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Le rituel de la cérémonie d’allégeance à Angela Merkel

Par Bernard Cassen  |  6 juin 2017     →    Version imprimable de cet article Imprimer

Le 7 mai dernier, l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République a confirmé une règle : chaque scrutin national dans un Etat membre de l’Union européenne (UE) a une dimension extra-territoriale directe. Dans le cas du Brexit de juin 2016, cette dimension a pris la forme « chimiquement pure » d’un référendum pour ou contre l’appartenance à l’UE. Dans d’autres cas, un degré au-dessous, ce sont des politiques européennes qui, à juste titre, s’invitent dans le débat électoral national. Evidemment, malgré l’égalité formelle entre les Vingt-Huit (bientôt 27) garantie par les traités, l’impact extérieur d’un scrutin est très différent selon qu’il s’agit de « petits » ou de « grands » pays.

Dans cette dernière catégorie, il existe cependant une hiérarchie avec, au sommet, ce que l’on appelait le « couple » franco-allemand à une époque où les relations entre les deux pays étaient équilibrées. Ce passé est révolu, et le nouveau rapport de forces européen – du moins tel qu’il a été intériorisé par les « partenaires » de l’Allemagne, et tout particulièrement les Français – se traduit symboliquement par le rituel de la cérémonie d’allégeance à Berlin : dans les jours qui suivent leur prise de fonction, la plupart des dirigeants européens se précipitent dans la capitale allemande pour présenter leurs hommages à leur suzeraine, la chancelière Angela Merkel, et obtenir d’elle le statut d’interlocuteur valable. Ils lui formulent humblement leurs requêtes auxquelles elle répond rarement « oui ».

La palme du meilleur vassal revient sans conteste au nouveau président français. Dans la période électorale récente, il a même fait deux fois le pèlerinage à Berlin : d’abord, privilège rare que la chancelière lui a accordé, alors qu’il n’était que candidat à la présidence de la République ; ensuite, le 15 mai, soit le lendemain même de son intronisation comme chef de l’Etat. Il a, dans le même temps, composé un gouvernement où des postes clés sont occupés par des personnalités européistes. C’est le cas, en particulier, de la ministre des armées, Sylvie Goulard, ancienne présidente du Mouvement européen qui milite depuis toujours pour une Europe fédérale.

On doit reconnaître à Emmanuel Macron le mérite de la détermination : alors que, au premier tour de l’élection présidentielle, le 23 avril, la majorité des électeurs s’étaient prononcés pour des candidats eurocritiques, voire hostiles à l’UE, il a fait de l’approfondissement de l’intégration européenne sa priorité politique. On retrouve cette préoccupation dans le libellé de ce qui était le ministère des affaires étrangères et qui devient le ministère de l’Europe et des affaires étrangères. Ce n’est pas simplement un problème de terminologie ; c’est, fort logiquement, reconnaître que les affaires européennes ne sont pas de même nature que les rapports avec des pays extérieurs à l’UE.

Emmanuel Macron n’est cependant pas naïf, il sait bien que les politiques européennes – austérité et libre-échange – imposées par l’Allemagne et relayées par la Commission, n’ont aucun soutien populaire en France et dans d’autres pays. C’est pourquoi, afin de consolider son autorité, il a besoin de remporter quelques succès politiques, en particulier la révision de la directive sur les travailleurs détachés et des avancées vers la mutualisation des dettes souveraines européennes. Mais Angela Merkel lui a fait comprendre que toute concession de sa part avait un prix : l’adoption, en France, de « réformes structurelles », c’est-à-dire, entre autres, de mesures déréglementation du marché du travail et de laminage de la protection sociale.

Dans une opération de communication habilement mise en scène par l’Elysée, la réalité de ce deal – pour parler comme Donald Trump – a été provisoirement éclipsée par les réactions à la décision, le 1er juin dernier, du président américain de retirer les Etats-Unis de l’accord sur le réchauffement climatique adopté par 195 États à Paris le 12 décembre 2015, à l’issue de la COP21. Emmanuel Macron est immédiatement monté en première ligne pour fustiger la dernière foucade du milliardaire et se faire le porte parole d’une planète en danger. Pour une fois, il a devancé de quelques heures la prise de position de la chancelière allemande allant dans le même sens… Deux jours après, il a poussé son avantage en enrôlant dans son combat pour le respect de l’accord de Paris le premier ministre indien, Narendra Modi, en visite officielle en France.

Ces succès diplomatiques – certes servis par le calendrier international – ont pu donner l’impression d’un retour à l’équilibre des forces entre Paris et Berlin. La réalité est un peu moins rose : si Angela Merkel accepte volontiers de laisser le premier rôle à Emmanuel Macron sur le dossier très consensuel des suites de la COP21, elle ne transigera pas sur les « réformes » à mettre en place en France. C’est elle qui, dans quelques mois, dira si le compte y est ou pas. En d’autres termes, le président français a remis l’évaluation de sa politique non pas entre les mains de ses concitoyens et de la représentation nationale, mais entre celles d’une chancelière allemande qui ne se contentera pas de paroles aimables.





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