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AU MÉPRIS DES DONNÉES DE L’ÉCONOMIE RÉELLE

Les marchés financiers en pleine euphorie

Par Frédéric Lebaron  |  2 août 2013     →    Version imprimable de cet article Imprimer

Depuis quelques semaines, un nouveau discours se diffuse dans la presse économique et financière, ainsi que chez les acteurs politiques. Il annonce que la crise économique mondiale qui a commencé en 2007 serait enfin surmontée, et qu’une nouvelle phase dynamique de l’économie mondiale serait en train de débuter, tirée par la reprise américaine et le succès de la relance japonaise – les abenomics du premier ministre Shinzo Abe [1]. C’est le président François Hollande qui se fait aujourd’hui le premier porte-parole de ce courant optimiste. N’annonce-t-il pas, depuis déjà des semaines, la fin de la crise au sein de la zone euro et, pour bientôt, la reprise de l’économie européenne et française ?

Ce discours contraste fortement avec les données de conjoncture moroses qui continuent de tomber quotidiennement, même si elles ne font plus la « une » des journaux. En Europe et en Chine, la situation est même clairement défavorable, et les signaux positifs beaucoup moins nombreux et marqués que les indicateurs négatifs. La France ne fait pas exception. A preuve ces commentaires particulièrement mitigés publiés le 23 juillet par l’INSEE : « L’indicateur du climat des affaires en France, calculé à partir des réponses des chefs d’entreprise des principaux secteurs d’activité, gagne un point en juillet et s’établit à 87. Il reste toutefois nettement en dessous de sa moyenne de longue période (100). Les indicateurs sectoriels restent également à des niveaux bas. L’indicateur du climat des affaires gagne deux points dans l’industrie et dans les services. Il est stable dans le bâtiment et dans le commerce de détail. Dans le commerce de gros, l’indicateur perd un point en deux mois ». A cela s’ajoute le fait que l’indicateur de retournement reste en zone négative.
 
Mais, contrairement à ce que tentent de faire croire les commentateurs les plus partisans, aveuglés par leur hostilité à François Hollande, ces données ne sont pas spécifiques à la France. Les données européennes continuent, elles aussi, d’évoluer en territoire négatif, comme le montrent les variations de la production industrielle, à la baisse en mai 2013, de 0,6% au sein de l’Union européenne (UE) sur un mois [2].

Devant des performances macroéconomiques aussi médiocres, on peut comprendre que les « pragmatiques », actifs notamment au sein du Fonds monétaire international (FMI), aient fini par convaincre les autorités de renoncer à la forme la plus dogmatique de la frénésie austéritaire [3]. Celle-ci, en effet, s’est révélée particulièrement nocive pour la conjoncture, sans pour autant résoudre les problèmes qu’elle avait mis sur l’agenda : la dette publique continue d’augmenter dans la plupart des pays, sans baisser fortement chez les quelques « bons élèves » [4]. Dès lors, de la Commission européenne au FMI, l’enjeu du rétablissement de l’équilibre financier, sans être mis entre parenthèses, devient moins obsessionnel et urgent. Ce qui permet sans doute d’espérer une stabilisation conjoncturelle, mais sans véritable reprise, pour les mois qui viennent.

L’économie mondiale connaît une nouvelle période d’euphorie financière – pour l’instant, encore mesurée – dont la particularité est le découplage entre la confiance revenue sur les marchés et l’évolution des indicateurs économiques et sociaux dans les grandes économies, à l’exception sans doute du Japon. Dans un contexte d’économie réelle relativement atone, mais stabilisée, cette euphorie signifie sans doute que les attaques contre l’unité de la zone euro pourraient diminuer en intensité. Quant aux risques politiques, notamment celui d’un raz-de-marée eurosceptique aux élections européennes de 2014, ils sont d’ores et déjà « intégrés aux anticipations », selon la formule rituelle.

L’optimisme financier laisse pourtant largement de côté les conséquences sociales délétères des politiques d’austérité, désormais bien établies sur un plan historique [5], et quotidiennement documentées par les acteurs de terrain et les victimes. Considérant que ces dernières sont maintenues « sous contrôle », le nouveau discours dominant oublie ainsi l’intensification de contradictions politiques et idéologiques très mal résumées par le poncif de la « montée des populismes ».

De nombreux indices convergents montrent plutôt l’entrée dans une nouvelle dynamique politique de moins en moins « sous contrôle » en Europe : scandales de corruption à répétition, fragilité et instabilité des exécutifs, menaces d’éclatement de structures fédérales, dissidences et déviances de toutes sortes au sein des organisations partisanes, recompositions idéologiques et irruptions de nouveaux mouvements plus ou moins organisés se succèdent à un rythme accéléré depuis 2010 dans de nombreux pays (Grèce, Portugal, Espagne, Italie, France...). Les élections européennes de 2014 ne seront qu’une étape et un indicateur de ce processus en cours, à la fois mal perçu, mal analysé et encore plus mal interprété par les commentateurs en vue.

En attendant, la place est maintenant libre pour une nouvelle période d’euphorie financière : ayant circonscrit les menaces de régulation, jugées trop lourdes, et les projets de taxation, jugés trop menaçants, ayant contribué à l’assouplissement de l’agenda austéritaire sans, bien sûr, le remettre en cause, les dirigeants des banques, sociétés d’assurances et de fonds sont à nouveau aux commandes de l’économie. Les acteurs politiques sont à leurs côtés pour piloter au mieux, selon leurs critères, un nouveau cycle du capitalisme financiarisé. Jusqu’aux prochains craquements et au prochain krach qui pourraient aussi signifier le retour massif des peuples sur le devant de l’Histoire.

Notes

[1] Lire Frédéric Lebaron, http://www.medelu.org/Et-si-le-Japon-montrait-la-voie. Pour une illustration du caractère volontariste et, oserait-on dire, « colbertiste » de la politique menée actuellement au Japon, un article récent du Figaro est symptomatique : http://www.lefigaro.fr/le-japon-appelle-les-entrepreneurs-a-la-rescousse.php

[2] http://epp.eurostat.ec.europa.eu/FR/4-12072013-AP-FR.PDF

[3] http://www.presseurop.eu/nous-avons-fait-des-erreurs-avec-l-austerite

[4] http://www.lefigaro.fr/zone-euro-la-dette-publique-s-alourdit.php

[5] David Stuckler et Sanjay Basu, The Body Economic. Why Austerity Kills, Allen Lane, Londres / New-York / Toronto, 2013. Dans cet ouvrage fondateur, les auteurs font la synthèse des recherches quantitatives qui leur ont permis d’établir la nocivité et le caractère mortifère des politiques d’austérité à différentes périodes de l’histoire : années 1930 et politiques plus ou moins « rooseveltiennes » des différents Etats américains ; transition post-soviétique ; crise financière en Indonésie et, bien sûr, les suites de la crise de 2007. Le bilan quantitatif est accablant pour les inspirateurs et les responsables de ces politiques publiques, qui relèvent bien d’une forme de crime historique.





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