« Pour nos combats de demain, pour un monde plus libre, plus juste, plus égalitaire, plus fraternel et solidaire, nous devons maintenir vivante la mémoire de nos luttes »

Gunter Holzmann

La paix et la guerre dans les médias en Colombie

Conférence de Maurice Lemoine et Yezid Arteta, le 7 décembre à Paris
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Après la victoire de Mauricio Macri

Le peuple argentin et ses idéaux

Par Adolfo Pérez Esquivel  |  1er février 2016     →    Version imprimable de cet article Imprimer

Les droits de l’homme et la démocratie sont des valeurs indissociables. C’est pourquoi nos président(e)s ont pris l’habitude de célébrer chaque année, dans cette perspective, la journée universelle des droits de l’homme, le 10 décembre.

Il est regrettable, qu’entre autres oublis intentionnels, le nouveau président de notre pays n’ait pas mentionné une seule fois dans son discours d’investiture [le 10 décembre 2015] la question des droits de l’homme. Il a seulement fait référence à l’humain comme « ressources » potentielles.

Pour sa part, le front de partis qui a quitté le gouvernement a eu l’opportunité de démonter, en trois mandatures, l’héritage néolibéral dans notre pays. S’il a avancé sur certains aspects, il n’a pas pu, pas su ou pas voulu, selon les cas, accomplir totalement cette tâche. Ce faisant, il n’a donc pas développé en Argentine un processus d’émancipation nationale et sociale comparable à ce qui s’est déroulé dans d’autres pays de la région. Alors même qu’il cultivait un style de confrontation et de polarisation qui lui a coûté le soutien de plusieurs secteurs sociaux, son discours contrastait à de nombreuses reprises avec ses actions et ses alliances (corporations minières, agricoles, pétrolières et financières). Cette dynamique a conduit à l’organisation d’un second tour à l’élection présidentielle – une première en Argentine –.

Malgré sa défaite, le Front pour la victoire (FPV) [1] n’a esquissé aucune autocritique publique dans son analyse de la situation. Paradoxalement, le fait qu’il n’ait pas reconnu ne serait-ce qu’une erreur en douze ans pourrait aider à comprendre ce dénouement insolite : pour la première fois dans notre pays, une coalition de droite obtient le pouvoir suite à la tenue d’élections libres et ouvertes.

Le peuple évaluera les décisions qu’il a prises en fonction de la réalisation – ou de la non réalisation – des promesses électorales, de ses droits, de ses besoins et de ce que la réalité apportera. En attendant, ce à quoi nous assistons depuis la prise de fonction du nouveau gouvernement est très préoccupant. Il multiplie les initiatives qui portent atteinte aux travailleurs, aux institutions et au fondement même de la démocratie.

Durant sa campagne, la coalition désormais élue « Cambiemos » [2] a beaucoup insisté sur la nécessité de respecter les institutions et la République. Cependant, elle a saboté, en moins d’une semaine, son propre discours républicain en annonçant une cascade de décrets d’urgence qui n’ont, en réalité, rien d’urgent. Sur tous les sujets concernés, il aurait été parfaitement possible de convoquer des sessions parlementaires extraordinaires pour délibérer mais l’objectif était précisément d’empêcher le débat de nos représentants au Congrès.

La nouvelle coalition au pouvoir ne se contente pas de contrôler et de dissoudre des organismes créés par la loi, elle veut aussi forcer la destitution de la procureure générale de la nation dont le mandat, attribué par le Sénat, est toujours en vigueur. Plusieurs attributions qui représentaient une avancée institutionnelle lui ont déjà été retirées.

A cela s’ajoute une mesure autoritaire inédite : la nomination par décret de deux magistrats à la Cour suprême. Les juges nommés par un président sont les juges du président, au delà la prise en compte de tout critère de compétence. La République bolivarienne du Venezuela, tant critiquée par « Cambiemos », n’a jamais usé de tels procédés. Ses juges ont toujours fait l’objet d’une approbation par l’Assemblée nationale.

Il est indispensable de lancer un processus participatif large – contrôlé par la société – de démocratisation de la justice et de nomination des magistrats.

Paradoxalement, l’unique marque d’engagement du président Mauricio Macri sur les questions de protection des droits humains a jusqu’à présent concerné un sujet extérieur à l’Argentine. Et cette position, il l’a prise lors de sa première intervention à un sommet du Marché commun du sud (Mercosur) où il a voulu endosser le rôle de « défenseur des droits de l’homme ». Mais pour ce faire, il a défendu, dans une logique d’ingérence, les détenus condamnés au Venezuela, ceux là même qui avaient incendié des édifices publics pour renverser un gouvernement démocratiquement élu.

Dans le même temps, en 2014, 6 843 cas de torture en prison ont été dénombrés en Argentine. Le nouveau gouvernement doit analyser et rendre public les rapports que nous avons élaborés au sein de la Commission de la mémoire de la province de Buenos Aires, du Bureau du procureur pénitentiaire de la nation, du Groupe d’études du système du droit pénal et des droits de l’homme de l’Institut Germani de l’Université de Buenos Aires. Il doit aussi enquêter à partir de leurs résultats.

