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AUX ORIGINES DU SÉPARATISME CATALAN

VICTUS. Barcelone 1714

UN LIVRE D’ALBERT SANCHEZ PIÑOL

Par Ramón Chao  |  9 février 2013     →    Version imprimable de cet article Imprimer

Traduit de l’espagnol par Marianne Million, aux Editions Actes-Sud, Arles, mars 2013.

J’aime les Catalans. Tout au long de leur histoire, ils n’ont jamais gagné une bataille. Is ont même érigé en Fête nationale, la date de leur défaite du 11 septembre 1714 contre les troupes de Philippe V de Bourbon, petit-fils de Louis XIV.

Le roman Victus raconte cette guerre de Succession d’Espagne, un conflit qui se termina par la prise apocalyptique de Barcelone. Après la défaite, la Catalogne cessa d’être une nation souveraine.
 Pour les Français, l’avantage de cette guerre, ce fut la neutralisation définitive de l’Espagne, jusqu’alors grande puissance maritime et coloniale. « Il n’y a plus de Pyrénées » se serait exclamé alors Louis XIV, selon Voltaire. Un autre objectif était sans doute l’ouverture des marchés sud-américains à la France.
 Mais les inconvénients de la victoire des Bourbons ne se firent pas attendre : l’Europe se sentit menacée par l’alliance dynastique entre la France et l’Espagne. Philippe avait succédé, sur le trône d’Espagne, à son grand-oncle Charles II, descendant de Charles Quint et de Philippe II, et dernier monarque espagnol de la dynastie des Habsbourg. Philippe V sera donc le premier, en Espagne, de la dynastie des Bourbon. Son règne durera plus de 45 ans, le plus long de l’histoire d’Espagne.

La guerre de Succession espagnole opposa, de 1701 à 1714, plusieurs puissances, notamment la France et l’Autriche. Dernière grande guerre de Louis XIV, elle permit à la couronne française d’installer un Bourbon à Madrid, mais avec un pouvoir réduit et le renoncement, pour Philippe V et sa descendance, au trône de France, même au cas où les autres princes de sang français disparaîtraient. Ces conditions ne permettaient une union aussi étroite que celle désirée par Louis XIV. En revanche, elles donnaient naissance à la dynastie des Bourbons d’Espagne, dont le dernier représentant est l’actuel roi Juan Carlos I.

Barcelone tint donc tête à deux empires. Et depuis la défaite catalane, tous les 11 septembre, des milliers de Catalans manifestent pour réclamer le retour de leurs libertés perdues. Sur cet interminable problème, Albert Sánchez Piñol écrit un ambitieux roman historique avec des aspects picaresques. Il analyse cette guerre du point de vue catalan, pour décortiquer une « tragédie parfaite ». 


Depuis douze mois, Barcelone assiégée luttait contre les assaillants bourbons. Les meilleurs experts militaires, comme le marquis de Vauban, ne donnaient pas un mois de résistance á ses habitants. « Il y eu un point d’irrationalité dans le comportement du peuple d’en bas, le plus affecté par cet assaut », analyse Albert Sánchez Piñol en confrontant les deux principaux traits du tempérament catalan, « la rauxa et le seny » (ceux d’en bas et ceux d’un haut) « Jamais, ajoute-t-il, une résistance comme celle du 11 de septembre de 1714 aurait pu être faite par des gens sensés. »

Le roman récuse les versions officielles des deux côtés, et ne tombe jamais dans le stéréotype des « deux Espagnes ». Ici, des Catalans se battent pour les Castillans ; et vice-versa. Il donne la parole aux protagonistes de histoire : le duc de Berwick, chef des troupes bourbonnes qui dirigea la prise de la capitale ; le général Villarroel, un Castillan qui la défendit avec la rage au coeur, comme tous les civils et soldats anonymes qui luttaient de deux côtés des murailles ; l’ingénieur Vauban, qui transforma la guerre en un passionnant exercice d’intelligence, et surtout Rafael Casanova, partisan de l’archiduc Charles d’Autriche, gouverneur de Barcelone et la plus haute autorité civile et militaire de Catalogne.

Albert Sánchez Piñol a compris que son roman devait dépasser les évènements de Barcelone. Il choisit donc un personnage réel pour qu’il termine le roman à sa place. Son alter ego sera Martí Zuviría : d’abord apprenti avantageux, en France, des techniques de Vauban, il se retrouve parmi les assaillants, puis passe de l’autre côté, choisit la résistance et découvre ce qu’on ne lui avait pas appris : que la défense parfaite ne se niche pas dans la technique, mais dans l’esprit de ceux qui ont la rauxa, et se donnent corps et âme à la défense de la liberté.

Victus est un festin littéraire de premier ordre qui se dévore comme on a toujours consommé les grandes œuvres. Le succès du livre est mondial. « Un ouragan d’air frais, une vision iconoclaste qui fait renaitre le mythe de 1714 avec plus de puissance », affirme un célèbre historien espagnol. A lire donc d’urgence.

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