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Venezuela : la fabrique de la terreur

Par Romain Migus  |  28 mars 2014     →    Version imprimable de cet article Imprimer

Commençons par une situation imaginaire.

Imaginons une manifestation, disons à Nantes, contre l’aéroport de Notre-Dame des Landes. Alors qu’elle se termine, les partis politiques et associations qui l’ont convoquée ne la dispersent pas. Des groupes radicaux prennent le relais et commencent à construire des barricades. Ils sont aidés par les services de la municipalité. Une pluie de cocktails Molotov, de pierres et de pavés s’abat sur les CRS. Une partie du CHU et la totalité de l’Université sont réduits en cendres. Soudain, les CRS sont attaqués à balles réelles. Plusieurs d’entre eux décèderont. Ajoutons que la manifestation est financée par la Russie de Poutine et que, au sein des groupes radicaux, se trouvent plusieurs membres du Hezbollah libanais.

Alors que le gouvernement utilise toute la panoplie des moyens démocratiques pour enrayer la violence, les grands médias internationaux soutiennent cette démarche insurrectionnelle et accusent François Hollande d’être le bourreau du peuple français….Situation surréaliste et improbable ? Et pourtant elle est bien réelle. Elle constitue même un condensé de ce que vit le Venezuela depuis plusieurs semaines. Explications.

Qui sont les victimes ?

Depuis maintenant plus d’un mois, et alors que l’immense majorité du pays vit sereinement, neuf districts municipaux (municipios) sur les 335 que compte le Venezuela sont en proie à de véritables scènes de guérilla urbaine. Comme par hasard, ces neuf municipios sont tous dirigés par des maires d’opposition, et sont généralement le lieu de résidence des classes aisées. Drôle de « révolution populaire » qui n’existe que par le truchement des entreprises de communication…

A examiner de près qui sont les personnes décédées, on découvre que la plupart d’entre elles n’ont pas été victimes d’une sanglante répression, mais au contraire d’actions violentes de l’opposition.

A la date du 18 mars, on comptait 31 morts [1] dont :

  • 5 attribués à des institutions policières (dont une à la police de Chacao, dirigée par l’opposition). 23 membres des forces de l’ordre ont été mis en examen.
  • 6 personnes mortes à cause de barricades ou de fils de fer barbelés que les groupes de choc de l’opposition ont tendus dans les rues qu’ils contrôlent.
  • 8 personnes assassinées alors qu’elles tentaient de déblayer la voirie et de démonter des barricades.
  • 1 personne renversée par une voiture qui tentait de franchir une barricade.
  • 7 personnes mortes lors d’affrontements de tout type.
  • 2 personnes sont décédées car l’ambulance qui les emmenait à l’hôpital a été bloquée par une barricade.
  • 1 personne morte de manière accidentelle. Elle était montée sur un toit pour agresser les services de police dans la rue en contrebas. Elle est tombée en voulant redescendre [2].
  • pour 1 personne, la cause du décès reste à déterminer.

Dans ce total macabre, on dénombre cinq membres de la guardia nacional (l’équivalent de la gendarmerie) assassinés par balle, et un procureur de la République.

De nombreux bus et stations de métro ont été saccagés ; un dispensaire de la mission Barrio Adentro a été incendié, et les médecins cubains qui se trouvaient à l’intérieur ont miraculeusement pu en réchapper ; neuf camions semi-remorque transportant plusieurs dizaines de tonnes de nourriture à destination des supermarchés publics ont été brûlés - drôle de manière de protester contre les ruptures de stocks -, ainsi que plusieurs camions citernes remplis d’essence ; de nombreux bâtiments publics et ministères ont été attaqués. La Unefa, université publique et gratuite de la ville de San Cristobal a été entièrement rasée par les flammes. Son importante bibliothèque n’est désormais plus qu’un souvenir.

L’Université publique de San Cristobal ravagée par les flammes

A plus d’un mois du début de cette tentative de déstabilisation, non seulement le gouvernement est toujours en place, mais l’opposition - qui soutient dans les faits la terreur des guarimbas (barricades) - perd du terrain. Ainsi, 85,4% des Vénézuéliens se déclarent opposés à cette forme de protestation [3]. Le président Maduro a même remonté dans les sondages d’opinion : 55,8% des Vénézuéliens voteraient pour lui en cas d’élection présidentielle [4].

Loin des délires médiatiques sur la violation des droits humains au Venezuela, le travail de la médiatrice de la République et de son institution (Defensoria del Pueblo) a été, le 13 mars 2014, placé dans la classe A par le Comité international de coordination des institutions nationales des droits de l’homme et par le Haut Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme [5]. Une information passée sous silence par la plupart des entreprises de désinformation.

