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Libérez Gramsci !

Au sujet de l’ouvrage d’André Tosel, Etudier Gramsci, Paris, éditions Kimé, mai 2016, 28 euros

Par Gaël Brustier  |  14 juin 2016     →    Version imprimable de cet article Imprimer

Etudier Gramsci est un monument des études gramsciennes. C’est aussi, en ces périodes où l’obscurité nous assaille, où les plus manifestes régressions sont à l’œuvre, une clé du renouveau du débat intellectuel et politique. Paru ce mois de mai aux éditions Kimé, le livre d’André Tosel est à la hauteur de l’apport de son auteur à la connaissance des réflexions d’Antonio Gramsci. Ces dernières années, plusieurs ouvrages avaient contribué à rendre la pensée de l’auteur des Cahiers de prison plus présents dans le débat public. Citons évidemment Guerre de mouvement, guerre de position, une anthologie commentée par Razmig Keucheyan aux éditions La Fabrique ou Introduction à Gramsci de Nathan Sperber et George Hoare aux éditions La Découverte, qui constituent deux piliers de la connaissance des travaux de Gramsci. Citons également, le numéro 57 d’ « Actuel Marx » qui lui a été consacré.

« Appel à l’engagement théorique et politique des jeunes générations », ce livre, alliant clarté de l’analyse et style captivant, est un parcours initiatique au cœur de la pensée de Gramsci, où l’on croise avec bonheur au fil d’un peu plus de trois cents pages Louis Althusser, Benedetto Croce ou Antonio Labriola…

Antonio Gramsci (re)découvert ? C’est sans doute l’une des meilleures nouvelles sur le plan intellectuel dans notre pays. André Tosel revient à ce propos sur une longue absence : celle de Gramsci en France. Il n’est pas certain que, dans les causes des difficultés la gauche (dans ses variantes, gouvernementale, radicale…), l’absence d’une profonde réflexion sur l’œuvre de Gramsci, la mauvaise réception en France des thèses de celui-ci, n’aient pas joué un rôle. Il y eut bien des travaux sur Gramsci en France, dans les années 1970 (ceux de Hugues Portelli, de Christine Buci-Glucksmann notamment). Certains courants politiques (surtout le Centre d’études, de recherches et d’éducation socialiste – CERES) y firent aussi référence en 1970 et au début des années 1980. On parla même, un peu hâtivement, de « gramscisme de droite » à propos de la Nouvelle droite. Hélas, la France manqua son rendez-vous avez Antonio Gramsci, ce qui ne fut sans doute pas sans conséquence sur le devenir de la gauche française.

Aujourd’hui, au-delà de l’habituelle niaiserie consistant à clamer que « les valeurs décident de tout » (titre d’un récent ouvrage de l’actuel dirigeant du Parti socialiste), au-delà du constat désormais partagé au sein du parti au pouvoir (mais fondé sur quelle véritable prise de conscience ?) que « la gauche a perdu le combat culturel » (ce qui n’était pas moins vrai lorsque le PS gagnait toutes les élections locales mais que les droites gagnaient dans les têtes y compris dans celles des dirigeants du parti en question), il s’agit d’aller plus loin dans l’analyse et de comprendre en profondeur l’apport de Gramsci à l’intelligence de la société et l’importance des outils qu’il a contribués à forger. La gauche radicale française demeure timide dans ses rencontres encore trop furtives avec Gramsci, hormis des publications comme Contretemps, Regards qui contribuent avec d’autres à faire vivre un heureux et nécessaire débat à gauche. Si elle veut trouver le chemin pour un projet de transformation, il lui faudra approfondir ses relations avec ce « célèbre inconnu ». L’intelligence de l’analyse et le foisonnement d’apports plus substantiels les uns que les autres à la connaissance de l’auteur des Cahiers de prison font de ce livre une occasion de « libérer Gramsci de la prison de l’ignorance où il croupit ». André Tosel livre avec Etudier Gramsci une magistrale contribution à cet objectif.





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