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Le fou d’Oslo

Par Sami Naïr  |  3 août 2011     →    Version imprimable de cet article Imprimer

La haine égare ; elle tue lorsqu’elle tombe entre les mains d’individus psychiquement dérangés, comme c’est le cas pour l’horrible massacre survenu en Norvège. Appartenant au parti d’extrême droite curieusement nommé « Parti du progrès », l’assassin est aujourd’hui condamné par ce même parti. Mais cela suffit-il à disculper l’idéologie qui a rendu possible un tel acte ? Il ne se passe pas de jour sans que, quelque part dans cette Europe qui donne partout des leçons de droits de l’homme au monde, on n’assiste à des agressions, des attaques, des persécutions contre les étrangers, les « non communautaires », ceux dont la présence, pour une raison ou une autre, paraît illégitime aux yeux de populations européennes de plus en plus déstabilisées par la terrible crise économique et sociale actuelle.

La montée d’une extrême droite raciste, xénophobe, de plus en plus décidée à utiliser la violence pour faire prévaloir son idéologie, est devenue une réalité en Europe. Echo effrayant, en vérité, des années 1930 du XX siècle. Et l’on sait comment cela s’est terminé. On croyait cette extrême-droite disparue à jamais après la Deuxième guerre mondiale ; on l’a vue pourtant réapparaître à partir des années 1980, d’abord en France, puis, de proche en proche, partout ailleurs en Europe.

La crise économique, qui sévit depuis la mise en place de la construction libérale de l’Europe, est la raison principale, de fond, de la montée de cette extrême-droite. Des sociétés habituées à assurer l’emploi et la stabilité professionnelle aux plus larges couches de la population se sont retrouvées démunies devant les ravages du libéralisme économique défendu autant par la droite que par la gauche sociale-libérale en Europe. La crise de confiance idéologique qui en résulta a conduit les couches populaires à s’éloigner des partis traditionnels. En France, en Italie, en Belgique, aux Pays-Bas, dans tous les pays du Nord de l’Europe, on a ainsi vu des groupuscules minoritaires d’extrême-droite récupérer ces couches et se transformer en partis électoralement décisifs. Leur appui, direct ou indirect, devient de plus en plus une condition de gouvernabilité des démocraties.

Les partis traditionnels, au lieu de s’opposer frontalement à ces partis extrémistes, au lieu de leur déclarer la guerre idéologique, au lieu de leur opposer des politiques sociales intégratrices, se couchent en réalité devant eux ; ils condamnent moralement les actes et propos de l’extrême-droite, mais ne font rien pour lutter contre les causes profondes du « mal-être européen » qui profite à cette extrême-droite. La vérité crue, c’est que droite et gauche sont responsables du passage du « bien-être social » au mal-être identitaire. Ces partis ont accepté comme une évidence naturelle le libéralisme économique, ils s’en sont fait les vecteurs dociles.

L’extrême-droite a retourné cette situation sociale en question identitaire, en question de valeurs, en question de race et de nation. Et ni la droite conservatrice ni la gauche libérale ne peuvent répondre à ce retournement idéologique : elles ne veulent pas comprendre que la cause en réside dans l’insécurité sociale et professionnelle et la paupérisation qui résultent des politiques économiques qu’elles défendent. Mme Merkel accuse le « multiculturalisme » de vouloir déstabiliser les identités nationales, quand c’est la déstabilisation sociale, économique, professionnelle, promue par le gouvernement qu’elle dirige, qui provoque les heurts identitaires et culturels entre les divers groupes sociaux. On transforme sciemment des problèmes sociaux en problèmes identitaires, de la même façon que dans certains pays musulmans, on explique le chômage par le non respect des versets du Coran ! Ce sont ces manipulations qui préparent le terrain à l’extrémisme idéologique.

On ne sortira pas de cette crise par des vœux pieux ou simplement par l’appel aux valeurs morales. Il faut combattre idéologiquement l’extrême-droite partout, rendre pénalement condamnable la xénophobie, le racisme, l’antisémitisme, mais il faut aussi en finir avec cette économie basée sur la lutte de tous contre tous, sur le chômage, sur la destruction de l’intérêt général. Le chef du gouvernement norvégien a répondu à l’acte monstrueux en faisant appel à plus de tolérance, plus de liberté, plus de solidarité. Il a raison. Mais qu’il se méfie ! On rendra la tolérance, la liberté, la solidarité évidentes pour tous, quand on aura réinstauré une société de l’emploi, de la sécurité professionnelle, de l’identité commune pour tous. L’acte du fou d´Oslo n’est pas un accident isolé. Il se peut qu’il soit le signe annonciateur de temps à venir troublés.

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