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Trois questions à Aníbal García, député indépendant et candidat à la vice-présidence guatémaltèque

« Ce qui se cache derrière cette question du renouvellement du contrat de Perenco, c’est une histoire de trafic d’influence, de corruption et d’achat de faveurs »

Par Christophe Ventura  |  6 juillet 2011     →    Version imprimable de cet article Imprimer

Mdl : Quelle est la nature du conflit qui vous oppose au gouvernement guatémaltèque et à la firme multinationale Perenco ?

AG : En 2001, la multinationale franco-britannique Perenco a racheté toutes les actions et les concessions de l’entreprise Basic Resources Inc. qui opérait depuis 1985 dans le pétrole au Guatemala.

Perenco exploite des gisements qui produisent 13 000 barils par jour. C’est une petite exploitation mais, désormais, l’objectif est d’augmenter la production pour atteindre les 100 000 barils par jour. C’est un objectif défini par le président de la République, Álvaro Colom.

Lorsque le contrat avait été initialement signé en 1985, la zone de la Laguna del Tigre, où sont principalement situés ces gisements, n’était pas déclarée zone protégée. Cela a été fait en 1989.

Nous pensons que le contrat de Perenco n’aurait pas dû être renouvelé en 2010. Il ne bénéficie pas économiquement au pays, il est situé dans une zone protégée et nous avons de sérieux doutes sur la transparence de l’entreprise. Elle a corrompu et acheté des gens et a utilisé toute son influence pour obtenir tout ce qu’elle voulait.

C’est sur cette base que nous nous sommes opposés, au sein du Parlement et avec les mouvements sociaux, au renouvellement pour 15 ans de cette concession accordée à l’entreprise. Malgré tout, le président l’a finalement autorisé. Il considère que cette opération est bénéfique pour le pays. Nous allons prouver le contraire. Nous avons utilisé tous les moyens légaux à notre disposition (tribunaux, Cour constitutionnelle, Cour suprême de justice), mais cela n’a pas suffi. Il faut maintenant mener la bataille sur le terrain politique et citoyen.

Ce qui se cache derrière cette question du renouvellement du contrat de Perenco, c’est une histoire de trafic d’influence, de corruption et d’achat de faveurs.

Par ailleurs, Perenco se refuse obstinément à faire des études préliminaires sur l’impact environnemental de ses futures exploitations. Pourquoi ? Parce que, évidemment, si des études sérieuses et impartiales étaient réalisées, elles aboutiraient à l’arrêt des forages en montrant que ces derniers vont avoir un impact très négatif sur la biodiversité environnante, les zones aquifères, etc.

Il est maintenant assuré qu’une étude sera menée dans le cadre de l’accord de libre-échange signé entre les pays d’Amérique centrale, la République Dominicaine et les Etats-Unis car cet accord prévoit que soit vérifiée la compatibilité de la concession avec les normes environnementales qui y sont incluses [1].

Mdl : Quelles sont vos demandes aux autorités françaises et européennes ?

AG : Trois choses. Nous pensons que la France doit agir pour que ses entreprises fassent preuve de responsabilité sociale. La France doit être mieux informée des caractéristiques et des pratiques de Perenco. Nous sommes heureux qu’une exposition sur notre patrimoine et notre histoire Maya soit organisée à Paris. C’est un grand honneur. Mais il n’est pas possible qu’une entreprise comme Perenco sponsorise une telle initiative. Le Guatemala est un paradis fiscal qui garantit le secret bancaire. Ainsi, nous ne savons pas ce qu’a gagné cette multinationale dans notre pays. Nous souhaiterions le savoir. Nous pensons aussi qu’il faut remettre à plat l’accord d’association en cours de discussion entre l’Union européenne et notre pays [2]. Il faut réviser ce traité, le démocratiser. Il comporte trop d’asymétries économiques et n’apporte rien pour régler des situations comme celle de Perenco. Rien n’est prévu contre les agissements des transnationales.

Enfin, notre combat montre l’importance du thème environnemental en général. Notre pays est très riche de ce point de vue et ne doit pas être défiguré et exploité par les entreprises européennes. Comment élaborer des normes respectueuses de l’environnement et des populations ? C’est de tout cela qu’il faut discuter.

Mdl : Pouvez vous obtenir une victoire contre Perenco ?

AG : Malheureusement, l’histoire de l’impunité et de la corruption au Guatemala n’aide pas pour espérer gagner dans le cadre légal. Nous sommes très peu dans le champ politique à nous opposer aux pratiques de Perenco et à ses complicités au sein de l’Etat. Je pense que la pression internationale et le soutien des pays d’où sont originaires les entreprises qui sévissent chez nous seront des facteurs déterminants pour construire une mobilisation significative.

Nous commençons à développer une coordination avec d’autres mouvements qui luttent contre l’exploitation minière et pétrolifère en Amérique latine pour faire converger nos analyses et nos efforts. Un processus s’engage.

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Notes

[1] Pour Cynthia Benoît, auteure du rapport « Perenco, exploiter le pétrole coûte que coûte », (http://collectif-guatemala.chez-alice.fr/campagnes/rapport_perenco.pdf), « la motivation de base pour cette décision est commerciale. Pour les Etats-Unis, si le Guatemala pratique une concurrence déloyale en violant leur législation environnementale, cela peut être désavantageux pour eux. »

[2] Cet accord d’association lie l’Union européenne et six pays d’Amérique centrale (Costa Rica, El Salvador, Guatemala, Honduras, Nicaragua et Panama). Il a été paraphé par l’UE le 22 mars.





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