Oubliés aussi les chiffres donnés par le Procureur général de la République : 31 morts, 461 blessés (dont 143 policiers), 1 854 personnes détenues lors des guarimbas et seulement 121 condamnées. Par ailleurs, 1 521 mis en examen ont été remis en liberté.

Parmi les personnes condamnées, Daniel Ceballos, le maire de San Cristobal [6] et celui de San Diego, Enzo Scarrano [7], ont désormais rejoint Leopoldo Lopez sous les verrous pour leur participation active aux guérillas urbaines.

Le maire de San Cristobal en pleine action...

Quant à la députée Maria Corina Machado, représentante du courant le plus extrême de l’opposition, le Panama lui avait cédé son siège à l’Organisation des Etats américains (OEA) pour qu’elle expose son point de vue au monde entier du haut de cette chaire médiatique. Non seulement une majorité d’Etats membres de l’OEA a voté pour que cette session se tienne à huis clos, mais comme la députée a violé l’article 149 de la Constitution (qui oblige tout Vénézuélien à demander l’approbation de l’Assemblée nationale pour accepter un poste d’un gouvernement étranger), elle a perdu son siège. Désormais privée de l’immunité parlementaire qui la protégeait, elle devra certainement répondre de ses appels à l’insurrection [8].

Les responsables politiques sont désormais prévenus : s’attaquer frontalement à la République a un coût. Un avertissement pour Ramon Muchacho, maire du très huppé arrondissement de Chacao - épicentre du vandalisme à Caracas - dont une vidéo démontre des intentions très peu démocratiques. Il n’en est pas à son coup d’essai. Après avoir fait toutes ses études dans les écoles de l’Opus Dei à Maracaibo, il fut le secrétaire du maire putschiste de Caracas, Alfredo Peña, lors du coup d’Etat d’avril 2002 [9].

"Cette lutte n’est pas pour quelques paquets de farine de maïs, c’est pour que le gouvernement s’en aille"

Paramilitaires et délinquants de droit commun en action

Au fur et à mesure que les actions du gouvernement réduisent les foyers de violence, les derniers encore actifs se radicalisent. Les étudiants qui poursuivent les affrontements de rue le font parce qu’ils sont payés, comme le révèle une conversation téléphonique entre un jeune leader de l’opposition et son comparse [10]. Quant au reste, des délinquants de droit commun et des individus liés aux paramilitaires colombiens qui ont pris le relais.

Dans les quelques villes où subsistent des barricades, les automobilistes se font racketter s’ils veulent poursuivre leur chemin. Le ministre de l’intérieur et de la justice, Miguel Rodriguez Torres, a récemment annoncé dans une conférence de presse que la police avait arrêté les responsables de 18 barricades dans la ville de San Cristobal. Bilan : 5 étudiants, 67 délinquants connus des services de police, dont plusieurs recherchés par Interpol [11]. Les barricades sont devenues un véritable business pour le crime organisé.

Le gouverneur chaviste de l’Etat du Táchira, dont San Cristobal est la capitale, va même plus loin : "La présence de paramilitaires colombiens au Táchira est un fait, une réalité ; ce n’est pas une fiction ou un mensonge. Ce n’est pas seulement un argument pour dire qu’il y a une attaque perverse contre le Venezuela" [12].

L’exemple imaginaire de notre introduction prend une tournure bien réelle. Les Etats-Unis apportent des financements, et des groupes radicaux sont infiltrés par des paramilitaires colombiens. Dans cette stratégie de déstabilisation, les personnes les plus vulnérables sont les jeunes qui participent aux actions de ceux qui les manipulent [13].

Lorsque les maisons et commerces chavistes sont marqués d’une croix

Plus grave encore. Dans les rares villes où persistent des actes de vandalisme, ces groupes de choc commencent à faire régner la terreur en marquant dune croix les maisons, les appartements ou les commerces tenus par des chavistes. Plusieurs personnes sont désormais soumises à l’hystérie collective de leurs voisins et aux menaces des plus violents. Cette situation a notamment été dénoncée par le président de l’Assemblée régionale de l’Etat du Lara, Luis Jonas Reyes [14].

A Cabudare dans l’Etat du Lara...

Dans la même ville, dont le maire est un farouche opposant au gouvernement, et d’après nos propres informations, des commerces ont aussi été signalés de la sorte.

