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Il n’y aura pas de révolution au FMI

Par Pierre Charasse  |  27 mai 2011     →    Version imprimable de cet article Imprimer

Publié par La Jornada de Mexico, le 22 mai 2011

Le nom du nouveau directeur général du FMI sera connu avant le 30 juin. Quel que soit le choix définitif qui sera fait par l’institution pour remplacer Dominique Strauss-Kahn (Mme Christine Lagarde semble être favorite), rien ne sera décidé sans l’accord des européens et des étasuniens qui restent les véritables maîtres à bord.

Le nouveau directeur général n’aura, comme ses prédécesseurs, aucune autonomie et sera l’exécutant fidèle des décisions prises par la communauté financière internationale.

 

La relève du directeur général du Fonds monétaire international (FMI), Dominique Strauss-Kahn (DSK), a été quelque peu avancée en raison de son arrestation inattendue à New York le 14 mai dernier, mais celle-ci était prévue depuis plusieurs mois. Toute la communauté financière internationale savait que DSK avait l’intention d’abandonner son poste dans le courant du deuxième semestre 2011 pour se lancer dans la campagne présidentielle en France. Il n’était donc pas nécessaire de monter un complot ou de lui tendre un piège pour accélérer son départ. Il devait annoncer lui-même fin juin sa démission. Une puissante équipe de campagne l’attendait en France.

Le FMI a annoncé que le choix du prochain directeur général se ferait de manière transparente et sur la base des mérites des candidats et de leur capacité à promouvoir les politiques et l’image de l’institution. Les vingt-quatre membres de l’ « Executive Board » - le Conseil d’administration-, appelés « chairs  » - ou « chaises »- dans le jargon bancaire (une « chaise » peut représenter plusieurs pays), pourront présenter des candidats entre le 23 mai et le 10 juin et choisiront leur « Managing Director  » (directeur général) sur une « short list » de trois candidats. C’est le côté formel de la procédure. Mais l’essentiel n’est pas là. Tout en rappelant la possibilité d’un vote conforme aux mécanismes de pondération, l’institution préfère que le nouveau directeur général soit désigné par consensus comme le veut l’usage dans les « clubs de gentlemen » de la haute finance internationale. Depuis son origine, le FMI fonctionne selon les règles et la culture de la banque anglo-saxonne : sa seule langue de travail est l’anglais et les décisions se prennent par consensus, c’est à dire généralement à l’unanimité.

Avec les grands changements qui se sont produits ces dernières années en raison du poids toujours plus grand des pays émergents, en particulier les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), les pays occidentaux, principaux actionnaires du Fonds, ont du laisser un peu plus de place aux économies émergentes dans les rouages internes. Depuis 2008, le G8 a lancé une discussion sur la réforme des quotes-parts et des droits de vote correspondants. Celle-ci a été longuement élaborée en interne et approuvée au Sommet du G20 à Londres en 2009. Elle a alors été présentée comme une révolution dans les institutions financières internationales. En fait, ce sont les pays du G7 (Etats-Unis, Allemagne, France, Japon, Grande-Bretagne, Italie, Canada), avec la Commission européenne, qui ont décidé de procéder à une augmentation de capital avec une redistribution des quotes-parts en faveur des pays émergents. La redistribution des quotes-parts et des droits de vote a porté sur 6% du total, augmentant ainsi la participation de la Russie, de la Chine, du Brésil de l’Inde et de quelques autres pays au détriment de l’Europe, sans changer fondamentalement les rapports de force au sein de l’institution. Cette réforme, discutée pendant des mois à Washington et entrée en vigueur le 3 mars 2011, a été présentée comme un geste extraordinaire d’ouverture et d’adaptation du G7 aux nouvelles réalités du monde.

Ce sont en fait des changements très superficiels : les Etats-Unis, avec 16,8% des droits de vote, restent le seul pays à disposer d’un droit de véto (la plupart des décisions importantes se prennent à la majorité des 85 % des votes, ce qui suppose automatiquement le soutien américain). Les pays développés (G7 plus l’Union européenne) ont à eux seuls 55,3 % des votes, suivis par la Chine (6%), l’Inde (2,6%), la Russie (2,58%), le Brésil (2,2%), l’Arabie saoudite (2%), le Mexique ( 1,79%). Avec ces mécanismes formels (votes pondérés) ou informels (règle du consensus), les grandes puissances occidentales conservent le contrôle absolu du système financier international, malgré les protestations de la Chine, de la Russie, du Brésil et d’autres et de leur poids grandissant dans l’économie mondiale. Ce sont les payeurs qui commandent.

