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La multiplication et la mutation du terrorisme sont une conséquence directe de la guerre contre le terrorisme

Par Christophe Ventura  |  18 novembre 2015     →    Version imprimable de cet article Imprimer

Explosion du vol Metrojet, Beyrouth, Paris. La barbarie de Daech franchit un nouveau seuil. En quelques jours, cette armé noire salafiste – créé par les expérimentations guerrières américaines en Irak et largement financée par le régime saoudien, nos alliés – a actionné et multiplié les fronts extérieurs de sa guérilla « djihadiste » dégénérée et fasciste. Elle a également confirmé que désormais, les guerres se transportent dans les villes, au cœur de nos vies.

Sera-t-il à l’avenir possible d’empêcher systématiquement ces tueries dans des sociétés ouvertes ? La réponse est clairement non, quelles que soient les parades sécuritaires ou les escalades militaires engagées. C’est pourtant cette dernière voie qu’a choisie François Hollande dans le contexte d’un consensus large exprimé au sein de la classe politique nationale. Ce faisant, la France s’engage dans une logique dont l’un des résultats sera probablement de préparer la naissance d’une nouvelle génération de terroristes – toujours plus violents, aguerris, sophistiqués – qui viendra hanter nos nuits dans les années à venir.

Faut-il en douter ? Le journaliste américain Paul Gottinger relate les résultats désastreux de la militarisation de la lutte contre le terrorisme exposés dans une étude publiée le 11 septembre 2015 par le média indépendant Reader Supported News (http://readersupportednews.org/…/focus-despite-14-yea…). Basée sur les statistiques de Département d’Etat américain, cette étude révèle le bilan – en réalité accablant, au-delà de l’imaginable – de la guerre contre le terrorisme lancée par George W. Bush suite aux attentats du 11 septembre 2001 – dont on nous dit qu’elle a permis, grâce au Patriot Act, de protéger les Etats-Unis –. Depuis 2002, et sans même parler du bagne de Guantanamo ou des attentats de Boston (2013) aux Etats-Unis mêmes, les actes terroristes ont augmenté dans le monde de... 6 500 % (la moitié en Afghanistan et en Irak entre 2007 et 2011). En 2014, quatre des cinq pays qui comptabilisaient 74% de ces actes sont des pays ayant goûté l’interventionnisme militaire de la première puissance mondiale en guerre, elle aussi, contre le terrorisme. Il s’agit de l’Afghanistan, de l’Irak, du Pakistan, de la Syrie et du Nigeria. Seul ce dernier pays n’a pas été bombardé par Washington.

Cette guerre contre le terrorisme aurait causé, selon les estimations, entre 1,3 et 2 millions de morts en Afghanistan, en Irak et au Pakistan. Ce bilan ne prend pas en compte, selon RSN, la Libye et les attaques de drones en Somalie ou au Yemen.

Voici où se trouve la genèse de l’Etat islamique. Voici dans quel chaudron de sang et de chaos sont nés les enfants monstrueux de la guerre contre le terrorisme qui ont pu ensuite renforcer leur pouvoir et leur emprise à la faveur de la répression sanglante orchestrée à partir de 2011 par Bachar El-Assad en Syrie contre une partie de son peuple. La destruction et la dislocation des sociétés du Proche-Orient par les interventions militaires des pays occidentaux constituent une cause centrale du terrorisme que nous déplorons. Voici où a mené la guerre contre le terrorisme... à Paris le 13 novembre 2015.

Et maintenant ? Désormais, une chose est claire. Ce qui fermente va modifier radicalement le rapport entre la politique intérieure des Etats et leur politique étrangère. Il n’est plus possible de dissocier les deux dimensions ou de pratiquer la politique des doubles standards (« ici je dis ca, là bas je fais ca »). Dans un contexte de circulation accrue des personnes, des ressources, des cultures, et des informations via la sphère digitale, ce qui se fait à l’intérieur des frontières du territoire a des conséquences à l’extérieur et ce que fait un gouvernement dans le monde a des conséquences sur son propre territoire.

Une partie de l’avenir de nos démocraties se joue indéniablement au Proche-Orient. En finir avec le terrorisme prendra des années et passera par la mise en place d’une combinaison de politiques au Proche-Orient et dans nos pays.

Au Proche-Orient, il faut préparer la fin durable de nos interventions militaires au profit de solutions qui engagent les pays de la région (pays du Golfe, Iran, Turquie notamment) sous mandat des Nations unies. Pour ce qui concerne la Syrie, un tel processus doit poursuivre comme objectif politique l’organisation d’élections libres et justes dans les meilleurs délais. C’est la seule voie pour éteindre le feu syrien et éteindre ce faisant l’un des moteurs de Daech. Pour leur part, les Saoudiens ne doivent plus être soutenus et doivent stopper leur soutien matériel et idéologique au djihadisme salafiste. La France doit rompre son alliance avec le régime de Ryiad et prendre, d’une manière générale, ses distances avec les stratégies atlantistes qui projettent le monde dans l’instabilité et le chaos. Elle doit aussi s’engager fermement pour la reconnaissance des droits des palestiniens.

En France et en Europe, il faut en finir avec les politiques d’austérité qui approfondissent les fractures sociales et culturelles de nos sociétés et contribuent à l’explosion des inégalités, aux phénomènes de relégation et au développement de la pauvreté. L’Etat doit promouvoir des politiques de contre-radicalisation [1] s’inscrivant dans ces principes et renouer avec ses promesses républicaines. Il faut développer des politiques de logement, d’éducation, d’emploi, culturelles, etc. dignes de ce nom. Il convient enfin de refuser l’étouffoir sécuritaire qui n’offre pas la sécurité promise aux citoyen(e)s mais permet de préparer la société que veut notre oligarchie : une société libérale-sécuritaire.

 

Illustration : Al_HikesAZ

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Notes

[1] Sur ce sujet, lire le rapport réalisé par Pierre Conessa pour la Fondation d’aide aux victimes du terrorisme (FAVT). Ce texte offre de multiples recommandations. « Quelle politique de contre-radicalisation en France ? », 24 décembre 2014.





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