéralisme. Cette politique extérieure, nourrie et pas seulement recouverte de bolivarisme, a conduit, en deux temps, à la création de l’ALBA. À l’Alternative bolivarienne pour les Amériques, constituée en 2004, a succédé, en juin 2009, l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique. Le bolivarisme est ainsi en train de se muer en bolivarianisme. La logique veut donc que nous fassions partir l’époque présente du bolivarisme du jour de la signature de l’acte constitutif de l’ALBA par le Venezuela et Cuba, soit du 15 décembre 2004.

Depuis cette date, l’Alliance s’est élargie à la Bolivie, à l’Équateur, au Nicaragua, au Honduras (jusqu’au coup d’État) et à trois petits États anglophones des Caraïbes. Une monnaie commune (le SUCRE), utilisable pour les échanges commerciaux internes à cette zone, est en train d’être mise en place. L’ALBA se substitue partiellement à l’ALCA (la Zone de libre-échange des Amériques) voulue par Washington, mais qui a été enterrée en 2005 au Sommet des Amériques de Mar del Plata (Argentine). Elle tourne le dos au panaméricanisme. Dépassant les limites de l’ALBA, des initiatives à géométrie variable, mais d’esprit bolivarien (Telesur, Bancosur, Petrosur, Petrocaribe) fonctionnent ou sont en cours d’installation 

La création, en 2008, de l’UNASUR (Union des nations sud-américaines) puis, en 2010, lors du Sommet de Cancun, d’une Communauté appelée à regrouper tous les Etats d’Amérique Latine et des Caraïbes ( mais sans les Etats-Unis), sont les deux dernières initiatives en date, prises dans un sens pleinement bolivarien, d’union politique et d’intégration économique à terme.

A l’époque du Che et de Fidel (que je n’enterre aucunement), seule la Révolution cubaine défendait un bolivarisme effectif. Depuis quelques années maintenant, à côté de Fidel et de Raúl Castro, son continuateur, se trouvent les présidents élus et réélus du Venezuela, de la Bolivie, de l’Équateur, du Nicaragua : Hugo Chávez, Evo Morales, Rafael Correa, Daniel Ortega. Un tel groupe de pays, de peuples et de personnalités historiques oblige le simple observateur des changements significatifs en cours, à en enregistrer l’existence, qu’elle plaise ou non.

Il reste de bon ton, chez certains observateurs, de douter des chances, voire de l’existence de l’Amérique latine. Ne peut-on, au contraire, estimer qu’en ayant renoué avec le bolivarisme, devenu l’affaire de tous, l’Amérique latine en mutation, grâce aux voies qu’elle explore, est plus elle-même et plus utile au monde que jamais ? Signe des temps : sous l’impulsion de Chávez, elle pourrait même changer de nom pour prendre celui de Suramérica. Prémices d’un nouvel âge ? A coup sûr, dans la mesure où ce serait alors le Sud qui indiquerait le nord !

(Communication prononcée lors du colloque international « Le bolivarisme, du Libertador à Hugo Chavez », Université de Pau, 25 mars 2010.)

 

Notes

[1]  Dominique G-F. Dufour, baron de Pradt, Les Trois Âges des colonies, ou de leur état passé, présent et à venir, Giguet, Paris 1801-1802, 2 tomes.

[2]  « Soñaba el Abad de San Pedro y yo también sé soñar”, El Amigo de la Patria, Guatemala, 1er mars 1822. Article repris dans José Cecilio del Valle, Obra escogida, Caracas, Ayacucho, 1982, pp. 232-235.

[3]  « Contra el enemigo común » (janvier 1825), essai repris dans Hispanoamérica en lucha por su independencia, México, Cuadernos Americanos, 1962, pp. 7-15.

[4]  « Memoria sobre la conveniencia y objetos de un Congreso General Americano », Santiago du Chili, 1844. In Alberdi, Obras Completas, Buenos Aires, 1886, tome II, pp. 389-412.

[5]  Francisco Bilbao, Iniciativa de la América. Idea de un Congreso Federal de las Repúblicas, imprimerie de D’Aubusson et Kugelmann, Paris, 1856.

[6]  « Agresiones de los Estados Unidos », El Correo de Ultramar, Paris, 15 juin 1856.

[7]  Discours de juillet 1856. Repris dans Ideas en torno de Latinoamérica, , UNAM, Mexico, 1986, vol. I, p. 792.

[8]  « Congreso internacional de Washington », La Nación, Buenos Aires, 19 décembre 1889. Dans José Martí, Obras Completas, ENC, La Havane, 1963, t. VI, p. 46.

[9]  Une notable exception : l’Équateur, que présidait Eloy Alfaro.

[10]  Lettre à Gonzalo de Quesada, 12 novembre 1889. Dans José Martí, Obras Completas, op. cit., t. VI, p. 120.

[11]  El porvenir de la América española, El destino de un continente, Mi campaña hispanoamericana, La Patria Grande, La reconstrucción de Hispanoamérica. Cela dit, il a surtout manié le concept d’Amérique latine !

[12]  El porvenir de la América Española (1910). Dans Ugarte, La nación latinoamericana, Caracas, Ayacucho, 1978, p. 4.

[13]  Conférence de décembre 1921, recueillie dans Hispanoamérica en lucha…, op. cit., pp. 260-261.

[14]  Discours du 11 octobre 1922, recueilli dans Hispanoamerica en lucha…, op. cit., pp. 218-222.

[15]  Victor Raul Haya de la Torre, Obras Completas, Ed. Juan Mejía Baca, Lima, 1984 (2ª edición), t. I, p. 129.

[16]  « Programa de la Unión Latinoamericana », in Hispanoamérica en lucha …, op. cit., pp. 224-225.

[17]  Jesús María Yepes, Del Congreso de Panamá a la Conferencia de Caracas (1826-1954), Caracas, 1955. La même interprétation avait déjà été proposée par Francisco Cuevas Cancino dans Bolívar. El ideal panamericano del Libertador. El ideal bolivariano, FCE, Mexico,1951.





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