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Sarkozy à la manœuvre

Par Sami Naïr  |  27 novembre 2010     →    Version imprimable de cet article Imprimer

Beaucoup d’observateurs ont souligné que le changement de gouvernement que Nicolas Sarkozy vient d’opérer n’est qu’un remaniement superficiel, loin de ce qui était annoncé depuis six mois. On oublie seulement de se poser la question de savoir si Sarkozy avait d’autres options. Car il est évident que la crise économique a considérablement réduit ses marges de manœuvre. Pourtant, le changement qui vient de se produire est, contrairement à ce que dit l’opposition, de droite comme de gauche, important au moins pour deux raisons essentielles.

D’une part, c’est d’abord le dénouement d’une crise gouvernementale qui couvait depuis le début de la législature entre le président et son premier ministre. C’est la victoire de François Fillon sur Sarkozy. Celle d’un premier ministre soutenu par sa majorité législative, face à un président tout puissant et qui se voulait ministre de tout depuis l’élection de 2007. Ce sont en effet les députés qui ont plaidé pour reconduire François Fillon, de même qu’ils ont imposé à la tête de l’UMP Jean-François Copé, prétendant à la succession pour l’après 2012.

C’est donc un relatif rééquilibrage dans le système complexe de la V République où le conflit entre les deux têtes de l’exécutif est mécanique dés lors que le premier ministre se distingue par son style ou ses idées du président. Or, ces deux dernières années ont vu un président hyperactif se noyer petit à petit, tant ses résultats sont peu concluants, et un premier ministre, certes brimé, mais récoltant la palme du sérieux et du travail besogneux.

Sarkozy sait parfaitement ce que cela signifie, et c’est pourquoi il ne veut surtout pas voir Fillon, quittant le gouvernement, venir grossir les rangs de ses adversaires potentiels ou déclarés à droite. En le maintenant à son poste, il répond aux vœux de sa majorité et tout à la fois reprend l’initiative sur un plan différent. C’est désormais Fillon qui est en première ligne. C’est lui qui va devoir gérer les dix huit mois qui restent avant l’élection présidentielle avec un programme peu exaltant : réforme fiscale réduite pour contenter les classes moyennes sans déplaire aux classes riches ; mesures sur la dépendance du troisième et quatrième âge pour attirer leurs suffrages ; jurys populaires pour flatter le populisme ambiant, conséquence de la démagogie sécuritaire qui fonctionne si bien en période de crise, etc. Il y a là le dessin de la future candidature de Nicolas Sarkozy, et qu’il fait tracer par Fillon, qualifié de « meilleur premier ministre pour le moment » !

D’autre part, Sarkozy enclenche un retour vers l’électorat conservateur de droite, déboussolé par la pseudo ouverture du début de mandat et qui avait permis à quelques ambitieux dits « de gauche », de le rejoindre pour un tour de piste au pouvoir. Il faut dire qu’en la matière Sarkozy s’est réellement montré, et de loin, supérieur en clairvoyance à tous ces ralliés de circonstance. Utilisés et dévalués en un temps record, ils sont aujourd’hui renvoyés à leur misère. L’électorat que Sarkozy veut pour affronter la gauche est celui de la droite classique, certes contaminée par la rhétorique du Front national, mais qui ne veut pas d’alliance avec l’infréquentable Le Pen. C’est ce qui explique à la fois la disparition du ministère de « l’identité nationale » et le maintien d’un discours musclé sur l’immigration illégale, reliée à l’insécurité.

Le remaniement gouvernemental peut donc se lire comme un déblayage de terrain dans le propre camp de Sarkozy pour l’échéance de 2012. L’entrée d’Alain Juppé dans le gouvernement comme ministre d’Etat chargé de la défense, comme celle de Michèle Alliot-Marie, désormais ministre d’Etat chargée des affaires étrangères, signent l’appel aux gaullistes. Ce choix témoigne aussi, même s’il ne s’y réduit pas, de la crainte des dégâts que va provoquer la candidature probable de Dominique de Villepin. Et c’est pourquoi Sarkozy a débauché jusqu’à la porte–parole du parti créé par l’ancien premier ministre en lui confiant un secrétariat d’Etat !

Le sacrifice des centristes ne porte pas à grandes conséquences électorales car on ne voit pas comment ils pourraient ne pas voter pour lui au second tour de la présidentielle. Il renonce également à jouer à fond la carte écologique, car les Verts/Europe Ecologie sont dans une stratégie d’alliance avec le Parti socialiste, donc irrécupérables pour l’instant. En somme, le remaniement est défensif, habile et entièrement voué à l’élection présidentielle.

Reste le problème principal : tout cela ne vient-il pas trop tard ? Un sondage réalisé au lendemain de la prestation télévisée de Sarkozy donne une première idée de la réaction des Français : plus des deux tiers ne font pas confiance au nouveau gouvernement pour affronter la crise économique et sociale.





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