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Les imprévus de Rio + 20

Par Christophe Ventura  |  1er juillet 2012     →    Version imprimable de cet article Imprimer

« J’affirme que le document de Rio+20 constitue une grande avancée et une victoire car je n’ai jamais connu une autre réunion sur l’environnement qui ait débouché sur l’adoption d’un document consensuel entre toutes les parties » [1].

Cet objectif — atteint — était bien celui que s’était assigné Dilma Rousseff, présidente du Brésil et hôte de l’événement planétaire qui s’est tenu du 20 au 22 juin. Il s’agissait pour elle de démontrer aux yeux du monde — en particulier dans la foulée du G 20 de Mexico (18-19 juin) — la capacité de son pays à pouvoir jouer un rôle de facilitateur et de négociateur majeur sur la scène géopolitique internationale.

Pour ce faire, obtenir un texte adopté par les 191 pays représentés à la Conférence des Nations unies sur le développement durable était primordial. Et ce, quitte à ce que cet accord se réalise sur la base du plus petit dénominateur commun.

La performance diplomatique a prévalu sur la réponse politique concrète aux enjeux posés, à l’heure de la crise globale, par notre modèle de développement économique, le réchauffement climatique, la crise écologique et énergétique, la question de l’éradication de la pauvreté [2].

Intitulé « L’avenir que nous voulons », le document final de Rio+20 [3] a été fortement critiqué par l’ensemble des ONG et des mouvements sociaux présent dans la cité carioca. Et ceci, aussi bien par ceux directement associés au processus onusien que par les participants au « Sommet des peuples pour la justice sociale et écologique, contre la marchandisation de la vie et pour la défense des biens communs » [4]. Au point que ce Sommet ait été qualifié par tous de « Rio moins 20 ».

En effet, la lecture attentive de ce document impose un constat. Aucun engagement concret n’a été pris par les Etats pour atteindre les objectifs que ces derniers disent vouloir remplir comme « préalables indispensables du développement durable  » : « élimination de la pauvreté  », « abandon des modes de consommation et de production non viables en faveur de modes durables », « protection (de) la gestion des ressources naturelles sur lesquelles repose le développement économique et social  » (article 4).

Le texte affirme la primauté des Nations unies – notamment de son Assemblée générale face à son Conseil de sécurité [5] – dans la gestion des problèmes transversaux qui affectent l’avenir de la planète et de l’humanité. Mais dans le même temps, il inscrit la libéralisation des échanges au cœur de sa conception du développement économique : « nous réaffirmons que le commerce international est un moteur du développement et d’une croissance économique soutenue, et que l’existence d’un système commercial multilatéral universel (…), assorti d’une véritable libéralisation des échanges, peut stimuler de façon déterminante la croissance économique et le développement dans le monde entier  » (article 281). Et introduit, pour la première fois, le concept décrié « d’économie verte dans le contexte du développement durable et de l’élimination de la pauvreté  » (article 56) [6].

La seule décision prise à Rio porte sur la création d’un « comité intergouvernemental  » (article 256) composé de 30 experts choisis par les Etats. Sa mission consistera à définir les objectifs du développement durable – qui n’existent pas actuellement — en vue de la 68ème session de l’Assemblée générale des Nations unies qui se tiendra en 2013, « pour examen et suite à donner  » (article 248). L’idée étant que ces objectifs puissent être mis en œuvre à partir de 2015 et prendre le relais des objectifs du Millénaire pour le développement. Parallèlement, ce groupe de travail devra faire des propositions en 2014 à l’Assemblée générale des Nations unies sur « des options pour une stratégie efficace de financement du développement durable qui favorise la mobilisation de ressources et leur utilisation judicieuse en vue de réaliser les objectifs du développement durable  » (article 255).

A n’en pas douter, le fait le plus important de ce Sommet fut en réalité… le coup d’Etat « constitutionnel » intervenu au Paraguay contre le président démocratiquement élu Fernando Lugo le 22 juin alors que tous les Etats du monde négociaient à moins de 2 000 kilomètres… et que tous les gouvernements de l’Union des nations sud-américaines (Unasur), ainsi que le secrétaire général de l’organisation, Ali Rodriguez, participaient à l’événement !

Ce faisant, Unasur a pu se montrer très réactive en se réunissant dans l’heure pour dénoncer « une rupture de l’ordre démocratique  » au Paraguay et envoyer sur place une première mission d’évaluation conduite par Monsieur Rodriguez [7].

