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Euro, Europe : les leçons de 2010

Par Sami Naïr  |  8 janvier 2011     →    Version imprimable de cet article Imprimer

En 2010, la crise de l’euro a mis en évidence la crise de l’Europe comme projet. Et l’on sait que le sauvetage provisoire de certains Etats attaqués par les marchés financiers est à la fois fragile et basé sur des compromis pleins d’arrière-pensées entre les nations européennes. L’Europe est malade ; certains sussurrent même qu’elle est finie, mais qu’elle ne le sait pas encore.

C’est aller un peu vite en besogne, mais la gravité de la maladie est indéniable. L’euro, mis au service des économies les plus fortes, n’a pas résisté à la crise financière internationale. Soumis aux attaques des investisseurs, qui profitent de la crise qu’ils ont provoquée pour faire encore plus de profits, la monnaie européenne a été déstabilisée durablement. Les causes de cette vulnérabilité sont connues : divergences de développement, endettements insupportables, taux d’intérêts forts, non report de la baisse des taux lorsqu’elle intervient sur les prêts bancaires, etc.

Ces dysfonctionnements monétaires ne sont pas seulement des perturbations techniques : ils sont en réalité les symptômes d’une crise systémique durable à l’intérieur même d’un système monétaire mondial dominé par trois grandes monnaies nationales : le dollar américain, le yuan chinois et le yen japonais. Si l’on veut bien admettre cette réalité (qui n’est pas évidente pour ceux qui continuent à se gargariser du doux rêve européiste), les conséquences qui en résultent sont rien moins qu’inquiétantes pour l’avenir européen.

La première, et sans doute la plus importante, est celle-ci : l’euro comme monnaie unique, de même d’ailleurs que le marché unique qui la sous-tend, ne sont que des éléments partiels du projet européen et ne peuvent s’y réduire. Ni, surtout, s’y substituer. Si l’euro est entré en crise, c’est que le projet européen qui le soutient - institutionnel ou idéologique - n’a pas été en mesure de le protéger efficacement. Car l’euro n’est qu’un instrument de l’Europe, non son essence.

Il pâtit donc d’une imperfection structurelle, qu’il faut scruter pour mieux le protéger. Cette imperfection ne provient certainement pas du caractère dépensier de certains Etats (faut-il rappeler ici que l’Espagne a été le meilleur élève du Pacte de stabilité européen depuis bientôt dix ans ?), mais de l’architecture européenne elle-même. La monnaie est gérée par une Banque centrale dont l’objectif unique est la réduction de l’inflation (moins de 2%), cependant que la Commission de Bruxelles impose la rigueur récessive pour permettre à cette même banque d’asseoir son dogme : réduction du déficit budgétaire (3%) et contrôle de la dette publique (moins de 60%).

En gros, les deux institutions, pourtant dotées d’une capacité à la fois institutionnelle et budgétaire pour promouvoir, si elles le voulaient, une politique proactive de croissance, font le même travail : discipline monétaire pour favoriser un euro fort mortel dans la compétitivité mondiale, paralysie des fonctions redistributives des Etats-nations, favorisant ainsi la privatisation des services d’intérêt général dans la zone euro.

Dans ce schéma institutionnel, le Conseil européen est réduit à jouer le rôle de pompier et, du point de vue de ces deux instances « indépendantes » des Etats, de « souk » où se marchandent en dernier recours les intérêts des uns et des autres. Mais on a vu, lors de cette crise, que ce sont en fait les Etats, surtout les plus puissants, qui ont sauvé l’ensemble du système en imposant d’ailleurs leurs points de vue. L’imperfection du modèle monétaire choisi, c’est-à-dire une monnaie déconnectée de l’économie globale et réelle de l’ensemble des pays de la zone euro, a conduit l’Europe au bord du précipice.

Plus précisément, une monnaie qui n’est pas insérée dans un projet politique global, sérieux et structurant l’avenir européen, est condamnée à subir des attaques massives par des spéculateurs, qui savent qu’avant chaque décision et réaction européenne il faudra une négociation entre Etats. Moralité : il faut revoir l’architecture européenne pour la doter d’un système de décision plus réactif et qui fasse clairement voir, dans cette guerre des économies et des monnaies qu’on appelle « mondialisation », qu’il y a un pilote dans l’avion européen, et que nous savons dans quelle direction doit aller cet avion.

Mais ce pilote ne doit surtout pas être un simple technicien, car l’Europe n’est pas seulement un marché. C’est un projet qui implique l’accord et le consensus de tous les peuples européens. Mettre la politique et la volonté des peuples au poste de commandement dans la construction européenne, c’est la plus importante leçon de cette année 2010.





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