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Quelques réflexions grinçantes sur la Libye

Par Akram Belkaïd  |  24 septembre 2011     →    Version imprimable de cet article Imprimer

La Libye a été libérée mais l’Otan est toujours sur place ; le CNT est reconnu mais divisé, et ses dirigeants ne sont pas blancs comme neige ; bref, tout ne fait que commencer.

Il serait temps que l’on se pose la question suivante : que fait encore l’Otan en Libye ? Officiellement, le régime de Kadhafi est tombé, la population civile de Benghazi n’est plus menacée comme c’était le cas en mars dernier et l’ancien « Guide » est en fuite, caché quelque part dans le sud libyen grâce, peut-être, à un véhicule tout-terrain sophistiqué vendu par une France qui, à l’époque (c’était en 2008) espérait encore lui fourguer quelques Rafales et autres équipements high-tech.

Quatre semaines après l’entrée des rebelles du Conseil national de transition (CNT) dans Tripoli (le 21 août 2011) il semble bien que les forces de l’Alliance atlantique soient en train de passer outre le mandat qui leur a été conféré par la résolution 1973.

Bien entendu, il ne s’agit pas de verser dans l’angélisme et de feindre de s’étonner face à ce qui était prévisible. L’auteur de ces lignes était pour l’intervention contre Kadhafi, tout en se doutant bien que l’implication militaire de la France et de la Grande-Bretagne, sans oublier celle des États-Unis, ne s’est pas faite uniquement pour le bien-être du peuple libyen.

On le sait, l’affaire avait, dès le départ, une grosse odeur de pétrole et ce n’est pas le groupe Total qui démentira la chose, lui dont le patron n’a même pas attendu que toutes les armes se soient tues pour déclarer au quotidien économique allemand Handelsblatt qu’au-delà des activités qui existent déjà, la compagnie pétrolière voyait aussi en Libye « des opportunités pour de nouvelles affaires ». Ben voyons…

Soyons clair, il ne s’agit pas de bouder la satisfaction de voir un autre dictateur arabe être chassé du pouvoir en espérant que d’autres suivront. Mais il est temps de remercier les forces de l’Otan et de les prier de rentrer chez elles, quitte à passer pour d’infâmes ingrats. C’est même un conseil qui relève du bon sens. Chaque jour qui fuit rapproche ces forces d’un futur bourbier, politique et militaire, qu’il leur est encore temps d’éviter…

Pour justifier le maintien des bombardements de l’Otan, nombre de responsables occidentaux ont expliqué que Kadhafi serait encore dangereux. Il faudrait savoir ! Est-il en fuite ou tout simplement susceptible de revenir aux affaires ? Et, là aussi, il serait normal de s’en tenir à la résolution 1973 ou d’en adopter une nouvelle qui préciserait le champ d’action d’armées étrangères qui sont désormais aux côtés des nouveaux maîtres de la Libye.

Comme le relève si bien l’expert Patrick Haimzadeh, la terminologie en vigueur est en train d’évoluer. Il y avait les « troupes de Kadhafi » contre les « rebelles » ; on évolue désormais vers une variante qui oppose les « troupes du CNT » aux « loyalistes ». Et peut-être que demain, on aura affaire à « l’armée libyenne » (fidèle au CNT) contre les « nouveaux rebelles » (les loyalistes d’aujourd’hui).

Au passage, relevons cette contradiction majeure dans l’action de l’Otan. Avoir sauvé la population civile de Benghazi restera bel et bien à son actif. Mais qui défendra les civils de Syrte ou de Bani Walid ? Dans ces villes, encore tenues par les « loyalistes », ces civils semblent être dans le mauvais camp. Ne doit-on pas les protéger aussi contre d’éventuelles exactions, en évitant par exemple que ne se répètent ces chasses à l’homme que connaît Tripoli depuis la fuite du berger devenu colonel, puis « roi des rois » d’Afrique ?

