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QUAND LES RODOMONTADES DÉBOUCHENT SUR DES CAPITULATIONS

Le discrédit de la parole du président François Hollande

Par Bernard Cassen  |  7 juillet 2013     →    Version imprimable de cet article Imprimer

Certains dirigeants politiques sont capables de faire un « sans faute », du moins pour un temps. François Hollande, lui, vient de faire la démonstration inverse, celle du « tout-faux » : en alternant rodomontades et génuflexions débouchant sur des capitulations, il vient de perdre la face sur tous les tableaux, en Europe et en Amérique latine.

Après que le président de la République ait claironné sur tous les toits qu’il jugeait « inacceptable » l’espionnage des institutions de l’Union européenne (UE) et de ses propres services par la National Security Agency (NSA), son gouvernement a piteusement obtempéré aux ordres de Washington – ou, pire, autre hypothèse qui circule, les a anticipés – en refusant à l’avion du président bolivien Evo Morales de pénétrer dans l’espace aérien français dans son vol de retour vers La Paz. Simultanément, les gouvernements espagnol, italien et portugais prenaient la même décision, soit sous injonction parallèle des Etats-Unis soit en prenant eux aussi les devants comme autant de bons élèves de la classe atlantique qui lèvent la main pour répondre à la question avant que le maître l’ait posée. Le prétexte : le lanceur d’alerte Edward Snowden, aurait pu se trouver à bord.

Les explications emberlificotées de François Hollande qualifiant de simple « contretemps » le blocage pendant treize heures à Vienne de l’avion présidentiel bolivien, au mépris des conventions internationales, pas plus que les « regrets » exprimés par le ministre des affaires étrangères Laurent Fabius, n’ont pu empêcher un fiasco diplomatique. Pour tenter de réparer les dégâts, la dernière version officielle en date de l’incident fait porter le chapeau non pas aux autorités politiques françaises, mais aux fonctionnaires chargés des procédures de survol du territoire : ils auraient cru avoir affaire à deux avions boliviens et non pas à un seul… Il faudrait alors imaginer que les fonctionnaires espagnols portugais et italiens [1] auraient été victimes du même malentendu au même moment ! La ficelle est énorme. Attendons une prochaine version, un peu plus crédible... Peut-être la NSA, qui écoute tout ce beau monde, pourrait-elle rendre publics ses enregistrements ?

Plus encore que les trois autres comparses de Washington dans cette affaire – l’Espagne, le Portugal et l’Italie – la France, dont beaucoup de Latino-américains croyaient qu’elle avait un président « socialiste », subit le contre-coup de son alignement atlantiste. On aura noté que son ambassade en Bolivie a été la cible privilégiée de manifestants indignés par le traitement subi par leur président. On apprend également que Caracas a reporté la tenue de la commission mixte franco-vénézuélienne qui devait se tenir ces prochains jours.

Les gouvernements de l’Hémisphère, pourtant bien plus vulnérables aux pressions et représailles de Washington que ceux du Vieux Continent, constatent ainsi que la nouvelle « arrière-cour » des Etats-Unis n’est plus l’Amérique latine, mais l’Europe, et que c’est tout juste si cette dernière ne revendique pas sa servitude volontaire. La condamnation de Paris, Madrid, Lisbonne et Rome par l’Union des nations sud-américaines (Unasur) et par l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (Alba) montre que les affinités « latines » – facilitant parfois l’avancement des dossiers économiques et commerciaux – ne sauraient compenser l’atteinte à la dignité de la « Grande patrie » latino-américaine que représente l’affront fait à Evo Morales. L’épisode laissera des traces.

Deuxième coup de menton de François Hollande, débouchant lui aussi sur une claque : celui relatif au début des négociations sur le Partenariat transatlantique sur le commerce et l’investissement (TTIP) initialement prévu pour le 8 juillet (http://www.medelu.org/L-alibi-de-l-emploi-pour-un-grand). Le président français, relayé par Laurent Fabius, avait demandé qu’elles soient différées jusqu’à l’arrêt des agissements des services secrets américains dans les institutions et les gouvernements européens. Angela Merkel, suivie par la plupart des Vingt-sept – devenus Vingt-huit le 1er juillet après l’adhésion de la Croatie à l’UE – et évidemment par la Commission européenne – a sèchement dit « non ». L’affaire était alors close et la date du 8 juillet confirmée. Tout au plus François Hollande s’est-il vu concéder la tenue simultanée, mais sans échéances et encore moins d’obligation de résultats, de vagues « groupes de travail » Etats-Unis/UE sur la protection des données privées et sur les activités de renseignement. Il va sans dire que ces discussions ne sauraient interférer avec les négociations du TTIP…

Certains pourront se demander s’il n’est pas trop facile d’incriminer le seul François Hollande, alors qu’il n’est ni plus ni moins atlantiste que ses collègues du Conseil européen et que la Commission de Bruxelles. Ce serait oublier qu’il avait le pouvoir de résister à Barack Obama dans la traque d’Edward Snowden. Jacques Chirac, dans des circonstances infiniment plus graves, avait refusé à George Bush d’embarquer la France dans la guerre en Irak. Le président français pouvait aussi tenir la dragée haute à Angela Merkel et aux commissaires européens pour le TTIP, la décision, dans ce dernier cas, devant être prise à l’unanimité des membres de l’UE.

C’est le gouffre entre, d’un côté, les propos publics martiaux et les engagements électoraux et, de l’autre côté, les capitulations en catimini qui pose problème et discrédite la parole présidentielle…

Notes

[1] Pour tenter de se disculper, la ministre des affaires étrangères italienne, Emma Bonino, a déclaré que son gouvernement avait initialement donné son accord (le 29 juin) pour la traversée de son espace aérien. Lorsque la France, l’Espagne et le Portugal, en refusant l’autorisation de survol de leur territoire, obligèrent l’avion du président Morales à se poser à Vienne, cet accord, selon la ministre, devint caduc. On voit que les contorsions de Rome n’ont rien à envier à celles de Paris…





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