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Chronique - octobre 2011

Pour sortir de la crise : la démondialisation

Par Bernard Cassen  |  1er octobre 2011     →    Version imprimable de cet article Imprimer

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On l’a maintes fois écrit dans ces colonnes : la crise actuelle n’est pas seulement financière. Elle est systémique, dans la mesure où elle pousse au paroxysme, à l’échelle planétaire, les contradictions de ce qu’on a appelé la mondialisation libérale entre, d’un côté, le facteur humain et le facteur écologique et, d’un autre côté, la logique prédatrice et suicidaire du capitalisme dans sa phase néolibérale.

Cette phase, inaugurée il y a une trentaine d’années, ne s’est pas seulement imposée par la dynamique propre du capital et des entreprises multinationales, et de leur recherche frénétique du profit. Elle a bénéficié de l’appui complaisant (et parfois enthousiaste) des pouvoirs politiques. Ce sont eux, et eux seuls, qui avaient les moyens institutionnels de délivrer la finance de toutes les contraintes pesant encore sur elle. C’est ainsi que, aux Etats-Unis et sous la présidence de Bill Clinton, fut abolie en 1999 la loi Glass-Steagall de 1933 qui interdisait à un établissement financier d’exercer simultanément les métiers de banque de dépôt et de banque d’investissement. Cet exemple a ensuite été suivi dans la plupart des autres pays.

Les banquiers ont ainsi pu se mettre à spéculer impunément avec l’argent des déposants, quitte à les ruiner en cas de faillite. Ces dernières années, les Etats sont venus une fois de plus à leur secours en garantissant sur les fonds publics, donc avec les impôts des contribuables, un seuil minimum de remboursement des dépôts (100 000 euros en France).

La construction européenne est aussi un cas d’école de l’institutionnalisation des normes de la mondialisation libérale par les gouvernements conservateurs et sociaux-démocrates. Dans ses traités successifs, elle a en effet érigé au statut de « libertés fondamentales » les deux principaux piliers du système néolibéral : la liberté de circulation du capital et la liberté de circulation des biens et des services, c’est-à-dire le libre échange.

Curieusement, si l’imposition de limites à la liberté de circulation du capital n’est plus une question taboue, il n’en va pas de même pour le libre-échange. Toute forme de protection tarifaire contre le dumping social, fiscal et écologique est repoussée non seulement par les libéraux – ce qui est naturel -, mais aussi par la grande majorité des sociaux-démocrates et par une partie de l’extrême-gauche qui y voit naïvement une forme d’ « internationalisme » !

Les lignes commencent cependant à bouger. Des formes de « protectionnisme altruiste » [1]. - c’est-à-dire de mesures visant à tirer vers le haut les salaires des pays « pauvres », et non pas à tirer vers le bas les salaires des pays « riches » - commencent à être discutées [2]. Des sondages d’opinion montrent qu’une forte majorité des Français, mais aussi des Allemands, des Espagnols et des Italiens sont favorables à des formes de protection douanière au niveau européen ou, à défaut, national [3]. Et même le projet du Parti socialiste français propose la mise en place d’« écluses » tarifaires entre l’Union européenne et les autres blocs économiques.

Il reste cependant beaucoup à faire pour que le refus du libre-échange occupe une place centrale dans toutes les stratégies de sortie de crise qui passent par le démantèlement des structures de la mondialisation libérale, en d’autres termes par la « démondialisation » [4].

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