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Esquisse d’un futur possible. Quand Alberto Garzón dessine l’Espagne de demain et débat avec Podemos

Par Gaël Brustier  |  28 septembre 2016     →    Version imprimable de cet article Imprimer

Boceto de un futuro posible (Esquisse d’un futur possible) [1], le livre d’entretiens d’Alberto Garzón paru au moment des élections législatives espagnoles du 26 juin est un ouvrage remarquablement intéressant. Garzon, né en 1985 (ce qui n’est pas une qualité mais ne saurait constituer un défaut), est le chef de file d’Izquierda Unida (IU), la coalition de gauche radicale constituée autour du Parti communiste espagnol (PCE), auquel il appartient. Si IU a fait alliance avec Podemos lors du scrutin de juin dernier au sein de la coalition Unidos Podemos (UP), IU avait été victime de la croissance électorale du parti fondé notamment par Pablo Iglesias en 2014. UP est aujourd’hui la troisième force politique d’Espagne talonnant le Parti socialiste (PSOE). Elle a réussi le « sorpasso » (dépassement du PSOE) à la fois au Pays-Basque et en Galice dans les élections locales du 25 septembre.

Il est intéressant de remarquer que Garzon, comme dans ses écrits et livres précédents, n’hésite pas à parler théorie politique et se déprend de la dictature de l’immédiateté. Son remarquable et constant effort de théorisation est sans doute éclipsé par l’attention portée aux dirigeants de Podemos, issus à la fois de la gauche radicale et de la science politique mais il ne saurait être mésestimé. C’est lui rendre justice que de reconnaitre ce souci constant d’élever le débat.

Garzon prend la pleine mesure de la crise de régime qui touche l’Espagne (et qui touche nombre de pays appartenant à l’Union européenne) et analyse froidement les causes de l’échec d’IU aux élections de décembre dernier comme étant liés à la crise de régime à laquelle nombre d’Espagnols associe tous les partis présents depuis 1978, dont IU. Crise de régime consécutive à la crise de 2007-2008, elle est analysée par un Garzon très lucide.

Le contexte propre à l’Espagne est explicatif de l’actuel « blocage » du pays, qui doit moins à Podemos ou Ciudanados, qu’aux imperfections du régime politique né en 1978. Ce qui transparait aussi dans ce livre, c’est le poids encore réel de personnalités comme Gonzalez ou Guerra, dont l’éminent rôle historique fait d’eux des gardiens du temple inflexibles de la mémoire de la transition. 1978, c’est l’année de l’avènement de la démocratie en Espagne mais c’est aussi l’année de naissance d’Iglesias. A l’évidence Sanchez, patron du PSOE, agit sous surveillance de ses très attentifs aînés, qui n’y vont pas, quant à eux, par quatre chemin pour accabler Podemos, coupable à leurs yeux de déprécier la transition démocratique et le compromis de 1978. Garzon (qui appelle le Roi « le citoyen Felipe de Borbon ») prend le temps d’analyser Podemos. A juste titre, il met en garde la formation et sa direction contre l’illusion de croire que leur parti serait toujours crédité des mérites d’un « parti d’irruption ». Garzon discute aussi la question de la « construction du peuple », thème cher à Podemos…

L’écho reçu à l’étranger a en effet surtout été dû au fait que Garzon met en cause la stratégie impulsée par Íñigo Errejón. Cette stratégie, celle de la transversalité, du « populisme de gauche », dont Ernesto Laclau et Chantal Mouffe sont les représentants emblématiques, quÍñigo Errejón représente également en Espagne. La contestation de la ligne Errejón est réelle, mais élégante. Simple, claire, nette, elle se dispense de sous-entendus fielleux ou jouant sur les mots, au contraire des échanges parfois consternant relatifs au « populisme de gauche » en France. Sans doute est-ce là un exemple de sain débat politique pouvant se mener sans sectarisme mais sans faiblesse intellectuelle. Garzon reproche à Errejón une conception « exclusivement discursive » de ce que veut dire le concept de « peuple », qui ignorerait la dimension matérielle qui fait la politique. Errejón a répondu, dans un long texte, à cette critique fréquente et récurrente depuis la publication d’Hégémonie et stratégie socialiste [2] en 1985. En outre, la transversalité est accusée par une partie de la gauche radicale d’être la voix de la modération, ce qui n’est pas le moindre des reproches qui lui soit adressée.

Garzon définit également le contexte européen dans lequel son combat s’inscrit, ses entretiens politiques avec Yanis Varoufakis. Sur ce point fondamental, il importera d’aller au fond des choses, car ni la gauche telle que la définit Garzon ni le « peuple construit » d’Errejón ne sont assurés d’une quelconque pérennité dans une Europe dont le contenu et le contenant sont liés et incapacitants pour le politique.

Livre très intéressant, certes non publié (encore) en France, Boceto de un futuro posible, démontre, avant toute chose, qu’un autre débat politique est possible… plus respectueux, alliant théorie et pratique, ainsi que le droit de manifester un désaccord sans engager de chasse aux sorcières.

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Notes

[1] Alberto Garzón, Boceto de un futuro posible, EditorialTurpial, Madrid, 2016 (non traduit).

[2] Ernesto Laclau, Chantal Mouffe, Hégémonie et stratégie socialiste. Vers une politique démocratique radicale, Editions Les Solitaires intempestifs, Besançon, 2009.





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