Depuis, les principales structures d’intégration régionale latino—américaines se sont mobilisées pour dénoncer les agissements de la droite paraguayenne, refuser toute reconnaissance diplomatique et politique aux nouvelles autorités et suspendre le pays de toute participation à leurs rencontres thématiques ou plénières : le Mercosur, l’Unasur et désormais la Celac — Communauté des Etats d’Amérique latine et de la Caraïbe [8] —, dont une réunion s’est tenue le 5 juillet au Chili sur le cas du Paraguay, sont à l’unisson sur ces positions.

A la faveur de cette crise, le Venezuela a fait son entrée dans le Mercosur. Jusqu’ici, le Parlement du Paraguay et sa majorité de droite bloquaient la ratification de cette décision. La 43ème réunion du Conseil du marché commun du Sud, organisée les 28 et 29 juin à Mendoza (Argentine) — sans le Paraguay suspendu —, a décidé l’intégration du pays dirigé par Hugo Chavez au premier bloc commercial d’Amérique latine (effective à partir du 31 juillet).

Avec cette dernière, le Mercosur devient un ensemble régional de 272 millions d’habitants représentant 75 % du PIB latino-américain. Et également « l’un des plus importants producteur mondial d’énergie, d’aliments et de produits manufacturés » selon l’économiste brésilien Luciano Wexell Severo [9]. Avec le Venezuela, le commerce intra-mercosur augmentera de 20 % selon lui. Reste ouverte la question de savoir si cette intégration permettra de modifier le cours libre-échangiste de l’ensemble.

Aujourd’hui, tous les gouvernements latino-américains somment l’Organisation des Etats Américains (OEA) — et donc les Etats-Unis qui en sont membres — de condamner clairement les auteurs du coup d’Etat et de qualifier les événements du 22 juin comme tel au Paraguay.

Une délégation conduite par le secrétaire général de l’organisation, José Miguel Insulza, s’est rendue à Asuncion les 2 et 3 juillet. Le Conseil permanent de l’OEA se réunira le lundi 16 juillet afin de déterminer s’il convient de convoquer une rencontre des ministres des affaires étrangères. Cette procédure est le préalable nécessaire pour la tenue d’une assemblée extraordinaire de l’organisation qui pourra, le cas échéant, suspendre le Paraguay de participation.

Les événements survenus pendant Rio + 20 — mais pas ceux auxquels les observateurs pouvaient s’attendre — ont bel et bien accéléré une nouvelle étape de l’intégration politique latino-américaine à l’épreuve d’une crise démocratique au Paraguay dont toutes les conséquences géopolitiques — notamment avec les Etats-Unis et les soutiens internationaux des droites déstabilisatrices dans la région — n’ont pas encore eu lieu.

 

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Notes

[1] Propos de Dilma Rousseff, O Globo, 20 juin 2012.

[2] Lire Ignacio Ramonet, « Les défis de Rio+20 » (http://www.medelu.org/Les-defis-de-Rio-20)

[3] Document disponible dans son intégralité sur le site officiel de Rio+20 (http://www.uncsd2012.org/thefuturewewant.html).

[4] Lire le dossier de Mémoire des luttes « Face à « l’économie verte » de Rio+20 : le Sommet des peuples pour la justice sociale et écologique » (http://www.medelu.org/Face-a-l-economie-verte-de-Rio-20).

[5] Le texte affirme également son soutien aux différentes conventions et agences onusiennes, aux programmes des Nations unies (objectifs du Millénaire pour le développement de 2015, Action 21 défini lors du Sommet de la Terre de Rio en 1992, Plan de mise en œuvre du Sommet mondial pour le développement durable de Johannesburg, Consensus de Monterrey issu de la Conférence internationale sur le financement du développement, etc.), à l’Organisation internationale du travail, etc. En revanche, le principe de création d’une Organisation mondiale de l’environnement, notamment portée par la France durant ces négociations, a été rejeté.

[6] Lire « Contre « l’économie verte », la justice sociale et écologique » (http://www.medelu.org/Contre-l-economie-verte-la-justice).

[7] Sur ce coup d’Etat, ses causes et ses objectifs, lire « Coup d’état « constitutionnel » au Paraguay. - Semaine diplomatique sous tension en Amérique du Sud. » (http://www.medelu.org/Semaine-diplomatique-sous-tension).

[8] La Celac regroupe 32 pays. Lire le dossier de Mémoire des luttes : http://www.medelu.org/+-CELAC-+

[9] « Os desdobramentos da entrada da Venezuela no Mercosul », Carta Maior, 1/07/2012, (http://www.cartamaior.com.br/.../componente_id=20552)





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