Si les usages sont respectés, c’est lors du prochain sommet du G7/8 qui aura lieu à Deauville les 27 et 28 mai que se fera le choix du prochain directeur général lors de discussions informelles (ce point n’est pas formellement inscrit à l’ordre du jour). En fait, il est probable que la décision sera prise lors de la traditionnelle réunion du « G7-Finances » (c’est-à-dire la réunion des ministres des finances sans la Russie) dans l’ambiance feutrée d’un dîner avec cigares et Cognac, à la veille du Sommet. Ce devrait être l’occasion de confirmer la règle non écrite selon laquelle le FMI est toujours dirigé par un européen et la Banque mondiale par un américain, à moins que, pour des raisons d’image, le poste soit pour la première fois offert à un non européen. Dans tous les cas, le candidat retenu devra être accepté par les Etats-Unis. Il ne restera plus ensuite qu’au Conseil d’administration d’entériner la décision prise et de l’annoncer au monde.

Tout paraît indiquer que l’Europe conservera ce poste et que Mme Christine Lagarde, ministre française de l’économie et des finances, est la favorite. Appuyée officiellement par tous les européens, elle est très bien vue à Washington. Elle devra cependant surmonter dans les prochains jours le problème qu’elle a avec la justice française : elle pourrait être accusée d’abus de pouvoir et de favoritisme en faveur de l’industriel Bernard Tapie pour un préjudice de 285 millions d’euros à l’Etat français. Si cet obstacle est contourné, Mme Lagarde a le profil et l’expérience exigés par le FMI. De plus, c’est une française atypique, de culture anglo-saxonne, qui parle et pense comme l’exige la communauté financière à Wall Street et la City.

On ne peut toutefois pas complètement écarter la possibilité d’un nouveau directeur général non européen. Ce serait une manœuvre pour tenter de modifier l’image de l’institution qui donnerait satisfaction aux pays émergents sans rien changer sur le fond. La Chine, qui a depuis des mois formulé de virulentes critiques contre l’institution, pourrait présenter un candidat pour la forme et pour prendre date. Mais elle devrait annoncer simultanément la convertibilité du yuan. Il est peu probable que les européens accepteraient une décision imposée par le G2 ou la « Chinamerica ». Mais dans tous les cas de figure, la décision sera prise par consensus, c’est à dire avec l’accord des américains et des européens. Une formule de compromis pourrait être de nommer Mme Lagarde pour terminer le mandat de DSK, et remettre le poste en discussion d’ici deux ans.

Le nouveau directeur général n’aura, comme ses prédécesseurs, aucune autonomie et sera l’exécutant fidèle des décisions prises par la communauté financière, le Conseil des gouverneurs (ministres des finances des pays membres) et les 24 administrateurs. Alors que le monde est secoué par d’interminables crises et du fait que les règles sont ce qu’elles sont, il est impensable que le nouveau directeur général puisse agir à son gré contre le dollar, critiquer la politique économique et financière des Etats-Unis ou ne pas voler au secours de l’euro. Il ne faut pas oublier que le directeur général est un fonctionnaire au service de l’institution. Il a pour mission de mettre en œuvre les décisions prises par le G7, entérinées par le Conseil d’administration. Il doit surtout être un bon communiquant pour « vendre » au monde entier l’image d’un FMI irremplaçable, ouvert aux réalités du monde. DSK assuma cette mission à la perfection. Il a su profiter de la crise de 2008 et de celle de l’euro pour remettre en selle un FMI discrédité, « pompier de service » des pays insolvables du tiers-monde, et en faire le garant de la stabilité du monde. Son étiquette de « socialiste » lui a permis de faire avaler d’amères pilules à des gouvernements de droite et de gauche et expliquer aux millions de victimes de la finance globalisée que la seule chose qui leur reste à faire est de se serrer la ceinture en attendant des jours meilleurs.

Après les ravages qu’il a commis dans de nombreux pays en développement avec ses plans d’ajustement structurels, le FMI impose aux européens des mesures drastiques destinées à anéantir ce qui reste de la protection sociale, accélérer les privatisations, détruire les systèmes de retraites et « flexibiliser » le marché du travail en retirant aux travailleurs les dernières conquêtes syndicales de l’après-guerre.

Il est peu probable que le prochain chef du FMI ait le mandat, la capacité et la volonté d’écouter les cris de millions « d’indignés » qui osent remettre en question la pensée unique dominante et qui pensent qu’un autre monde est possible. Quant aux pays émergents, ils devront attendre quelques années pour espérer imposer d’autres règles du jeu, sauf si de nouvelles crises mondiales accélèrent la désintégration du système.

Comme disait un humoriste français de l’après-guerre : « l’immobilisme est en marche et rien ne saurait l’arrêter ». Jusqu’à nouvel ordre…





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