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Le symbole Garzón

Par Sami Naïr  |  29 avril 2010     →    Version imprimable de cet article Imprimer

C’est la ruée, c’est la curée, c’est enfin l’heure du châtiment ! Tout se passe comme si Baltasar Garzón n’était poursuivi que parce que c’est un homme qui dérange, un symbole de cette justice universelle qui prend corps si difficilement face aux raisons d’Etat et aux impunités protégées par des institutions solidement conservatrices. Des trois chefs d’accusation opposés à Garzón, il est clair que c’est la rupture du pacte du silence sur le passé de l’Espagne, ajoutée au rôle d’inquisiteur de la corruption dans le système politique, qui constituent aux yeux de ses adversaires des facteurs de crimes de lèse majesté. Il y a en effet quelque chose d’infamant dans la tentative de salir la réputation de cet homme, par là où la condamnation morale est la plus stigmatisante : le crime de prévarication, c’est-à-dire de malhonnêteté matérielle. Pardi ! Voilà un juge qui s’est fait une réputation de pourfendeur de la corruption, d’irrévocable ennemi des trafiquants de toutes sortes, et qui ne serait lui-même qu’un agioteur vénal ! Et peut-on accepter, insinue-t-on, qu’un tel homme, juge de surcroît, prétende restaurer l’intégrité de l’identité collective quand il est lui-même poursuivi pour absence d’intégrité dans ses fonctions ? Voilà le raisonnement retors de ceux qui veulent la peau de Garzón. On ne peut mieux déconsidérer, délégitimer et finalement souiller un juge. Morale : ceux qui, partout, sans chercher à instaurer une repentance culpabilisant les vivants, sont convaincus qu’il faut dire la vérité sur le passé pour assumer une identité commune au présent, s’exposent à la vindicte des maîtres du silence.

Mais qui peut croire sérieusement que les drames de la guerre civile resteront pour l’éternité scellés par le silence d’une société niant son passé ? Car le paradoxe auquel toutes les nations sont confrontées, c’est qu’elles ne peuvent rien construire de solide pour l’avenir si elles ne sont pas capables d’affronter leur histoire. Et celle-ci n’est jamais un conte de fées, sinon toujours un récit de sang, de violence et, finalement, de retrouvailles apaisées. Assumer la tragédie, en faire un moment de célébration de la mémoire collective, c’est l’intégrer dans l’identité pour l’empêcher de se reproduire. On ne sache pas que ce juge ait quelque part affirmé que sa quête était sélective, qu’il ne voulait s’en prendre qu’aux crimes de la dictature franquiste ; on ne sache pas qu’il ait voulu se venger. Et encore moins rouvrir des plaies qui ne sont pas encore cicatrisées.

Une nation, disait Ernest Renan, c’est « une volonté de tous les jours ». Il ajoutait aussi qu’on ne peut la construire sans une part d’oubli. Car sinon, c’est une déchirure de tous les instants. Mais l’oubli n’est pas le silence et moins encore l’ignorance. L’oubli nécessaire, et le pardon, qui en devient petit à petit le corollaire, ne peuvent advenir que sur la base d’une connaissance réelle des faits. Ce qui serait inacceptable, ce serait de ne voir ce passé qu’avec un œil : il faut interroger tous les côtés du drame, et à l’intérieur de chaque camp. L’histoire est un bloc : elle ne se divise pas en vérités partielles. Et les guerres civiles sont toujours des écoles de barbarie. Dans tous les camps.

Le crime de Garzón serait-il d’avoir voulu, en s’appuyant sur le droit, ouvrir ce chemin douloureux d’identité commune ? Lui qui a lancé tant d’enquêtes parce qu’il croît en l’universalité de la justice, devait s’attendre à ce que l’on en ouvrît une, un jour, sur lui-même, fut-ce sur des motifs aussi fragiles qu’inconsistants. On peut diverger d’avec lui, mais cela justifie-t-il qu’on le vilipende dans ses fonctions ?

En réalité, la persécution dont il est aujourd’hui victime et sa signification pour l’Espagne comme pour le reste du monde, sont profondément symboliques. Car, ce qui est visé dans cette sinistre comédie, c’est le rôle des magistrats qui veulent faire de la justice, au nom de la démocratie, une arme contre toutes les corruptions et les manipulations. C’est Di Pietro en Italie, ce sont tous ces juges anonymes qui, un peu partout aujourd’hui dans le monde, font quotidiennement leur travail de sentinelles de la justice et du droit des gens. Eux aussi sont concernés par l’attaque contre Garzón. C’est à eux que l’on dit sans l’écrire : « Vous n’êtes pas libres d’être justes ». Pourtant, il n’est pas nécessaire d’être devin pour savoir qu’un jour, inévitablement, on s’apercevra combien aura été dommageable ce harassement contre un juge coupable, seulement, d’avoir cru qu’il pouvait aider à rendre justice à la mémoire des vaincus d’hier.





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