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Grèce et maintenant ?

Par Christophe Ventura  |  14 juillet 2015     →    Version imprimable de cet article Imprimer

Cette fois-ci, les dés sont jetés. La Vouli, le Parlement grec, a donné son feu vert aux nouvelles propositions du gouvernement – co-rédigées avec des experts français – aux créanciers du pays (FMI, Banque centrale européenne, Union européenne). Ce vote a été obtenu avec les voix de l’opposition – le camp du « Oui » au référendum largement battu le 5 juillet par le vote populaire – et sans celles de plusieurs poids lourds de Syriza et du gouvernement qui se sont abstenus. Notons également l’absence remarquée de Yanis Varoufakis lors du débat et du vote. Il est contre cette proposition. L’Eurogroupe se prononcera aujourd’hui et a déjà fait savoir qu’il considérait cette proposition « positive ».

Si Tsipras arrive à arracher le « reprofilage » – un rééchelonnement – d’une partie de la dette à partir de 2022 et le plan d’aide de 53 milliards – qui n’est pas un nouveau prêt financier -, il pourra affirmer qu’il n’a pas tout perdu. Et il aura raison. Arracher à l’Allemagne et à l’UE le principe selon lequel il est légitime et possible d’ouvrir une négociation sur la nature et le montant d’une dette souveraine d’un Etat au sein de l’Union européenne serait un élément nouveau sur le Vieux Continent. Ce serait une concession faite par l’Allemagne et ses alliés dont devraient se saisir à l’avenir les autres pays étranglés par la dette (Espagne, Portugal pour commencer). Par ailleurs, si Tsipras obtient un plan d’aide de 53 milliards – et non un prêt financier conditionné aux exigences des créanciers -, il obtient en réalité le droit du gouvernement grec à élaborer et piloter souverainement les politiques économiques qu’il considère nécessaires à la relance de l’économie.

Si l’Allemagne et les créanciers rejettent ces éléments aujourd’hui ou demain lors du Sommet extraordinaire des 28, alors Tsipras aura réussi à fissurer la coalition d’acier des dirigeants et à faire porter le chapeau de l’échec à Angela Merkel. Maintenant, François Hollande est tenu par son engagement dans cette ultime proposition. Ce cas de figure – qui rebattrait toutes les cartes – n’est pas le plus probable, mais il n’est pas du tout impossible.

Quid des propositions elles-mêmes ? A mon sens, elles respectent certaines « lignes rouge » de Tsipras ( marché du travail, maintien des systèmes d’aides pour les retraités les plus fragiles jusqu’en 2019 et d’une TVA légère sur les produits de base) mais se coulent clairement dans le moule des exigences austéritaires des créanciers (excédents budgétaires sur lesquels sont calculés les remboursements de la dette impayable.., privatisations, »réforme » du système de retraite, etc.). Le premier ministre grec tente en quelque sorte d’obtenir des « aménagements de peine » mais se plie à la sentence de son tribunal.

Pouvait-il faire autrement ? Peut-être oui, mais si son projet – rester dans l’euro et rejeter l’austérité pour changer l’euro – avait été autre. Admettons que cet autre projet – en dehors de l’euro – n’aurait pas non plus constitué un parcours de santé. Alexis Tsipras a fait son choix, de surcroît dans le cadre d’un rapport de force détestable (blocus financier, le gouvernement grec ne peut même plus importer quoi que ce soit – pétrole, alimentation, etc. – car il ne peut plus faire de virements bancaires à l’étranger) et face à l’intransigeance absolue des dirigeants européens.

Pendant les six mois de « négociation » – en fait, il n’y a jamais eu de véritable « négociation » (http://www.medelu.org/Grexit-une-guerre-ideologique) – , le bloc dirigeant européen – cherchant à faire tomber Tsipras – ne s’est jamais fissuré. L’axe conservateurs/sociaux-démocrates a même fusionné dans son objectif de mettre à terre toute expression d’une gauche en Europe. Cela a laissé peu d’espace pour que le pari de Tsipras puisse advenir, d’autant plus que le premier ministre n’a jamais choisi de radicaliser sa stratégie – par des actes unilatéraux – pour servir son propre projet. Il a toujours privilégié la « négociation » avec ses « partenaires » tandis qu’il disposait de peu d’atouts dans son jeu. Il avait le peuple, son meilleur atout. Il l’a superbement mobilisé le 5 juillet. C’est maintenant devant lui qu’il va devoir répondre si la cure d’austérité se prolonge au nom de l’euro. Car maintenant les choses sont claires. La séquence grecque tranche un débat intense : le pays pourra peut-être rester dans l’euro, mais avec l’austérité. Méditons : il n’y a pas d’euro sans austérité. C’est un enseignement pour la gauche.

La séquence grecque nous instruit sur bien d’autres choses, certaines négatives, d’autres plus positives. Il faut être honnête. A ce stade, la séquence a révélé l’existence d’une solidarité populaire européenne avec la Grèce assez limitée. Les mobilisations actives dans les autres pays en faveur du gouvernement Tsipras et du combat du peuple grec n’ont pas dépassé les frontières des cadres militants de la gauche organisée. Face à cela, la solidarité de « l’élitocratie » européenne et du cartel des créanciers n’a eu de cesse de se renforcer contre ses ennemis communs : la volonté populaire, un gouvernement de gauche.

Mais cette séquence nous dit d’autres choses. Elle nous rappelle ce qu’est la nature de « L’Europe ». Les derniers mois ont certainement fait augmenter le niveau de conscience générale dans nos sociétés sur ce qu’est « L’Europe ». C’est une avancée car à la faveur de cette crise organique du modèle européen, les consciences se sont forgées, les convictions aussi. Quelque chose est semé. On ne voit plus le modèle européen de la même manière, ici ou ailleurs dans le monde. Le modèle de l’Europe n’est plus simplement perçu comme celui d’une technostructure froide et néolibérale. Il est perçu comme ce qui est l’adversaire des peuples et de leur vie démocratique. Il en est l’emblème. Pour la première fois peut-être, les peuples européens – et au-delà – connaissent le nom de tous ceux qui les dirigent et savent désormais au nom de quels objectifs et intérêts destructeurs ils le font. Ils ont vu aussi comment cette « nomenkatura austéritaire » regardait Alexis Tsipras au Parlement européen le 8 juillet, comment elle était prête à frapper le peuple grec pour se défendre et défendre les intérêts des marchés financiers et bancaires.

Cette séquence révèle enfin quelque chose de fondamental. Elle a montré le potentiel des révoltes politiques contre l’ordre économique. L’objectif n’a pas été atteint en soi, mais le combat grec – pays dont le poids économique et géopolitique est faible en Europe – et de Syriza doit inspirer les nôtres. La souveraineté politique peut menacer l’hyperpuissance des marchés. Nous sommes dans un rapport asymétrique, du faible au fort, mais la peur de l’incursion des peuples dans les bunkers des pouvoirs financiers et gouvernementaux a gagné les puissants. Et cela, c’est à Alexis Tsipras et au peuple grec que nous le devons.

Tout ne fait que commencer.





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