En matière de politique intérieure, le parti gouvernemental – « Pro » [3] – veut subordonner la question sociale aux politiques sécuritaires. Ce type d’orientation revient toujours à favoriser des politiques qui contribuent à la reproduction des inégalités dans la société. Les déclarations d’urgence relatives aux questions sécuritaires et pénitentiaires ne favorisent pas le changement du paradigme punitif de l’Etat, ni ne s’attaque à la question complexe du délit. Cela maintient, bien au contraire, la ségrégation sélective et de classe. Pendant ce temps, le gouvernement prétend légaliser l’obtention de marchés par entente directe au détriment des appels d’offres.

La coalition élue a également beaucoup défendu pendant la campagne l’idée qu’il fallait en finir avec la persécution des personnes pour raison d’opinions différentes. Mais sa première réalisation est le démantèlement de la loi sur les médias. Son objectif est de favoriser la liberté des entreprises au détriment de celle de la presse.

La loi sur les médias n’est pas une loi « Kirchner ». Elle appartient à tous les argentins car elle a été largement débattue au sein de notre société et elle a remplacé, de facto, la dernière loi en la matière adoptée pendant la dictature. Lorsque je l’ai soutenue au cours des audiences nationales du Congrès, nous revendiquions la fin du monopole des médias et la démocratisation de la parole. On pourrait dénoncer l’instrumentalisation de cette loi mais on ne peut en aucun cas accepter un retour en arrière par la remise en cause du droit à la liberté d’expression. C’est pourquoi je défendrai toujours la loi sur les médias et le respect de sa juste application. Nous, les Argentins, n’avons pas besoin de censure mais de plus de voix car la paix se construit en respectant la diversité et en acceptant les critiques.

Un autre des slogans de la campagne de l’actuel gouvernement a été « pauvreté zéro ». En effet, de graves inégalités persistent encore dans notre pays. Il reste, en effet, à résoudre les problèmes d’accès à la terre, à un logement digne et à un travail. Mais les mesures prises par le nouveau gouvernement, en ce peu de temps, ont été dans un sens totalement opposé. Il a notamment baissé les salaires de 45 %, défait la parité monétaire et suspendu la publication de statistiques officielles. Ce faisant, il a contribué à l’augmentation directe du prix des biens de première nécessité. Il a baissé les impôts pour les plus aisés et licencié des milliers de travailleurs du secteur public pour imposer la peur. Il peut ainsi passer maintenant à ceux du secteur privé. Et pendant que ce gouvernement réprime les protestataires, son ministre de l’économie prévient les travailleurs et les syndicats qu’ils vont désormais devoir réfléchir à la question de savoir s’ils préfèrent l’augmentation des salaires ou les créations d’emplois.

Le néolibéralisme a entraîné la perte de la souveraineté nationale et livré le patrimoine national aux mains des grandes multinationales étrangères. Il a augmenté la faim et la marginalité au sein de la population tandis que les responsables de ces faits demeurent impunis juridiquement et politiquement. L’histoire de l’Argentine et du monde entier nous apprend que ce type de politique n’est pas conciliable avec les droits et les nécessités de la population.

La nouvelle administration – composée d’un grand nombre de gérants d’entreprises ou de directeurs généraux (de chief executive officers – CEO) – issus du secteur privé – doit respecter les institutions démocratiques de l’Etat et assumer sa première obligation : respecter les droits humains et du peuple. Elle ne doit pas se laisser griser par le pouvoir. Cette dérive éloigne en général les représentants du chemin qu’ils doivent suivre. Les gouvernements passent et les peuples restent. Les gouvernants doivent assurer leurs fonctions de serviteurs du peuple et non pas se servir du peuple pour garantir leurs intérêts partisans et personnels.

Nous devons faire appel à notre mémoire pour illuminer notre présent. Le peuple argentin est passé par des étapes douloureuses entre ombre et lumière. Il a résisté et lutté pour reconquérir la démocratie, la vérité et la justice. Beaucoup d’entre nous ont risqué leurs vies pour défendre les libertés civiles et les droits du peuple. Nous ne pouvons renoncer aux idéaux qui naquirent du peuple et qui lui appartiennent. Nous, qui luttons depuis toujours, ne sommes pas disposés à faire marche arrière.

 

Traduction : Fanny Soares
Edition : Mémoire des luttes

Source : http://www.alainet.org/es/articulo/174711

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Notes

[1] Note du traducteur : Alliance de partis fondée en 2003 pour soutenir la candidature de Nestor Kichner à la présidence. Elle a soutenu ensuite la candidature de Cristina Kirchner en 2007 et en 2011. Daniel Scioli, ancien vice-président de l’Argentine, fut le candidat du FPV lors des élections de 2015.

[2] Coalition politique de droite fondée en 2015 rassemblant plusieurs partis : Unión PRO, ARI et Unión Cívica Radical. Elle a remporté les dernières élections présidentielles du 22 novembre 2015 portant ainsi au pouvoir Mauricio Macri.

[3] Parti politique reconnu légalement en 2005 sous le nom de « Compromiso para el Cambio ». Il change de nom en 2008 et devient « Propuesta Republicana » (PRO). Mauricio Macri est l’un de ses fondateurs.





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