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Urgences climatiques

Par Ignacio Ramonet  |  4 janvier 2012     →    Version imprimable de cet article Imprimer

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La grave crise financière et l’horreur économique que subissent les sociétés européennes ne doivent pas faire oublier - comme vient d’ailleurs de nous le rappeler la Conférence de Durban, en Afrique du Sud - que le changement climatique et la destruction de la biodiversité demeurent les principaux dangers qui menacent l’humanité. Si nous ne changeons pas rapidement de modèle de production dominant, nous atteindrons le point de non retour au-delà duquel la vie humaine cessera peu à peu d’être supportable sur notre planète.

Il y a quelque semaines, l’Organisation des Nations unies (ONU) a annoncé la naissance de l’être humain numéro 7 milliards, une petite fille philippine appelée Danica. En un peu moins de cinquante ans, le nombre d’habitants de la Terre a plus que triplé. La plupart vivent désormais dans les villes. Pour la première fois, les ruraux sont moins nombreux que les urbains. Alors que les ressources de la planète n’augmentent pas. Surgit alors une nouvelle question géopolitique : que se passera-t-il lorsque la pénurie des matières premières s’aggravera ? Nous découvrons avec stupeur que notre "vaste monde" n’est pas infini, que ses ressources sont limitées.

Il est évident que la Terre ne dispose pas d’assez de ressources naturelles ou énergétiques pour satisfaire les besoins d’une population mondiale en usant de manière immodérée. On connaît les chiffres : pour que 7 milliards de personnes consomment autant qu’un Européen moyen, il faut les ressources de deux planètes. Pour qu’elles consomment autant qu’un Américain moyen, celles de trois planètes.

Au cours de la dernière décennie, grâce à la croissance qu’ont connue plusieurs pays émergents, le nombre de personnes sorties de la pauvreté et incorporées à l’univers de la consommation, dépasse les 150 millions... [1] Comment ne pas s’en réjouir ? Aucune cause au monde n’est plus juste que le combat contre la pauvreté. Mais cela implique une grande responsabilité pour tous. Car la réjouissante perspective d’un monde sans pauvreté n’est pas compatible avec le modèle de consommation et de gaspillage dominant.

Depuis le début du XXe siècle, par exemple, la population mondiale a quadruplé. Durant la même période, la consommation de charbon sextuplait... Celle de cuivre était multipliée par 25... On consomme aujourd’hui sept fois plus de métaux en général qu’1950... Dix-huit fois plus de plastiques de tous ordres... Vingt fois plus d’aluminium... L’ONU nous avertit depuis longtemps que les richesses de la Terre s’amenuisent inexorablement et qu’il faut songer d’urgence à adopter des modes de consommation et de vie plus économes et plus frugaux.

Une recommandation de bon sens qui ne vise pas, cela va de soi, les trois milliards de personnes vivant dans la pauvreté, dont un milliard d’affamés chroniques. L’énorme brèche qui sépare les riches des pauvres reste, malgré les progrès récents, l’une des principales caractéristiques du monde contemporain [2].

Ce n’est pas une affirmation abstraite. Cela a des traductions très concrètes. Par exemple, pendant la durée de lecture de cet article (dix minutes), 10 femmes dans le monde vont mourir en accouchant ; et 210 enfants de moins de cinq ans décèderont de maladies facilement guérissables (dont une centaine pour avoir bu de l’eau de mauvaise qualité). Toutes ces personnes ne meurent pas de maladie. Elles meurent parce qu’elles sont pauvres. C’est la pauvreté qui les tue. Entretemps, l’aide des Etats riches aux pays en développement continue de diminuer. Au cours des quinze dernières années, elle a été réduite de 25%... tandis que l’ensemble des Etats du monde continuent de dépenser environ 500 milliards d’euros, par an, en achats d’armements...

Si au cours des prochaines décennies, la production d’aliments devait augmenter pour répondre à la légitime demande d’une population plus nombreuse, l’impact écologique serait terrible. Cette augmentation ne serait d’ailleurs pas durable parce que la dégradation des sols s’aggraverait, l’aridité et la désertification s’accélèreraient, les ressources en eau douce diminueraient, la biodiversité se réduirait... Sans parler de l’explosion de la production de gaz à effet de serre que cela supposerait et des conséquences désastreuses en matière de changement climatique.

