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UN POINT DE VUE DE GAUCHE

La solidarité avec le Venezuela n’est pas à la hauteur requise !

Par Jean Ortiz  |  25 février 2014     →    Version imprimable de cet article Imprimer

La révolution bolivarienne n’est pas un accident, mais bien le fruit d’une histoire nationale, son prolongement. En 1989, un président social-démocrate, Carlos Andrès Pérez, fit tirer sur le peuple : le caracazo se solda par environ 3 000 morts. Ce jour là, le bipartisme (libéral) et l’alternance entre les partis Action démocratique (social-démocrate) et COPEI (démocrate-chrétien) faisaient naufrage. Les jeunes militaires "bolivariens" qui tentèrent et assumèrent le golpe patriotique raté de février 1992, voulaient "terminer l’œuvre de Bolivar" et non copier le "modèle » cubain.

La révolution vénézuélienne n’est pas arrivée, comme l’on disait jadis, dans les fourgons de l’Armée Rouge ni dans ceux des troupes cubaines. Elle constitue un processus unique, original, endogène. Chavez et le mouvement populaire se sont radicalisés dans une relation dialectique d’interaction, notamment à cause de l’hostilité bornée de Washington (comme à Cuba en 1959 et 1960) et des manœuvres déstabilisatrices orchestrées (ou soutenues) par le grand voisin du Nord. Il faut rappeler que, en 1998, Hugo Chavez penchait plutôt du côté de la « troisième voie » blairiste...

Si le comandante en est arrivé à prôner un "socialisme du 21ème siècle", il le conçoit comme un chantier, un dépassement du capitalisme par la voie électorale, par la démocratie représentative et participative, et cela dans le respect du pluralisme politique. Il s’appuie sur la bataille d’idées, la mobilisation et l’implication permanentes du peuple dans les conseils communaux, les "communes socialistes", la socialisation. Nombreuses sont les déclarations où Hugo Chavez rejette l’étatisme, le parti unique...

Alors pourquoi la question vénézuélienne est-elle si paralysante pour la plupart des intellectuels de occidentaux ? Si difficile à assumer ? On a là les éléments d’un débat éthique et politique majeur pour l’avenir émancipateur, en Amérique latine comme ailleurs. Force est de constater que la solidarité avec une révolution menacée quotidiennement par le plus puissant des impérialismes n’est pas à la hauteur de la stratégie putschiste de l’opposition - pressée d’en découdre par la violence, sans respect du calendrier électoral - et des Etats-Unis, impatients de remettre la main sur les immenses réserves de pétrolières du Venezuela.

Je connais de nombreux militants, des électeurs de la gauche de gauche, qui sont bridés, freinés par l’incessant matraquage médiatique et la stigmatisation de la Révolution bolivarienne et de ses dirigeants démocratiquement élus. Pour la plus grande partie de l’opinion publique, l’image du Venezuela est mauvaise, liberticide. Sur la base d’a priori, sociaux-libéraux et néolibéraux consensuent en rond et en boucle pour dénigrer, souvent criminaliser, hier Hugo Chavez, aujourd’hui le président Nicolas Maduro. Leurs amis "démocrates" de Caracas n’ont toujours pas reconnu l’élection de ce dernier, contrairement à la communauté internationale.

Le pilonnage idéologique est tellement violent que même lorsqu’il ne se passe rien, on l’impute aux chavistes. Chauffée à blanc, l’opinion paraît, à première vue, peu perméable à nos arguments. Faut-il pour cela faire profil bas, céder à la pensée dominante ? Ce serait suicidaire tant du point de vue de l’internationalisme que de notre combat en France. En défendant le Venezuela on ne fait sans doute pas carrière, on ne gagne peut-être pas des millions de voix, mais on gagne en cohérence politique, en fidélité à des valeurs de base du mouvement ouvrier et révolutionnaire. Le courage, lorsqu’il s’agit d’aller à contre-courant, d’affronter les tempêtes sans perdre le cap, finit toujours par payer. Hier ce qui, paraît-il, freinait la solidarité, c’étaient les relations amicales de Chavez avec le président iranien Ahmadinejad. Et aujourd’hui ?

Qui a dit, par ailleurs, que la solidarité internationaliste impliquait la cécité, l’inconditionnalité ? Elle suppose une attitude généreuse, ouverte, lucide, voire critique – tout en évitant de donner des leçons à ceux qui font l’histoire. Notre regard reste par trop eurocentré. L’Europe et ses partis progressistes ne sont plus le nombril du monde, ni une référence, pour nos camarades latinos. Sans nostalgie d’un quelconque modèle, nous avons cependant beaucoup à apprendre des expériences de transformation sociale qui se mènent au Venezuela, en Bolivie, en Equateur. Toute victoire des peuples du continent est aussi la nôtre.

A Caracas, à La Paz, à Quito, à La Havane, comme hier à Madrid, se joue la possibilité de changer la vie et le monde. Cela suppose de notre part une solidarité politique et concrète qui aille au-delà des communiqués et des bonnes intentions.





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