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Donald Trump signe l’avis de décès du libre-échange

Par Bernard Cassen  |  9 avril 2017     →    Version imprimable de cet article Imprimer

Pour les partenaires des Etats-Unis, en premier lieu les Européens, Donald Trump est un élément perturbateur qui, tel le bélier utilisé pour défoncer les murailles, vient percuter leurs dogmes les plus sacrés. Le choc est si rude que les médias – et, à voix basse, la plupart des dirigeants – s’interrogent sur la santé mentale du milliardaire qui s’est installé à la Maison Blanche. En guise de contribution à la commémoration du soixantième anniversaire de la signature du traité de Rome (25 mars 1957) qui a donné naissance à ce qui est aujourd’hui l’Union européenne (UE), Trump a fait enterrer le plus important de ses fondements : le libre-échange.

Cet avis de décès officiel a été proclamé les 17 et 18 mars dernier lors du sommet des ministres des finances du G20 tenu dans la station thermale allemande de Baden-Baden. Sur instruction du président américain, le secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin, a fait éliminer du communiqué final de la réunion l’engagement de « lutter contre toutes les formes de protectionnisme ». Or cette injonction était une formule rituelle, copiée-collée d’un sommet à l’autre.

Peu importe que, à un moment ou à un autre de l’histoire récente, la plupart des États signataires aient pris quelques libertés avec le libre-échange, mais il restait le pilier idéologique de l’ordre économique mondial. Le remettre en cause revient à fragiliser la légitimité des institutions de ce que l’on peut appeler l’Internationale libérale : le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale, l’Organisation mondiale du commerce (OMC), l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), avec l’UE comme victime collatérale.

Avec Donald Trump, on assiste ainsi au retour de l’État dans la régulation des échanges internationaux. Une véritable hérésie pour la plupart des acteurs économiques et politiques de la planète. Comment expliquer ce virage à 180 degrés du nouveau président américain par rapport à ses prédécesseurs en matière commerciale ? La réponse tient en deux mots qu’il a constamment à la bouche : America First.

Donald Trump, contrairement aux dirigeants européens et à la Commission, ne s’embarrasse pas de références théoriques : il n’est ni pour ni contre le libre-échange ou le protectionnisme. Tout dépend du moment et du contexte. Dans la conjoncture actuelle, marquée en particulier par la montée en puissance de la Chine, il considère que les intérêts des Etats-Unis seront mieux servis par des mesures protectionnistes, mais il est prêt à changer de cap du jour au lendemain si nécessaire.

Loin d’être un marginal, Donald Trump s’inscrit dans une grande tradition américaine de pragmatisme qu’avait fort bien décrite Ulysses Grant, président des États-Unis de 1869 à 1877 : « Pendant des siècles, l’Angleterre s’est appuyée sur la protection, l’a pratiquée jusqu’à ses plus extrêmes limites, et en a obtenu des résultats satisfaisants. Après deux siècles, elle a jugé commode d’adopter le libre-échange, car elle pense que la protection n’a plus rien à lui offrir. Eh, Messieurs, la connaissance que j’ai de notre pays me conduit à penser que dans moins de deux cents ans lorsque l’Amérique aura tiré tout ce qu’elle a à offrir, elle adoptera aussi le libre-échange ».

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, les Etats-Unis ont imposé directement ou indirectement le dogme libre-échangiste à la partie du monde qu’ils contrôlaient. Les traités européens sont un pur produit de cette logique. Mais les temps ont changé et, pour Washington, la ligne officielle est désormais le protectionnisme. Jusqu’au prochain revirement, quand les circonstances l’exigeront… Paralysée par ses certitudes quasi-religieuses, l’UE assiste passivement à ce va et vient, comme les vaches regardent passer les trains…





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