A cet égard, il faut rappeler que la plupart des habitants de la Terre continuent d’avoir recours à des énergies fossiles très nuisibles pour l’environnement (bois, charbon, gaz, pétrole). Et qu’à peine 13% de l’énergie produite dans le monde est durable et propre (hydraulique, éolienne, solaire, etc.). Le reste est d’origine nucléaire, dont les dangers - de nature différente - sont désormais, depuis l’accident de Fukushima, évidents pour tous.

Dans un tel contexte, il est préoccupant de constater que de grands pays émergents (Chine, Inde, Brésil) adoptent des méthodes de développement déprédateurs, industrialistes et extractivistes. Imitant ainsi les pires comportements des Etats développés. Tout cela est en train de produire une très grave érosion de la biodiversité.

Qu’est-ce que la biodiversité ? La totalité de toutes les variations de tout le vivant. Les scientifiques constatent actuellement une extinction massive des espèces végétales et animales. L’une des plus brutales et des plus rapides que la Terre ait jamais connue. Chaque année, entre 17 000 et 100 000 espèces vivantes disparaissent. Près de 30% des espèces marines sont sur le point de s’éteindre à cause de la surpêche et du changement climatique. De même, une plante sur huit est menacée. Un cinquième de toutes les espèces vivantes végétales et animales pourrait disparaître d’ici 2050...

Il faut savoir que quand une espèce s’éteint c’est toute la chaîne du vivant qui se modifie, ce qui change le cours de l’histoire naturelle. C’est donc un attentat contre la liberté de la nature. Défendre la biodiversité c’est, par conséquent, défendre la solidarité objective entre tous les êtres vivants.

L’être humain et son modèle déprédateur de production sont les causes principales de la destruction de la biodiversité. Au cours des trois dernières décennies, les excès de la globalisation néolibérale ont accéléré le phénomène.

La globalisation a favorisé l’apparition d’un monde dominé par l’horreur économique, dans lequel les marchés financiers et les grands groupes privés ont rétabli la loi de la jungle, la loi du plus fort. Un monde où la recherche du profit justifie tout. Quel qu’en soit le coût pour les êtres humains ou pour l’environnement. A cet égard, la globalisation accélère la mise à sac de la planète. De nombreuses grandes firmes partent à l’assaut de la nature avec des moyens de destruction démesurés. Elles réalisent d’énormes bénéfices en polluant de manière totalement irresponsable, l’eau, l’air, les forêts, les rivières, le sous-sol, les océans... Qui sont des biens communs de l’humanité.

Comment mettre un terme à un tel saccage de la Terre ? Des solutions existent. En voici quatre qu’il faudrait adopter d’urgence :

- changer de modèle économique en s’inspirant de l’économie solidaire. Celle-ci crée de la cohésion sociale dans la mesure où les bénéfices se répartissent entre tous, et pas seulement entre quelques uns. C’est une économie qui produit de la richesse sans détruire la planète, sans exploiter les travailleurs, sans discriminer les femmes, sans ignorer les lois sociales ;

- mettre un frein à la globalisation en rétablissant une règlementation qui corrige une conception perverse et nocive du libre échange. Il faut oser rétablir une dose de protectionnisme sélectif (écologique et social) pour avancer vers une déglobalisation ;

- stopper le délire de la spéculation financière qui impose des sacrifices inacceptables à des sociétés entières, comme on le voit aujourd’hui en Europe où les marchés prennent le pouvoir. Il est plus urgent que jamais de taxer les transactions financières et en finir avec les excès de la spéculation boursière ;

- si nous voulons sauver la planète, éviter le changement climatique et défendre l’humanité, il est également urgent de sortir de la logique de la croissance permanente, qui est absurde, et adopter enfin la voie d’une décroissance raisonnable. En adoptant ces simples quatre mesures, une lumière d’espoir poindrait enfin à l’horizon ; les sociétés recommenceraient à croire au progrès. Mais, qui aura la volonté politique de les imposer ?

Notes

[1] Dans la seule Amérique latine, par exemple, en raison des politiques d’inclusion sociale poursuivies par les gouvernements progressistes d’Argentine, Bolivie, Brésil, Equateur, Nicaragua, Paraguay, Venezuela et Uruguay, près de 80 millions de personnes sont sorties de la pauvreté.

[2] Dans le monde, quelque 100 millions d’enfants (surtout des filles) ne sont pas scolarisés ; 650 millions de personnes n’ont pas d’eau potable ; 850 millions sont analphabètes ; plus de deux milliards ne disposent pas de tout-à-l’égout, ni de w.c. ; et trois milliards vivent (c’est-à-dire : se nourrissent, se logent, s’habillent, se transportent, se soignent...) avec moins de deux euros par jour.





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