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Au Brésil, le MST fait campagne pour une assemblée constituante de refondation du système politique

Par Mémoire des luttes  |  3 septembre 2014     →    Version imprimable de cet article Imprimer

Des élections générales se tiendront au Brésil le 5 octobre (premier tour de l’élection présidentielle, élection des gouverneurs d’Etats, élections législatives) et le 2 novembre (en cas de nécessité, second tour de l’élection présidentielle).

A l’occasion de cette période électorale intense marquée par le décès brutal du candidat du Parti socialiste brésilien (centre-gauche libéral) Eduardo Campos et son remplacement par l’ancienne ministre écologiste et évangéliste Marina Silva (actuellement donnée possible vainqueur au second tour face à Dilma Rousseff par certains sondages), le Mouvement des travailleurs ruraux sans terre (MST) formule cinq revendications majeures destinées à l’ensemble des candidats et des partis politiques brésiliens. L’une d’entre elles concerne la demande d’élection d’une assemblée constituante visant à refonder intégralement un système politique national financé à 90 % par le secteur privé et dans lequel les femmes, les jeunes, les noirs où les indiens — majoritaires dans la société — ne sont quasiment pas représentés, tandis que 70 % des députés et des sénateurs du pays sont directement liés aux entreprises et aux grands propriétaires terriens (« fazendeiros »). Cette revendication s’inscrit dans le cadre de l’organisation d’une campagne lancée par une coordination nationale regroupant plus de 400 organisations et mouvements sociaux du pays-continent.

Ainsi, du 1er au 7 septembre, le « Movimento pelo Plebiscito Popular por uma Constituinte Exclusiva e Soberana do Sistema Político » (Mouvement populaire de soutien à un referendum sur la reforme du système politique) organise dans tout le pays une consultation populaire autour de la question « Etes-vous en faveur d’une Constituante exclusive et souveraine du système politique ? »

L’objectif de cette campagne est de traduire les aspirations au renouvellement de la vie publique au Brésil exprimées lors des puissantes et inédites mobilisations sociales du printemps 2013. Il s’agira de réunir dix millions de suffrages en une semaine.

Mémoire des luttes publie ci-dessous la liste des cinq principales revendications du MST (en français), la lettre officielle du mouvement aux candidats à la présidence de la République et à celle des gouvernements régionaux (en espagnol : http://www.albatv.org/Carta-del-MST-a-los-candidatos-y.html), ainsi qu’un article (en portugais) du sociologue Emir Sader consacré aux enjeux de la campagne pour une Constituante : http://www.cartamaior.com.br/?/Blog/Blog-do-Emir/Plebiscito-popular-pela-reforma-do-sistema-politico/2/31716

Pour en savoir plus et faire connaître cette initiative, nos lectrices et lecteurs pourront également se rendre sur la page Facebook (https://www.facebook.com/plebiscitoconstituinte) et sur le site (http://www.plebiscitoconstituinte.org.br/) de la campagne.

 

Cinq propositions du MST pour la campagne électorale

Par João Paulo Rodrigues, membre de la direction nationale du MST.

1. Pour une assemblée constituante

Nous ne pouvons admettre qu’au Congrès national siègent 176 députés [1] qui se revendiquent comme étant des représentants directs du secteur de l’agro-industrie. Dans le même temps, seuls sept députés se déclarent représenter les paysans sans terre. Au total, seulement 8 % des député(e)s sont des femmes. Cette réalité ne changera qu’avec la mise en œuvre d’une réforme du système politique qui ne sera pas réalisée par un Congrès directement issu du financement privé des campagnes électorales. La société a besoin de s’impliquer dans ce processus à travers l’élection d’une assemblée constituante pour une réforme du système politique national (Assembléia Constituinte Exclusiva e Soberana do Sistema Político en portugais).

