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A quand le prochain « Sommet de la dernière chance » ?

Par Bernard Cassen  |  3 janvier 2012     →    Version imprimable de cet article Imprimer

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Le Conseil européen tenu à Bruxelles les 8 et 9 décembre 2011 était annoncé comme le « Sommet de la dernière chance » pour la survie de l’euro, voire de l’Union européenne (UE). Comme tous ceux qui l’ont précédé, ce Sommet a mobilisé des centaines de personnes - premiers ministres, président (pour la France), ministres, conseillers, etc. -, et il a fait l’objet d’une dramatisation médiatique et politique exceptionnelle.

A qui était destinée cette spectaculaire mise en scène ? Aux citoyens d’Europe ? Pas du tout. Le public visé était à la fois infiniment plus limité en nombre et beaucoup plus international : c’est celui qui se cache derrière l’expression « les marchés financiers ». A savoir, au niveau planétaire, les gestionnaires de fonds de pension, de fonds spéculatifs, de fonds souverains et de trésoreries d’entreprises ; les banquiers, les assureurs et les agences de notation, etc. Au total, sans doute moins de spectateurs que d’acteurs du théâtre bruxellois. Puisque cette représentation visait explicitement et uniquement à « rassurer » l’oligarchie financière mondiale sur la fiabilité des dettes souveraines européennes, c’est à l’aune de ses réactions qu’il faut mesurer le succès du spectacle. Le résultat est sans appel : la pièce n’a pas convaincu.

Les dirigeants européens, malgré leurs divisions, avaient pourtant fait de leur mieux pour amadouer les « marchés » : inscription dans les Constitutions de la « règle d’or » plafonnant à 0,5 % du produit intérieur brut (PIB) le déficit des budgets votés par les Parlements ; surveillance des élus et des gouvernements par la Cour de justice de l’UE et par les juridictions nationales ; imposition quasi automatique de lourdes sanctions financières aux Etats dont les déficits dépasseraient les 3 % ; non participation des banques à d’éventuelles « restructurations » (lire annulations) des dettes souveraines, le cas grec ne devant pas constituer un précédent. Réponse des « marchés » : baisse du cours de l’euro (ce qui est par ailleurs une bonne nouvelle) ; chute des valeurs boursières ; dégradation, par les agences, des « notes » de pays de la zone euro.

A la différence des responsables politiques et des gouvernements qui ne veulent pas se déjuger publiquement sur le bien fondé de la monnaie unique européenne - ils ont voté ou soutenu les traités de Maastricht et de Lisbonne -, les opérateurs financiers regardent froidement les choses en face : ils savent que l’euro ne peut pas être à la fois la monnaie de l’Allemagne et, entre autres, celle de la Grèce, tant sont divergentes leurs économies. Prisonnière du carcan de la monnaie unique, la Grèce ne peut pas dévaluer, alors que sa situation l’exigerait. Alors, comme l’écrit le Financial Times, peu suspect de complaisances gauchistes, « la seule perspective immédiate pour les pays endettés du sud de l’Europe est la « dévaluation interne », c’est-à-dire des baisses des salaires et des retraites, des augmentations d’impôts et un chômage beaucoup plus élevé ». Mais, poursuit le quotidien de la City, « au fur et à mesure que la situation économique empirera, les électeurs risquent de se révolter. Dans les circonstances actuelles, on peut très sérieusement se demander si l’accord de Bruxelles pourra même un jour être mis en œuvre » [1].

Ces questions de fond sont toujours officiellement frappées d’omerta dans les cénacles européens. Elles sont pourtant bien plus importantes que la dissidence britannique. Le vrai problème ne se situe pas entre 26 membres de l’UE et le Royaume–Uni, mais au sein même de la zone euro. Et, au-delà, dans l’acceptation ou non des diktats des marchés. Tel devrait être l’objet du prochain « Sommet de la dernière chance »…

 

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Notes

[1]  Financial Times, 13 décembre 2011.





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