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L’agonie d’une tyrannie

Par Sami Naïr  |  9 mars 2011     →    Version imprimable de cet article Imprimer

Aujourd’hui, on parle de plusieurs milliers de morts ou blessés en Libye. La Cyrénaïque est entre les mains des insurgés. C’est le foyer de la principale tribu du pays (1,5 million de membres), répartie entre Benghazi, Tobrouk et les petites agglomérations du désert. C’est aussi la région la plus riche économiquement ( elle recèle les principaux champs de pétrole) et la plus développée culturellement (proximité avec l’Egypte) ; c’est enfin le contrôle des ports et d’une partie importante du commerce avec l’étranger. Les Benghazis peuvent étouffer économiquement le pays. D’autant que l’insurrection le touche désormais tout entier. La Tripolitaine est également en feu, et c’est là que le dictateur s’est réfugié. Les Egyptiens organisent déjà une véritable chaîne de la solidarité avec leurs voisins et frères, car plus de 1,5 million d’entre eux vivent en Libye.

Depuis le début de la révolution tunisienne, dont l’onde n’est pas près de s’arrêter, surtout depuis que l’Egypte est passée dans le camp de la démocratie, le sort de la Libye de Kadhafi était noué. Il devait, plus ou moins rapidement, tomber lui aussi. Car c’est désormais la puissante Egypte qui incarne l’exemple pour tous les pays arabes.

Bien sûr, Kadhafi préfère le bain de sang à la démission. C’est une folie. Mais tout son système est une folie : véritable aberration mondiale, on peut le définir, au-delà des frasques liées au déséquilibre psychologique du Guide (atteint d’une dangereuse perversion mégalomaniaque et narcissique) comme une tyrannie politique basée sur un partage économique clientéliste. L’Etat féodal hérité du roi Idriss a été totalement détruit. Il a été remplacé par l’organisation dite de la Jamaharia (république) des conseils populaires, c’est-à-dire une pseudo assemblée constituante permanente, censée représenter la démocratie directe en lien avec le leader charismatique, Mouammar El Kadhafi, présenté comme l’incarnation achevée de ce pouvoir direct. La voix, en somme, et le bras du pouvoir du peuple.

En réalité, le pouvoir est d’une autre nature : il s’agit d’une vulgaire dictature policière, dirigée par Kadhafi, dont le but, en détruisant les structures de l’Etat, est d’empêcher les citoyens de s’organiser et de s’exprimer à travers des canaux de droit, et par suite de permettre au dictateur d’exercer une sorte de tyrannie absolue. Le moyen de cet exercice, au-delà de la police répressive, c’est la maîtrise des ressources financières liées au pétrole et leur répartition clientéliste entre toutes les tribus du pays, gagnant ainsi leur soutien politique.

Ce mode de gestion des tribus a fonctionné pendant quarante ans, mais il n’est pas allé sans crises ni conflits internes. Cependant, depuis dix ans, le ver est dans le fruit : la question de la succession du Chef, affaibli par sa maladie psychologique, était posée. Les élites libyennes se trouvent en quelque sorte dans la même situation que les élites tunisiennes entre le début des années 1980 et 1987, lorsque la sénilité de Bourguiba rendait pratiquement ingouvernable le pays.

En Libye, bien que la nature du personnage et la maladie soient différentes, la question du futur est désormais ouverte : les Libyens devront affronter plusieurs graves problèmes à la fois. Si Kadhafi n’est pas éliminé physiquement, il ne se résignera pas. Soit il achètera un refuge doré dans un pays africain ou ailleurs, soit il organisera, dans le Sud, une armée de terroristes mercenaires : il a l’argent pour cela. Les insurgés libyens devront aussi coûte que coûte éviter la scission du pays.

Il leur faudra construire rapidement des institutions de base pour mettre en place un Etat démocratique. Enfin, la question du rôle de l’armée se pose et se posera plus encore à l’avenir. La répression actuelle a été menée essentiellement par des milices de mercenaires subsahariens grassement payés. Si l’armée passe aux côtés du peuple, elle devra le plus rapidement possible neutraliser ces milices pour les empêcher de pratiquer la politique de la terre brulée, comme cela s’est malheureusement passé en Tunisie.

Le pire n’est peut-être pas encore arrivé pour le peuple libyen. Et c’est pourquoi la solidarité internationale doit s’organiser rapidement. Il faut mettre en quarantaine les représentants de la Libye qui ne condamnent pas la répression aveugle, déclarer Kadhafi coupable de crime contre l’Humanité et lancer contre lui un mandat d’arrêt pour le traduire devant le Tribunal pénal international. Enfin, l’Union européenne devrait agir pour que le Conseil de Sécurité de l’ONU ne se contente pas seulement de condamner la répression, mais organise très rapidement l’envoi de forces internationales de l’ONU pour protéger les civils libyens, comme il l’a fait par le passé en Sierra Leone ou dans d’autres pays d’Afrique. Il n’y a pas d’autre solution si l’on veut éviter des migrations massives.





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