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L’Europe cherche désespérément une « success story »

Par Bernard Cassen  |  1er novembre 2013     →    Version imprimable de cet article Imprimer

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Avec Le Monde diplomatique en español

De Dublin à Madrid en passant par Athènes ou Lisbonne, les mesures d’austérité ont eu des effets tellement ravageurs que les gouvernements et la Commission européenne se raccrochent au moindre chiffre positif – même s’il l’est de manière infinitésimale – pour tenter de justifier leurs politiques. Et cela en passant sous silence d’autres chiffres ou observations qui, eux, montrent une aggravation de la situation, et surtout en ignorant des données que les néolibéraux ne prennent jamais en compte, tant le facteur humain leur est étranger.

A cet égard, l’exemple de l’Irlande est éclairant. Le premier ministre, Enda Kenny, a annoncé que son pays ne demandera pas le renouvellement du plan de « sauvetage » de 85 milliards d’euros administré par la troïka FMI/Commission européenne/ Banque centrale européenne. C’est, à première vue une excellente nouvelle, mais d’abord, comme le dit un analyste du think tank Centre for European Reform [1], une excellente nouvelle pour les chantres de l’austérité : « Berlin et Bruxelles ont désespérément besoin de montrer que la thérapie de choc prescrite par ces capitales pendant la crise de la dette souveraine donne des résultats. Et l’Irlande est leur meilleure chance pour une success story ».

Une success story  ? Parlons-en ! On nous présente comme un exploit que l’Irlande soit « revenue sur les marchés » en empruntant à un taux de 4, 15 %. Mais chacun sait que, pour stabiliser ou réduire sa dette, un Etat a besoin d’une croissance égale ou supérieure au taux d’intérêt qu’il doit payer pour vendre ses obligations. Or, en Irlande, cette croissance sera quasi nulle en 2013, et on voit mal comment elle pourrait dépasser 1 % en 2014. Résultat : la dette du pays, qui s’élève déjà actuellement à 125 % du produit intérieur brut (PIB), contre 104 % en 2011, va encore grimper fortement.

Si l’on ajoute à cela que plus de 13 % de la population active est encore chômage, que le déficit des comptes publics sera d’environ 7, 3 % en 2013, et que le PIB par habitant est inférieur de presque 8 % à ce qu’il était en 2008, on voit qu’il n’y a pas lieu de pavoiser. Voilà quel a été – et continuera à être – le prix à payer par les Irlandais pour « sauver » leurs banques et l’euro.

On pourrait développer le même raisonnement, entre autres, pour l’Espagne, le Portugal, l’Italie, la Belgique où, malgré les mesures d’austérité – ou plus exactement à cause d’elles – la dette publique a bondi au cours des deux dernières années [2].

Derrière ces statistiques, on découvre, en Irlande comme ailleurs, une réalité sociale catastrophique décrite dans un rapport élaboré par la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) et rendu public le 10 octobre dernier par le quotidien britannique The Guardian [3]. Ce document sur l’impact humanitaire de la crise économique rassemble des informations recueillies sur le terrain par ces deux organisations dans 42 pays, dont les 28 membres de l’UE. Le diagnostic qu’il pose est accablant : « Au fur et à mesure que la crise économique s’enracine, des millions d’Européens vivent dans l’insécurité, sans savoir ce que l’avenir leur réserve. C’est l’un des pires états psychologiques possibles pour des êtres humains. Nous voyons un désespoir silencieux se propager chez les Européens, qui se traduit par des dépressions, de la résignation et de la perte d’espérance ».

Le rapport est rempli d’observations factuelles apparemment isolées, mais qui, cumulées, en disent long sur l’état réel de l’Europe. En voici quelques-unes :

  • En Grèce, le nombre de suicides chez les femmes a au moins doublé.
  • Un sur cinq des Finlandais nés en 1987 a été traité pour des désordres psychiques ou mentaux associés à la dépression économique que leur pays a connue dans les années 1990.
  • En Grèce et en Espagne, des jeunes adultes et leur famille retournent vivre chez leurs parents. Plusieurs générations cohabitent ainsi sous le même toit et doivent vivre avec un seul salaire.
  • A Milan, capitale financière de l’Italie, il n’est pas rare de voir des membres autrefois prospères de la classe moyenne dormir dans la rue.

Pour The Guardian, le rapport de la FICR « soulève des questions fondamentales quant à la viabilité de l’euro. Il laisse entrevoir des perspectives très sombres pour des dizaines de millions d’Européens ». Pour les décideurs de l’UE, la question est de savoir jusqu’où ils peuvent aller trop loin dans leur folle fuite en avant austéritaire sans que ces dizaines de millions d’Européens passent de la résignation à la colère, et de la colère à la révolte dans la rue ou dans les urnes.

 

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Notes

[1] Cité dans Financial Times, 14 octobre 2013.

[2] Lire « Dette : la zone euro n’est pas tirée d’affaire », Le Monde, 25 octobre 2013.

[3]  Think differently. Humanitarian impacts of the economic crisis in Europe  : <http://www.theguardian.com/austerity-europe-debt-red-cross> ?





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