 2. Démocratiser la terre pour les sans terre

C’est l’heure de lancer la bataille pour la démocratisation des terres brésiliennes. Comment admettre que les meilleures terres agricoles de notre pays soient au service des grandes transnationales de la canne à sucre, de l’eucalyptus et du soja, dans leur majorité sous contrôle du capital étranger ? Soixante millions d’hectares de terres cultivables font l’objet de litiges au Brésil : elles peuvent être soit destinées à la réforme agraire, soit être accaparées à tout moment par le capital étranger. Il est important que le gouvernement organise un plan d’expropriation des grandes propriétés et garantisse l’accès à la terre aux familles de paysans sans terre qui vivent dans les campements. Ce processus doit se réaliser de manière additionnelle avec la sanctuarisation des terres indigènes et la protection du droit des quilombolas et de leurs descendants (communautés afrodescendantes).

3. Pour un plan de production d’aliments sains

Le Brésil est le plus grand consommateur de produits agrotoxiques au monde. Les petits agriculteurs peuvent pourtant produire des aliments de qualité sans que le pays ait besoin de recourir à des poisons pour approvisionner le marché intérieur. Ils peuvent pratiquer une agriculture qui préserve l’environnement et qui garantisse à la population une diversification et un équilibre alimentaires. Pour cela, nous avons besoin de renforcer la capacité de la Compagnie nationale d’approvisionnement (Conab) à se fournir en produits issus de la réforme agraire. Il faut, dans le même temps et de manière complémentaire, permettre aux municipalités d’acheter ces productions pour les repas scolaires.

Le gouvernement, les Etats régionaux et les municipalités doivent être partenaires des petits agriculteurs en développant un ensemble de politiques publiques communes dans le domaine agricole, financier (crédit), technique, de la formation, de la protection et du développement des semences pour contribuer à l’organisation d’une autre production alimentaire. Nous proposons ainsi la création d’une entreprise publique pour satisfaire cette demande.

4. Education et culture en zone rurale. Pour un cadre de vie agréable

Les zones rurales brésiliennes ne peuvent être réduites au statut d’espaces de production. Nous ne pouvons traiter la campagne comme si elle n’était qu’une grande usine à grains. Nous avons besoin de zones rurales qui deviennent des cadres de vie agréables. Dans cette perspective, l’Etat doit renforcer les politiques publiques qui y garantissent la qualité de la vie. De toute urgence, nous exigeons l’arrêt immédiat des fermetures des écoles rurales. Ces quinze dernières années, plus de vingt mille d’entre elles ont été fermées. Nous avons besoin d’un accès de qualité à Internet, de centres culturels, d’écoles pour les enfants, de transports publics, d’équipements et d’infrastructures pour les pratiques sportives, de promotion d’une production éditoriale qui traite de la vie des populations rurales.

5. Construire un projet populaire pour le Brésil

De notre point de vue, la bataille électorale se joue entre le néo-développementisme et le néolibéralisme. Nous ne sommes représentés par aucun de ces deux projets mais il est important de battre le néolibéralisme et toute la droite conservatrice qui l’appuie. Dans ce contexte, nous devons débattre et construire un espace politique autour d’une plateforme de réformes structurelles qui soit celle du camp populaire et qui permette à ce dernier de renforcer la construction de son hégémonie. C’est ainsi que nous pourrons permettre la résolution des problèmes sociaux du monde du travail et que nous pourrons, dans le même temps, accumuler des forces pour transformer de manière profonde l’État brésilien. De la même manière, cette stratégie permettra d’élever le niveau de conscience politique et culturelle de la classe des travailleurs.

Nous pensons que le moment est propice pour l’ouverture d’un grand débat réunissant toutes les forces populaires et de gauche, les partis qui croient encore à la réforme agraire comme moyen de construire une société plus juste et égalitaire. Indépendamment de savoir qui gagnera les prochaines élections, nous devons nous préparer car la période à venir sera synonyme d’une multiplication des luttes.

Source : http://www.revistaforum.com.br/rodrigovianna/plenos-poderes/eleicoes-gerais-momento-de-debate-das-mudancas-estruturais-e-reforma-agraria.html

Traduction : Thierry Deronne

Révision et édition : Mémoire des luttes

Notes

[1] Note de l’éditeur : sur 513 au total. Le Congrès national brésilien est composé de la Chambre des députés et du Sénat fédéral (81 sénateurs).





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