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Saint Jacques ou Priscillien ?

Par Ramón Chao  |  31 mai 2013     →    Version imprimable de cet article Imprimer

IMMORTELLE RANDONNEE
Jean-Christophe Rufin
Editions Guérin, Coll. Démarches,
Chamonix (Haute-Savoie), 2013
258 pages, 19,50 euros

 

L’écrivain humaniste Jean-Christophe Rufin est parti d’Hendaye pour longer les côtes espagnoles de San Sébastien, Bilbao, Santander et Gijon, avant de traverser les montagnes des Asturies et de Galice, avec l’intention d’arriver à la Cathédrale de Compostelle, où se trouveraient les dépouilles de l’apôtre Jacques le Majeur. Son récit est noble, hautement spirituel, picaresque, et d’une qualité largement reconnue par l’ensemble de la critique.

Cependant ni le Pays Basque, ni les Asturies et, curieusement, encore moins la Galice, ne constituent des lieux où le culte de l’Apôtre brille par sa splendeur. Loin s’en faut. La Basilique Andra Mari de Begoña, à Bilbao, est bien plus significative pour tous les Basques ; comme, pour les Asturiens, les grottes de Covadonga avec leur Vierge Noire. Dans la région galicienne, les pèlerinages locaux de San Andrés de Teixido, celui des Sept Vagues de La Lanzada ou la Festa de San Froilán à Lugo, provoquent bien plus de ferveur populaire que la sombre légende de Saint-Jacques « Fils du Tonnerre », dont on commence à subodorer les aspects factices et même mensongers.

Notre admirable Ruffin admet que, au départ du Chemin, « on pense énormément. La disparition de tous les repères connus, l’avancée vers une destination si lointaine qu’elle parait inaccessible, l’impression de nudité que produit sur le marcheur l’immensité qui l’environne, tout est propice à une forme particulière d’introspection que seul le grand air peut produire. »

Rufin ne fait pas partie de ces personnes auxquels pensait Miguel de Unamuno lorsqu’il évoquait le tombeau supposé de Saint-Jacques à Compostelle : « Je peux pas imaginer un seul instant – disait le philosophe espagnol – qu’un catholique moyennement cultivé puisse croire que les reliques de Compostelle seraient celles de Jacques. Chacun sait qu’elles appartiennent à Priscillien. »

Evêque d’Avila, Priscillien fut condamné à être brulé vif à Trèves en 385 ; il fut le premier chrétien condamné à mort pour hérésie et exécuté par une autorité chrétienne. Il ne reconnaissait pas la primauté de Rome, admettait les femmes dans le sacerdoce et, en bon manichéen, glorifiait un Dieu créateur du Bien et du Mal. Ses enseignements ont été revendiqués par Martin Luther, le père Duchenne, Miguel de Unamuno et plus récemment par Luis Buñuel. Dans le film de celui-ci, La Voie Lactée, c’est Jean-Claude Carrière qui incarne le personnage de Priscillien ; tandis que Paul Frankeur et Laurent Terzieff jouaient le rôle de deux pèlerins en route vers Compostelle (par le « Chemin français », eux). En arrivant près du but, une prostituée (Delphine Seyrig) conseille aux pèlerins de faire marche arrière : on vient de découvrir que les restes dans le tombeau sont ceux de Priscillien ; donc, plus d’affaires, point de miracles...

En Galice, depuis quelques années un mouvement « priscilianiste » réclame l’analyse au Carbone 14 des restes humains de la crypte : si l’étude démontre qu’ils sont du IV siècle, ils n’appartiendraient donc pas à Jacques (contemporain du Christ), sans que cela prouve qu’ils sont à Priscillien. A contrario, s’ils sont datés du I siècle, ils pourraient être de Jacques, Priscillien ayant été exécuté à la fin du IVe siècle.

Bien entendu, ni l’une ni l’autre des conclusions ne modifieraient en rien les mérites du texte de Jean-Christophe Rufin. Mais on se met à imaginer ce qu’aurait pu être ce livre si, en plus de sa haute tenue littéraire, il évoquait les souvenirs de ceux qui empruntèrent cette ‘immortelle randonnée » : les Templiers, Charlemagne, Roland, François d’Assise, le « Cid », Dante Alighieri... Sans oublier tous ceux qui, secrètement, n’ont jamais cesser d’aller à Compostelle rendre hommage à leur maître... Priscillien.





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