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Venezuela

Un « coup d’Etat lent » à l’oeuvre

Par Ignacio Ramonet  |  24 février 2014     →    Version imprimable de cet article Imprimer

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Dans un article que viennent de publier la Folha de Sao Paulo (Brésil) et La Jornada (Méxique), Ignacio Ramonet souligne comment les événements qui se succèdent au Venezuela depuis le 12 février dernier répondent, point par point, au scénario insurrectionnel élaboré par le théoricien américain des « coups d’Etat lents », Gene Sharp dans son manuel : De la dictature à la démocratie.

Depuis un an et demi, il y a eu, au Venezuela, quatre consultations démocratiques décisives : deux scrutins présidentiels, le choix des gouverneurs et des élections municipales. Toutes ces votations ont été remportées par des candidats de la révolution bolivarienne. Aucun résultat n’a été mis en cause par les observateurs indépendants internationaux. Le vote le plus récent s’est tenu il y a trois mois à peine (le 8 décembre 2013). Son résultat : une nette victoire – 11,5% d’écart – des chavistes. Depuis qu’Hugo Chávez a assumé la présidence, en 1999, toutes les élections – il y en a eu dix-neuf - ont montré que le soutien à la révolution bolivarienne est, sociologiquement, majoritaire.

En Amérique latine, Chávez a été le premier dirigeant progressiste, depuis Salvador Allende, à avoir parié sur la voie démocratique pour parvenir au pouvoir. On ne comprend rien au chavisme si on ne mesure pas son caractère profondément démocratique.

Le pari de Chávez hier, et celui de Nicolás Maduro aujourd’hui, c’est le « socialisme démocratique ». Une démocratie qui n’est pas seulement électorale. Mais aussi économique, sociale, culturelle… Depuis quinze ans, le chavisme a donné à des millions de personnes – dépourvues de papiers d’identité parce que pauvres - le statut de citoyens et leur a permis, enfin, de voter. La révolution bolivarienne a consacré plus de 42% du budget de l’Etat aux investissements sociaux. Elle a fait sortir de la pauvreté cinq millions de personnes. Elle a réduit la mortalité infantile ; éradiqué l’analphabétisme ; multiplié par cinq le nombre de professeurs des écoles publiques (passé de 65 000 à 350 000) ; crée onze nouvelles universités ; accordé des pensions de retraite à tous les travailleurs (y compris à ceux de l’économie informelle… ) Tout ceci explique le soutien populaire que Chávez a toujours eu, et les récentes victoires électorales de Nicolas Maduro.

Pourquoi alors les protestations actuelles ? N’oublions pas que le Venezuela chaviste – détenteur de principales réserves mondiales d’hydrocarbures – a toujours été (et sera) l’objet de tentatives de déstabilisation et de campagnes médiatiques systématiquement hostiles.

Malgré son unification sous le leadership d’Henrique Capriles, l’opposition a perdu quatre élections successives. Devant ces échecs répétés, sa fraction la plus à droite, liée aux Etats-Unis et menée par l’ancien putschiste Leopoldo López, parie aujourd’hui sur un « coup d’état lent ». Et applique les techniques du manuel de Gene Sharp [1].

Dans une première phase : 1) créer du mécontentement social par l’accaparement des produits de première nécessité ; 2) faire croire à l’incompétence du gouvernement ; 3) encourager les manifestations de colère ; et 4) intensifier le harcèlement médiatique.

Depuis le 12 février dernier, les extrémistes sont passés à la deuxième phase, proprement insurrectionnelle : 1) utiliser l’irritation (réelle) d’un groupe social (une minorité d’étudiants) pour provoquer des protestations violentes et, donc, des arrestations ; 2) organiser des manifestations de solidarité avec les détenus ; 3) infiltrer parmi les manifestants des sicaires armés et payés pour provoquer des victimes dans les deux camps (l’expertise balistique a montré que les balles qui ont tué à Caracas, le 12 février, l’étudiant Bassil Alejandro Dacosta et le chaviste Juan Montoya ont été tirées par la même arme, un pistolet Glock calibre 9mm...) ; 4) élever le nombre de protestations et leur niveau de violence ; 5) intensifier le harcèlement médiatique, avec le soutien des réseaux sociaux, contre la « répression » du gouvernement ; 6) obtenir que les grandes institutions humanitaires condamnent les autorités pour « usage disproportionné de la force » ; 7) parvenir à ce que des gouvernements étrangers adressent des avertissements aux autorités vénézuéliennes ; 9) faire pression sur de grandes organisations internationales (OEA) pour qu’elles envoient des « commissions d’observateurs » ; 10) tenter d’internationaliser le conflit..
On en est là.

Alors, la démocratie au Venezuela est-elle en péril ? Oui, menacée, une fois de plus, par le putschisme de toujours.

 

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Notes

[1] Gene Sharp, From Dictatorship to Democracy : Conceptual Framework for Liberation, Albert Einstein Institution,‎ Boston, 1993. Paru en français sous le titre : De la dictature à la démocratie. Un cadre conceptuel pour la libération, L’Harmattan, Paris, 2009. 





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