 ....Et à San Diego, banlieue riche de Valencia :

"Chavistes du secteur El Morro, vous ne dormirez plus jamais tranquilles". Tout un programme....

 Une amie m’a envoyé ce « cadeau » de ses voisins. Collé sur sa voiture après qu’elle ait été endommagée, le tract l’invite à changer de camp pendant qu’il en est encore temps. Signé : Ses voisins.

 

 

Ces exemples ne sont pas isolés et obéissent à une véritable politique de terreur psychologique contre la population. Si l’on ajoute à cela les dénonciations et menaces à l’endroit de certains chavistes sur les réseaux sociaux, nous aurons un fidèle tableau de la stratégie du chaos que prétend imposer l’opposition vénézuélienne dans le pays.

Dénonce tes voisins chavistes !!!!

"Tu devrais rester tranquille pour le bien de tes enfants". On notera l’ironie du personnage qui se cache derriere un personnage qu’il exècre pourtant

Que disent les grands médias presse à ce sujet ? Rien ? Si. Ils ont transformé des groupes de combattants en gentils étudiants, alors que ceux-ci brûlent désormais des bibliothèques et marquent d’une croix le lieu de résidence et de travail de leurs opposants….

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Notes

[1] Voir Luigino Bracci, "Conozca los 31 fallecidos a treinticuatro días de las protestas opositoras en Venezuela : La mayoría son víctimas de barricadas", Alba Ciudad, 18/03/14. http://albaciudad.org/conozca-los-26-fallecidos-a-un-mes-del-inicio-de-las-protestas-opositoras-la-gran-mayoria-son-victimas-de-las-barricadas/
A la date du 24 mars, on denombre 3 morts de plus, dont un autre policier.

[2] "Video de CNN muestra como murió Jimmy Vargas en manifestación", Youtube, 24/02/2014, www.youtube.com/watch ?v=ctcpTWyhbmA#t=76

[3] "Más del 80% está en desacuerdo con las guarimbas, según una encuesta", Noticias24, 01/03/2014, www.noticias24.com/mas-del-80-de-los-venezolanos-esta-en-desacuerdo-con-las-guarimbas-segun-una-encuesta-tabla/

[4] "Nicolás Maduro ganaría elecciones presidenciales con 55,8%", Telesur, 20/03/2014, www.telesurtv.net/maduro-ganaria-las-presidenciales-con-55-8-si-llamaran-a-elecciones-este-jueves

[5] "Defensoría del Pueblo recibió máxima acreditación de la ONU", Noticias24, 13/03/14 www.noticias24.com/defensoria-del-pueblo-recibio-maxima-acreditacion-de-la-onu

[6] 5ème ville du pays, frontalière avec la Colombie

[7] Riche banlieue de Valencia, 3ème ville du pays

[8] Voir Romain Migus, "Venezuela : Coup de projecteur sur les zones d’ombre médatiques", Venezuela en Vivo, 17/02/2014, http://www.romainmigus.com/venezuela-coup-de-projecteur-sur-les

[9] "La formación política de Ramón Muchacho : burguesía, Opus Dei y Alfredo Peña", LaIguanaTV, 23/03/2014, http://laiguana.tv/noticias/LA-FORMACION-POLITICA-DE-RAMON-MUCHACHO-BURGUESIA-OPUS-DEI-Y-ALFREDO-PENA

[10] "Juan Requesens sobre dinero entregado para guarimbas", Youtube, 21/03/2014, https://www.youtube.com/watch?v=IZAAGEijfaY

[11] "Delincuentes buscados por interpol manejaban 18 barricadas en Táchira", YVKE Mundial, 18/03/2014,www.radiomundial.com.ve/delincuentes-buscados-por-interpol-manejaban-18-barricadas-en-táchira

[12] "Vielma Mora : la actuación de bandas criminales y el contrabando en Táchira es una realidad", Noticias24, 21/03/2014, www.noticias24.com/vielma-mora-la-actuacion-de-bandas-criminales-y-el-contrabando-en-tachira-es-una-realidad

[13] Voir à ce sujet le meurtre de la jeune Genesis Carmona. Attribué médiatiquement dans un premier temps à un groupe chaviste, alors qu’il est apparu que la balle qui l’a tuée venait de son propre camp. Voir "Caso Genesis Carmona", Youtube, 19/03/2014, https://www.youtube.com/watch?v=hjEbijav_Tc

[14] "Denuncian hostigamiento a vecinos oficialistas en Cabudare", La Prensa , 17/03/2014, www.laprensalara.com.ve/denuncian-hostigamiento-a-vecinos-oficialistas-en-cabudare





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