Ce qui se passe actuellement autour des « derniers bastions kadhafistes » relève de la responsabilité directe des parrains du CNT. Il serait terrible que la chute du régime de Kadhafi soit entachée de massacres de civils punis pour lui être restés fidèles.

De même, il serait temps d’être un peu plus lucide vis-à-vis du CNT et de convenir qu’il y a beaucoup de choses qui ne vont pas. Passons rapidement sur la question de la future Constitution, dont la référence à l’islam ne chagrinera que les naïfs qui croient que le monde arabe ne doit avoir pour seule ambition que d’embrasser la laïcité à la française.

Commençons d’abord par relever que cette instance est bel et bien divisée, notamment par des critères régionalistes. Ainsi, selon Jalal al-Gallal, porte-parole du CNT, la formation d’un cabinet de 36 membres n’a pas été possible en raison du blocage de plusieurs tribus qui s’y estiment peu représentées.

Certes, il reste encore quelques jours pour que la « nouvelle Libye », c’est-à-dire celle représentée par le CNT, puisse annoncer l’existence d’un nouveau gouvernement au moment où le président du Conseil Moustafa Abdel-Jalil et son « Premier ministre » Mahmoud Jibril, seront acclamés à New-York lors de l’Assemblée générale de l’ONU (le CNT a d’ores et déjà récupéré le siège laissé vacant par l’ancien régime, une performance qui doit laisser rêveur Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne…). Il n’empêche, cette discorde au sein du CNT fait désordre et aurait, affirment au moins deux sources crédibles, provoqué quelques mouvements d’humeur à Paris et à Londres.

Parlons ensuite de ces deux hommes (Jibril et Abdel-Jalil) et reconnaissons que seule la vérité du vainqueur compte. Ainsi, il est tout de même étonnant que personne ne songe à leur demander des comptes sur leur implication avec un régime tyrannique qu’ils ont servi jusqu’à la fin février 2011. Il ne s’agit pas de chercher à absoudre Kadhafi et ses rejetons, mais qui peut croire que l’homme et ses fils sont les uniques responsables des crimes commis par la dictature ?

Étrange que, même en France, l’on n’ait pas envie de titiller un peu Moustafa Abdel-Jalil sur l’affaire des infirmières bulgares, lui qui a été ministre de la Justice de Kadhafi. Étrange aussi que l’on reste silencieux sur les liens entre Mahmoud Jibril et l’ex-grand réformateur que fut Seif al Islam.

Enfin, on peut se demander si beaucoup d’eau sera pompée dans la grande rivière artificielle de Libye, le grand projet auquel tenait tant Kadhafi, avant de savoir la vérité quant à l’assassinat du général Younes, alors chef militaire du CNT, en juillet dernier.

Terminons enfin par quelques considérations sur ce moment « bushien » que se sont accordé en Libye Nicolas Sarkozy et David Cameron, sans oublier, bien sûr, Bernard-Henri Lévy. On peut comprendre que cette visite était nécessaire au moment où les mauvaises nouvelles fusent de partout comme par exemple d’Afghanistan, où les Talibans se permettent désormais d’investir Kaboul et d’attaquer le quartier ultra-sécurisé des ambassades.

On peut aussi n’avoir aucun doute quant à la sincérité des manifestants libyens, qui ont témoigné bruyamment leur reconnaissance aux trois hommes. Mais le grand jeu ne fait que commencer. Déjà, des tribus de l’ouest libyen accusent les « gens de Benghazi » d’être à la solde des étrangers. Et, en Libye comme ailleurs dans le monde arabe, nombreux sont ceux qui attendent de voir comment Sarkozy et Cameron vont réagir à la demande palestinienne de voir leur État reconnu par l’ONU. Vive la Libye libre ? D’accord ! Mais, heu… et la Palestine, alors ?

Enfin, on relèvera aussi que le numéro un à l’applaudimètre ces derniers jours à Tripoli a bel et bien été le Premier ministre turc Erdogan, qui s’est même joint à une prière collective. Belles bagarres d’influence en perspective…





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